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Corinne

Les retours en arrière

Un burn-out, une dépression? Un quelque chose que je traîne depuis mon départ orageux de Barcelone à la fin de l’an 2015. Un quelque chose qui te suit partout comme un vieux nuage gris, qui t’ôte l’inspiration propre à donner le meilleur de toi-même. L’impossibilité de ralentir, liée aux problèmes émotionnels et financiers qui se répètent, parfois à la santé chancelante (le corps qui ne supporte plus, le repos qui te manque): toutes ces choses t’enlèvent le temps et l’énergie nécessaires pour de te débarrasser des problèmes qui t’incombent. Afin d’avancer. Le surplace.

Je rêve d’espace. De l’espace pour réordonner ma vie, de l’espace pour respirer. Après de longues années d’absence, je retrouve la Thaïlande qui m’a fait grandir mais avec, sur la tête, un crachin constant, une agression des sens répétée. Faire la part des choses, retrouver la beauté simple de respirer: des moteurs naturels qui se retrouvent biaisés.

Hommage à ces moments où il faut mettre en marche la batterie de secours…

1/
J’ai refermé ma parenthèse thaïlandaise afin de retourner faire face à ce que j’avais laissé derrière moi. J’avais réservé mon dernier hôtel à Bangkok avant même de partir; je savais déjà que j’allais avoir besoin d’être enveloppée d’un cocon turquoise (la douceur de la mer?) et de plantes vertes (compagnes silencieuses?) afin de mieux supporter la transition.

2/
C’est sans doute une certaine somme d’aventures et de mésaventures qui ont fait déborder le vase que je maintiens (malgré moi) toujours plein. Je m’étais donnée l’impression qu’il s’agissait d’un équilibre (pour supporter), mais c’était en réalité un tour de force. La fatigue m’avait gagnée bien avant que je parte pour la Thaïlande, m’empêchant d’y trouver un répit.

Chinatown, Bangkok

Chinatown, Bangkok

3/
Que la Thaïlande a changé. Que j’ai changé. Que mes amis ont changé. Je suis surprise et pourtant il n’y a rien de nouveau, tout change (toi aussi d’ailleurs). Je me sens comme une feuille blanche, l’inspiration semble m’avoir quittée même si je suis encore capable d’écrire. Je suis toujours capable d’écrire: ça au moins, c’est une constante que je peux difficilement m’enlever. Une larme de stabilité rassurante, protégée par un minuscule écrin.

4/
Je photographie en mode automatique. Avec les années d’expérience, avec cet appareil photo qui est aujourd’hui comme une extension de mon cerveau, je peux laisser aller, et faire suffisamment confiance à mon corps et mon regard pour que le résultat me convienne. Je ne vais sûrement pas tirer une oeuvre d’art de ce voyage, plutôt peut-être la vision simple de quelqu’un qui, en voyageant, s’est retrouvé dans une jolie rue complètement au hasard.

Marché de Sampeng Lane, Chinatown, Bangkok

Marché de Sampeng Lane, Chinatown, Bangkok

5/
Ai-je désappris à être seule? Pourtant je me souviens de comment j’appréciais mes moments seule. Mais là, juste là, ils me font peur. Peur de trop penser. Peur de griffer la fragile conscience de m’être transformée en une créature chétive, perdue dans un monde un peu trop grand, un peu trop bruyant.

6/
Oh, je n’avais pas dansé depuis si longtemps! Il y a quelque chose dans la musique qui te ramène des années en arrière, dans la naïveté de tes plus jeunes amours. Je me raccroche aux éclats de rire de mes amis et je retrouve toute ma brillance sous les néons.

Temple Phanom Rung, Buriram

Temple Phanom Rung, Buriram

7/
Mon amie m’appelle sur scène et je ressens la tentation si forte de la rejoindre et de m’époumoner avec elle. Que j’aime chanter! L’un des rêves que j’ose à peine m’avouer? Celui d’être une artiste de scène. Mais en attendant d’en avoir le courage je fredonne dans ma sphère privée, j’improvise sur les claviers trouvés au hasard de mes voyages et j’écris des chansons que personne ne lira. J’ai choisi un rôle d’observatrice.

8/
J’aime profondément les îles. Je m’identifie volontiers à une île. Une île a un caractère à la foi simple et sacré, avec ses espèces endémiques, avec ses rites et routines quotidiens d’importation de biens en tous genre. Une île se doit de s’inventer de bonnes raisons d’exister: elle se doit de trouver un équilibre dans l’isolation. Une île prospère a forcément des secrets bien gardés.

Taling Ngam, sud de Koh Samui

Taling Ngam, sud de Koh Samui

9/
J’ai ramené avec moi le prurit des piqûres de moustiques qui ont dévoré mes chevilles découvertes, cicatrices éphémères d’une courte négligence vespérale. Et puis il y a tout le reste: l’immense bagage de toutes les plus grandes négligences, celles qui me poursuivent où que j’aille, invisibles à tes yeux.

10/
Il y a comme une chaîne d’affection qui s’est formée sur mon chemin. Dans mes yeux comme dans ma tête, je n’ai été seule à aucun moment de mon voyage. C’est vrai, l’on n’est jamais seul si seulement l’on se concentre sur la beauté des autres, sur le temps et la conscience qu’ils nous apportent. C’est là toute la beauté de voyager pour rencontrer.

Bouddha et ses Nagas, alentours de Buriram

Bouddha et ses Nagas, alentours de Buriram

Par Corinne Stoppelli

Je suis Corinne, un petit oiseau libre. Sans domicile fixe depuis 2010, je sillonne la planète à la recherche d'inspiration et de points de vue différents. Sur Vie Nomade, je partage mon regard sur le monde, le temps et le changement, d'une plume sincère et d'un objectif curieux et ouvert. En savoir plus?

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(10 commentaires)

  1. Aurelie

    Un étonnant temoignage que j’aurais pu ecrire mais pas aussi bien;)…
    Apres être revenue de Cuba un meme constat s’impose …on se cherche ,on espere mieux se retrouver ,on se perd dans les meandres d’un esprit programmé il y a bien longtemps et qui ne sait plus être seul… le voyage nous offre l’occasion de nous déprogrammer le temps d’une rencontre, d’un sourire partagé …
    Bon voyage!

    • Merci pour cette pensée Aurélie! Je suis bien d’accord avec toi, en général. Mais parfois il ne suffit plus et j’ai l’impression qu’il ne me suffit plus. Il faut que je me re-connecte à tout ce pourquoi j’aime le voyage profondément, je crois.

  2. Michel Chaput

    Bonjour mon petit oiseau libre , garde le moral , tu sait nous sommes avec toi , dans ton merveilleux périple autour du globe et nous ne te lâcherons pas de sitôt , tu peut compter sur nous tous pour t’appuyer et te soutenir dans les moments qui sont les plus difficiles , pense a nous tous dans tes moments de cafard et tu verra tu recevra une énergie renouvelé et constante pour t’aider a poursuivre ta route remplie de soleil et de rencontres tant appréciées de tous . Moi en tout cas je ne te lâche pas , bonne route , de Michel . Je t’aime et te suit comme de la crazy glue . Merci.

  3. Nathalie

    Et si c’est seulement que le bonheur n’est pas un état permanent! Le « bonheurs » ce sont des bonheurs, des moments, des instants,liés à des lieux, à des personnes, à des odeurs que sais je…..
    Donc la Polynésie t’attend!!! juste parce qu’on y chante, comme cela! On y danse aussi, comme ça! Et c’est une île! Simple comme la vie. Complexe comme La Vie!
    A très bientôt!

    • Merci Nathalie! C’est sûr que la Polynésie va m’apporter plein de petits bonheurs comme ça :) J’espère que je serai en mesure de les accueillir comme il se doit. Je reprends contact avec toi tout bientôt!

  4. Lectrice silencieuse depuis longtemps et à mes heures, avec mes variations typiques dans l’intensité, je ne crois pas avoir encore commenté sur ton blog, Corinne. Premier commentaire (je crois?) que je choisis de mettre sous ce billet si vrai et fragile qui montre délicieusement bien combien le bonheur est mouvant et changeant.

    • Merci beaucoup Bianca :) Piètre répondeuse à commentaires (deux semaines plus tard, check!) mais répondeuse quand même, je te remercie d’avoir laissé un petit mot ici <3

  5. Bonjour Corinne,
    Qui n’est pas en dépression dans ce monde de fous? nous autres êtres humains ne sommes-nous pas en état chronique de nostalgie de quelque absolu originel, et toutes nos actions ne sont-elles pas destinées à lutter, tromper cette mélancolie?
    Corinne, tu écris magnifiquement et tes photos sont sublimes. Comme tous les artistes, tu donnes de la beauté, tu mets en perspective le monde avec ta vision personnelle et unique. La position de l’artiste (écrivain, peintre, photographe…) est souvent celle d’un observateur solitaire et en marge. C’est ce qui lui donne cette vision subjective, non partisane, unique, et qui à ces conditions seulement, est absolument indispensable au monde.

    Voilà ce que tu es, une Artiste généreuse.
    Je te remercie pour le courage que tu as eu de vivre pleinement ce que tu ressens au plus profond de toi, et pour la générosité dont tu fais preuve dans tes productions. Le monde a besoin d’oiseaux libres comme toi. Tu inspires bon nombre d’entre nous qui t’admirons et rêvons sur tes photos d’ailleurs du fin fond de notre RER… tu n’imagines pas à quel point tu fais œuvre de bienfaisance.

    Je te suis aussi depuis quelque temps, j’ai moi aussi été une baroudeuse et le reste dans l’âme pour toujours, même si ma vie de maman m’a rattrapée et que je suis beaucoup moins libre maintenant.
    Je me pose les mêmes questions que toi, envies de partir, de fuir? fuir quoi? et dans ces fuites, ou ces quêtes d’ailleurs, impressions d’être passée à côté de l’essentiel… (l’autre? les autres? moi-même?)
    Tu as le droit de te poser et de trouver cet espace pour toi (physique ou spirituel, ou les deux).

    Finalement, je me dis qu’on est pas si mal, car on réfléchit, on remet en question, bref, on reste vivantes, que ce soit dans la simplicité d’un quotidien banal ou dans de folles aventures.

    Encore merci à toi Corinne pour tes billets inspirants et tes images qui traduisent la beauté intérieure de leur auteure.

    Bien à toi,
    Emily

    • Chère Emily,
      Un immense merci, vraiment. Je me dis souvent que je ne colle nulle part parce que tout ce qui m’intéresse, c’est l’art: des choses, de vivre, de faire, de voir, de ressentir.
      Dans notre culture (et certainement dans la plupart des autres) le statut de l’artiste est souvent celui d’un paria, à moins qu’il ait rencontré du « succès », ou de la « reconnaissance ». Et si cela lui arrive, c’est comme s’il passait du paria au type le plus respecté de l’univers sans absolument rien entre deux.
      C’est difficile, de se définir artiste. Je ne le crie pas sur les toits et pourtant j’en ai envie. Je ne réponds pas aux gens « je suis artiste » parce que les gens jugent, mettent dans des tiroirs. Mais je surpasserai ça, c’est ma mission de l’an qui vient :)
      Et oui, nos réflexions sont à la fois une bénédiction et une malédiction je crois, mais je pense que (et j’imagine que toi aussi) je ne changerais pas ça malgré la douleur avec laquelle c’est livré. Vive la vie.
      Je te souhaite de trouver des réponses équilibrées à toutes ces questions! Moi je sais que j’ai du mal à voir entre le tout blanc et le tout noir… Mais en travaillant, doucement, peut-être.
      La bise,
      Corinne

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