Histoires
d'ailleurs

De l’amour et de la légèreté de la route

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Elsa a écrit, en pointant ici: « Ce serait bien d’avoir les couilles de faire ça ». Et moi je me dis: « Tiens, j’ai donc des couilles? Voilàààà pourquoi je n’ai toujours pas trouvé une moitié convenable ».

No way, no more.

Plus sérieusement, je lis son billet sur le retour de voyage, une bel hommage au retour à la « vie normale », un moment qui effraie la plupart des voyageurs, j’imagine, mais dont je peux sans autre laisser le concept à l’abandon indéfiniment: il n’y aura pas de retour à la normale pour moi, je refuse, non, jamais! (du moins, c’est ce que j’aime à me dire).

Bref, je lis son billet, et ça respire l’essentiel: l’amour, notre combat quotidien face à la solitude, les habitudes, les choix que l’on a fait, et les changements quand on se réveille.

Je considère mon état, et je me dis rapidement que je pourrais écrire en commençant par l’autre bout. Alors voilà, si je devais résumer mon capharnaüm sentimental en quelques lignes:

Les souvenirs de cette légèreté que me conférait une présence masculine au réveil, le matin ou l’après-midi. Le sentiment de ne plus être un brouillon d’humain seul, mais de partager le rêve de quelqu’un, de construire un petit bout d’éternité, ensemble.

Et puis cette décision de partir, seule, cette difficulté à se lier, à donner et à prendre confiance à cause de l’éternel mouvement (mais tu repars quand, au fait?). Cette sensation qu’on sera profondément seul, toute sa vie, malgré les amitiés et les expériences intenses.

Mais je ne regrette rien, non.

Des fois je me dis que je grandis, grandis, grandis et que j’en avais besoin. Mais quand je me dégonfle un peu et retombe sur terre, j’ai l’impression d’être un tableau pointilliste vu de trop près: une jolie suite de points, incompréhensible pour qui n’a pas les clefs pour interpréter, pour qui n’a pas vécu.

J’aimerais avoir le courage, d’aimer, de me laisser aimer surtout: de rencontrer quelqu’un de bien qui saura me faire tout arrêter, tellement le voyage n’aura plus de sens comparé à notre composition.

Donc je continue de remplir ma tête de beauté et de différence: c’est un peu ma recherche, en attendant l’occasion de réaliser le chef d’oeuvre. C’est aussi ma façon de ne pas perdre de temps, et de me rendre meilleure, afin de pouvoir l’apprécier avec délices et humilité.

Un jouuuur, mon prince viendra… lalalalala.

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Par Corinne Stoppelli

Je suis Corinne, un petit oiseau libre. Sans domicile fixe depuis 2010, je sillonne la planète à la recherche d'inspiration et de points de vue différents. Sur Vie Nomade, je partage mon regard sur le monde, le temps et le changement, d'une plume sincère et d'un objectif curieux et ouvert. En savoir plus?

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(18 commentaires)

  1. Vivre avec quelqu’un est une des choses les plus difficiles qui soit, à moi il me semble que le nomadisme peut vite tourner à la fuite en avant. C’est facile d’oublier les grands problèmes quand tous les jours on doit faire face à de petits soucis. La vie « normale » et sa routine ont aussi cela de bon qu’on ne peut pas longtemps ignorer l’éléphant dans la piece.

  2. Yoan dit :

    Voilà ce que je crois. Un jour ton voyage trouvera son but, qui n’aura rien à voir avec le voyage, le nomadisme ou quoi que ce soit que tu vis là. Partir c’est mourir un peu dit-on; ne plus être, n’être, naître ? Et de là, tu repartiras selon qui tu seras devenue. Pas fondamentalement différente mais nouvelle.

    J’ai parfois l’impression de n’être saisissable, de n’offrir cette poignée qui permettrait de se crocher à moi, de saisir mes actions, actes, chemins. J’en ai eu la confirmation quand j’ai appris que mon père avait arrêté d’essayer de comprendre, de me comprendre. Avant il essayait, sans succès. Je me conforte ainsi, peut-être, mais ces extrêmes qui forment mon univers ne peuvent, comme je le vois, magiquement me mettre face à ce futur que je dois définir. D’expérience, les choses se passent quand je m’y prépare par un simple : “j’ai envie que ceci m’arrive dans ma vie.” Étonnamment, je dois me rendre réceptif à cette chose à laquelle j’aspire ou tout simplement oser m’y lancer car j’ai l’aval d’un moi passé.

    Mais peut-on être pour l’autre si on n’est pas encore pour soi-même? Si on navigue encore entre deux, trois, quatre ports d’attache. Entre ce j’ai été et deviendrai, ou aimerait être (pour être plus juste). Par exemple, je fais de l’informatique mais ça n’est pas mon shot, je n’y suis pas mauvais mais ça ne m’apporte aucun équilibre.

    Bon, je vais en garder un peu pour mon psy.

    • Corinne dit :

      Mais qui (n’)est vraiment, ou vraiment pas?

      Et que trouve-t-on lorsque l’on se trouve, si ce n’est la certitude encore plus grande qu’on devient encore plus difficilement saisissable?
      Partir c’est un peu mourir en effet, et puis avoir à renaître. Et à chaque renaissance, tout devient un peu plus, subtilement, compliqué.

      • Yoan dit :

        Je pense que tu es plus saisissable quand tu es bien avec qui tu es et ce que tu vis, ce qu’est ta vie; quand elle est toi plus que tienne. Même si aller vers l’autre signifie abandonner celà, ne plus être pour soi et pas pour autant pour l’autre.

        En revanche, je vais dans le sens de ta conclusion qui m’a fait bien rire sur ce subtilement qui en dit gros. Avec le temps nous prenons des décisions, faisons des choix et ça nous rend compliqués oui.

        Continue de te faire plaisir, tout le reste suivra.

  3. Fabrice dit :

    Mais pourquoi si tu rencontres l’autre, ce sera pour te poser? Pas forcement…

    • Corinne dit :

      En général quand j’ai un crush ou que je tombe amoureuse, je suis pas trop regardante de la situation fixe (fréquente) ou mobile (pas fréquente du tout du tout du tout voire proche du néant) de l’objet de mes sentiments :p

      Après, j’ai une tendance à admirer plus facilement quelqu’un qui travaille en indépendant dans un champ artistique – donc qui a le potentiel automatique de bouger – mais bon faut pas déc! Des gens qui sont prêts à tout lâcher (surtout par amour) y’en a pas une foule (mais je l’attends de pied ferme celui-là).
      Après ben, je pourrais continuer de voyager… mais si je suis vraiment amoureuse de quelqu’un, je ne supporterais pas très bien la distance.

  4. Tiphanya dit :

    Comme le dit Fabrice, le prince charmant n’est pas toujours fourni avec un chateau ancré dans une terre précise. Moi le mien (de prince charmant) a poussé (en partie) dans un camping-car autour de la Méditerranée.
    Par contre c’est une autre forme de voyage qui commence, car le point stable de notre vie voyage avec nous.

    • Corinne dit :

      Je ne demande que ça, mais comme je réponds à Fabrice, c’est plutôt rare, tu as eu de la chance! Je côtoie surtout des locaux, des gens qui habitent sur place, ont un job régulier… Les voyageurs y’en a pas beaucoup, mais qui sait… Je ne désespère pas.

  5. NowMadNow dit :

    « Des fois je me dis que je grandis, grandis, grandis et que j’en avais besoin.  »
    Je me retrouve un peu dans ton récit, très bien écrit en plus. 

    NowMadNow

  6. Egide dit :

    Avoir des couilles, … ou pas ?
    La métaphore peut paraître sexiste.
    Les mots sont des représentations exigeantes
    et dont l’interprétation nécessite une pensée poétique.

    Salvador Dalí avait dit qu’il fallait ces « fameuses »
    couilles pour peindre. Alors, Sonia Delaunay et Louise Bourgeois ?
    en aurait eu et bien pendantes ainsi qu’on l’exige des pontifes romains&#160?

    Non, c’est de désir qu’il s’agit de désir profond. Souvent le désir est exigence délirante, souvent son ampleur inhibe, tellement on désire çà.

    Çà, c’est se consacrer à l’occupation qui nous passionne tant.
    Çà, c’est aussi créer pour soi, la possibilité des rencontres.

    Have balls, is thats the question?The metaphor seems sexist.But words are images,and their interpretation requires a real poetic thought.Salvador Dalí said the painter have to have these « famous »bollocks to be geniust. So, Sonia Delaunay and Louise Bourgeois?would have had these male genitals of the Roman pontiffs?No, it is desire. Only that., a deep and sincere desire. Often the desire is a delusional requirement, and its intensity can inhibitthe purpose.Just focuse ourself on the occupation that excites us so much.Just creating for ourself the possibility of encounters.

  7. Touvert dit :

    « Des gens qui sont prêts à tout lâcher (surtout par amour) »

    Une personne peut te suivre en partie par amour mais aussi pour vivre des choses au niveau personnel, tu tomberas peut-être sur quelqu’un qui a le même besoin que toi.

    Le truc est de lâcher prise et de vivre le moment présent, c’est le meilleur moyen d’avoir de bonnes surprises. La bonne nouvelle, c’est qu’en voyageant, tu es en plein dans ce moment présent et ce lâcher prise.

    Steve

    ;-)

  8. Miqua dit :

    Et maintenant? Où en êtes vous?
    Je voyage depuis début 2010, et je ne vous ai pas rencontré!
    Tu te caches ou quoi? Je pense que tu as simplement lâché prise, ou alors tu t’es fixée pour de bon? Moi je continue, mais sans blog :)
    Miqua

  9. Salut Corinne,
    Ça fait un moment que je te croise sur les réseaux sociaux mais en toute honnêteté, je commence à peine à lire quelques uns de tes articles (j’ai commencé par celui de ton accident de scooter au Vietnam) puis j’ai eu envie de découvrir tes articles « romance » parce que l’amour… Ah l’amour…
    C’est fou, quand je lis ton article et tes réactions en commentaires, ça me fait penser à moi et même si je voyage parce que c’est ce que j’aime, j’ai réalisé il y a peu de temps que c’est probablement aussi parce que j’ai l’idée que c’est en voyage que je rencontrerai LE mec. Ouais, moi aussi je rêve de ce baroudeur qui n’a pas d’attache et qui pourra découvrir le monde avec moi tout en ayant une (voire plusieurs ?) maison qui sera notre nid d’amour quand on voudra se calmer haha (bisounours, sortez de mon corps).
    Bref, j’avais envie de réagir parce que j’ai l’impression qu’on a quelques points communs (sauf que je suis assez pudique sur mes histoires d’amour en voyage mais je me demande si, justement, je ne devrais pas en parler un peu plus … Elles sont tellement belles ces histoires).
    Aller, je continue la lecture ! ;-) À bientôt !

    • Corinne dit :

      Coucou Cynthia (voilà, j’attaque :p), grâce à ton commentaire je re-découvre mon propre billet et ma propre perspective d’il y a cinq ans (ça me rajeunit pas, huhu): qu’est-ce qu’elle a bien changé! Je me sens aujourd’hui si bien seule, que partager ma vie et mes projets avec quelqu’un représente un investissement énorme alors qu’avant c’était un désir, un peu un rêve. Faut dire que je me suis bien fait massacrer le coeur aussi en cours de route, alors petit à petit je me suis faite à l’idée qu’il y a (bien) autre chose que l’amour. Enfin, je reste un coeur d’artichaut et je crois que célibataire, je pourrais tomber amoureuse à chaque semaine :p Et l’amour c’est beau. Et il faut en parler, donc go go!

      • Cyn dit :

        Ah oui, c’est vrai qu’en 5 ans, les choses ont dû bien changer !!!
        Je comprends ta nouvelle perspective. Peut-être que je n’ai pas encore été assez massacrée (rire jaune) ?! :-) Ou peut-être que je suis sadique ? Ou peut-être les deux ? Haha j’en sais rien…
        Bon, en tout cas, je commence quand même à me demander si finalement je ne devrais pas garder mon rythme de voyage: des flirts et des histoires d’amour au fil de mes voyages plutôt qu’un seul homme pour la vie ? Haha, grande question à laquelle je n’ai pas encore de réponse. À suivre… ;-)

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