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Corinne

Je vais vous raconter une histoire…

Hey, ça me rajeunit pas toutes ces années ou bien? Le 9 mai 2010 je voyais mon grand départ pour la nouvelle vie décalé (mais d’un jour seulement) par la fumée d’Eyja (j’aime bien l’appeler par un petit nom, ce volcan islandais capricieux). Et deux ans auparavant (2008, damn!), je commençais tout juste à fomenter mes plans d’échappée belle ici, sur les prémisses de Vie Nomade.
Raconter une histoire

D’avoir repris une base connue (soit mon pays d’origine, la Suisse) reste encore un peu difficile à apprivoiser malgré tout l’amour que je voue à mon petit pays. Il y a beaucoup de joie, de souvenirs et d’exaltation. Forcément, j’ai la chance de venir d’un très beau coin (quels paysages, mes amis!), à la culture fragmentée, complexe et aux horizons des plus variés. Mais il y a aussi beaucoup de mélancolie…

J’ai la nostalgie de la route. Sempiternelle recherche d’équilibre impossible? Quand je suis sur la route, j’ai la nostalgie d’avoir une « caverne personnelle » à laquelle revenir. Quand je suis dans ma caverne, j’ai la nostalgie de n’avoir aucun point d’attache.
Une piste se détache, cependant, c’est d’avoir une caverne dans un lieu que je ne connais pas, et d’en rayonner vers l’extérieur. C’est ce que j’avais fait durant mon année en Thaïlande notamment, et pour le temps que ça a duré, c’était idéal… Mais néanmoins temporaire: le goût de la route m’a finalement repris, et ce malgré les nombreux pays vers lesquels j’ai rayonné, et les milliers de kilomètres tracés dans le pays! Equilibre, où es-tu?

Je repense régulièrement à mes rêves de vie sur un voilier. Je n’en démords pas, mais j’ai pour l’instant l’impression d’être face à une montagne (psychologiquement comme littéralement): le changement de carrière et les difficultés financières qui y sont liées, le besoin plus pressant que jamais de bouger pour me redonner une bouffée d’air au milieu du tumulte, le passé amoureux très orageux, avec toutes les complications qu’il implique dans ma vie affective d’aujourd’hui, et les petits soucis d’hypersensibilité qui teintent mon quotidien en toile de fond, depuis toujours… Tout me rend la tâche un peu difficile.

Mais je me souviens très lucidement des deux années que j’ai pris avant d’entamer ma vie nomade: tout m’y paraissait (presque!) insurmontable, et pourtant c’est arrivé!
Oui. J’entame une septième année de vie nomade et malgré les doutes et les remises en questions perpétuels, il y a la certitude absolue que j’appartiens au mouvement.

Dernièrement, un vieux souvenir s’est réveillé. Enfant, ma chère grand-maman napolitaine me rendait occasionnellement visite en Suisse. Elle m’amenait dans un lieu qui lui était cher: Neuchâtel, c’est la « grande » ville que l’on devine, presque en face du village dans lequel j’ai grandi, de l’autre côté du lac. C’était mon horizon lointain et désiré, au-delà des berges autour desquelles je gambadais. Avec elle j’y étais, je me trouvais de l’autre côté, avec une nouvelle perspective. J’avais appris la distance.
Ensemble, nous nous asseyions alors, au bord de cette nouvelle rive, et elle m’apprenait à apprivoiser les moineaux qui nous mangeaient sur les mains. Elle, les oiseaux, la ville, le lac, les montagnes encore plus loin… Serait-ce ce qui m’a doucement fait pousser des ailes?

Neuchâtel, Suisse

Neuchâtel, Suisse

Plus tard, à l’aube de mes dix-huit ans, suite à la rupture la plus compliquée et difficile de ma vie, je montais pour la première fois (d’une longue série!) dans un train au hasard, ne trouvant pas de refuge à l’extérieur de moi-même. Au croisement, j’ai instinctivement choisi Neuchâtel. Je suis retournée sur les bancs, avec mes amis de la liberté: des moineaux sans nom, sans histoire, sans mots. Ils m’ont donné leur confiance comme ils l’avaient fait alors, avec patience et détermination. Ils m’ont regardé de leur petite tête dodelinante, curieuse, un peu sur leurs gardes, jusqu’à ce qu’ils se sentent tout à fait à l’aise sur le bout de mes doigts, jusqu’à ce que même les moins téméraires d’entre eux se laissent tenter par les miettes de pain.

Neuchâtel, Suisse

Neuchâtel, Suisse

Que voit-on, lorsqu’on regarde par derrière le poids d’années douloureuses? À quel point décide-t-on de ce qui a réellement influencé nos choix de vie? Et si ils étaient plutôt déjà inscrits dans nos gènes? Dans le récit de nos vies, choisit-on à l’humeur du moment? À la sensibilité de l’interlocuteur? Au message que l’on aimerait faire passer?

Et qu’est-ce qui fait la bonne chute d’une histoire? Peut-être la liberté que l’on laisse aux autres de ressentir et d’interpréter. Peut-être la confiance qu’on leur pose dans les mains lorsque l’on s’ouvre à eux, avec la pleine conscience que l’on pourrait être jugé, finir blessé ou même en mourir.

Une vie sans ces miettes de pain, tendues par un étranger bienveillant et désintéressé, ça ne ressemblerait certainement à rien.

Raconter une histoire

Merci, du fond du coeur, de tous vos commentaires, likes, encouragements ou approbations silencieuses. Merci du temps que vous passez à me lire. Merci de votre soutien durant toutes ces années folles. Je continue!

Par Corinne Stoppelli

Je suis Corinne, un petit oiseau libre. Sans domicile fixe depuis 2010, je sillonne la planète à la recherche d'inspiration et de points de vue différents. Sur Vie Nomade, je partage mon regard sur le monde, le temps et le changement, d'une plume sincère et d'un objectif curieux et ouvert. En savoir plus?

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(16 commentaires)

  1. Je te lis souvent sans laisser de commentaire, comme si écrire à mon tour allait briser le charme, casser l’ambiance douce dans laquelle tes articles me plongent souvent. Mais là je change mes habitudes juste pour te dire que j’ai beaucoup aimé ton article et l’histoire que tu nous partages… et te féliciter pour cette septième année de vie nomade que tu entames ! Puisse le vent gonfler tes voiles ;)

  2. Joseph ROBERT

    J’ai aussi été électron libre et puis je me suis sédentarisé. j’ai comme vous la bougeotte dans certains temps et je pars en voyageant léger puis reviens à ma base meublée. Je trouve votre choix de vie intéressant. Vous me procurez du rêve et m’invitez à me dépasser.
    je vois que vous prenez des photos de maisons, de ruelles que vous empruntez et vous me rappellez ce livre du grand designer Ettore Sottsass intitulé  » le regard nomade », éditions Thames and Hudson. Il a fait son livre en publiant ses photos classées par domaines de centre d’intérêt autour de l’architecture et du design. C’est à dire que les cuisines , les portes, les chambres, et tout ce qui peut rentrer dans une base de données, révèlent une identité culturelle différente selon que l’on se déplace sur la planète. je vous invite à continuer dans votre voie du partage des connaissances telle que vous l’avez amorcée car nombreux sont ceux qui y trouvent un intérêt et parfois ne peuvant le faire eux -même .

    • Bonjour Joseph, je pensais avoir répondu, et je vois que non, désolée! Un immense merci, du fond du coeur, pour vos encouragements! Je ne connaissais pas Sottsass et je vais aller m’informer, merci!

  3. Ce « je continue » sonne comme un « j’ai failli arrêter »… Bonne suite Corinne dans cette vie de miette (quoi, c’est pas là ?) ;-)

    • Arrêter c’est pas envisageable (pour ma santé mentale!) par contre, les difficultés vont bon train malgré les années… C’est un exercice qui paraît sans fin, pour trouver le bon équilibre et par moments les remises en question me sont difficiles. Merci! (et j’ai pas compris la parenthèse, mais c’est peut-être aussi parce que c’est 1:14 du mat’ :p)

  4. C’est une belle histoire que tu nous racontes, de billet en billet. Avec ses doutes et ses espoirs, avec ses trains, souvent. Un pas à la fois, un wagon après l’autre, je te souhaite de continuer et de le trouver, ton équilibre. Et d’encore nous bercer de tes mots.

  5. Merci Corinne, de savoir mettre les mots sur des sentiments d’une grande sensibilité et que je ressens également très souvent malgré ma jeune vie de nomade comparée à la tienne (espèce de vieille) ;p je crois que cette vie de liberté à un prix assez lourd de se sentir souvent complètement déraciné et sans attache. C’est un sentiment parfois difficile dans une société où tout nous pousse à nous poser :) le plus important, c’est de savoir que l’on n’est pas seule ;) merci à toi!!!

    • :D s’toi la vieille! Blague à part, en effet pour le déracinement. Et plus on absorbe les cultures d’ailleurs, plus tout se conplexifie. D’une belle façon, mais tournée vers l’intérieur, un sentiment de solitude plus grand, mais aussi une force je crois, celle de mieux comprendre les autres et de laisser aller l’idée d’être compris. Alors quand on est compris tout soudain, l’instant devient magique :) J’ai aimé te côtoyer! J’espère qu’on se recroisera!

  6. Fanny

    C’est le choc culturel inversé ? :)
    (Je sais pas si tu lis l’espagnol… http://www.aldeaviral.com/volver-a-casa-despues-de-vivir-en-otro-pais-no-es-tan-facil-como-parece/)

  7. Merci pour ce beau papier qui m’a particulièrement interpelé à l’aube de ma première année à l’étranger à chercher moi aussi mon équilibre. Félicitations pour cette 7e année de vie nomade. Je te souhaite un profond bien-être et de continuer à te laisser bercer vers où le vent, et ton coeur te dictera!

  8. Escudero Michèle

    Merci à vous Corinne de nous faire voyager avec des commentaires dans une belle langue originale et bien écrite. A la prochaine.
    Que l’année 2017 vous soit inspirante

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