Histoires
d'ailleurs

Projetée à l’autre bout de la terre (à Montréal)

Publié le • Dernière mise à jour:
Bientôt trois ans que je n’avais pas sauté d’un continent à l’autre. Certes, j’ai continué à voyager, intensément, autour de l’Europe, mais il me manquait toujours quelque chose.

Il me manquait ce moment où, soudainement, tu débouches dans un environnement qui ne ressemble à rien de ce que tu connais, et que tu restes saisi, envahi par un sentiment de grandeur inouï. Où tout ton corps te rappelle que le monde est si vaste, qu’il te reste tant à découvrir; ta vie, ta présence, sont insignifiantes. Où tu réalises l’opportunité incroyable que tu as de baigner dans cette différence, de pouvoir t’en prendre plein les yeux et le coeur.

Je suis partie à trois heures du matin. Il faisait nuit noire mais déjà d’autres voyageurs s’activaient comme moi. J’ai pris le bus vers l’aéroport avec ces autres gens dérangeant leur cycle de sommeil pour se rendre quelque part. Le sommeil c’est important. Mais l’appel de l’ailleurs l’est encore plus.
Avec nous, le personnel de l’aéroport: hôtesses, stewards, un pilote et les autres, ceux qui restent pour nous saluer aux compteurs du check-in, peut-être. Ceux qui ont l’habitude de lire une myriade d’émotions sur nos faces tous les jours: la fatigue, la tristesse de quitter des êtres chers, l’excitation d’une aventure au bout du monde, le stress d’un rendez-vous tant important qu’il mérite un grand voyage, ou alors rien du tout, pour ceux qui ont trop l’habitude.

Snacks sur le vol Air Canada Paris-Montréal

Vol Air Canada Paris-Montréal

Je commençais à me sentir comme ces derniers. Le vague à l’âme, la mélancolie des aéroports? Je m’étais rendue insensible. J’avais commencé à les réduire, à me dire « Bah, c’est facile: tu sautes dans un avion et dix, quinze heures plus tard, tu peux être n’importe où sur la planète. »

Alors j’ai pris mes correspondances, tranquillement. Je me suis laissée transporter sans que cela n’ait plus rien d’exceptionnel, sans l’adrénaline de devoir survoler l’Atlantique. Pour la première fois de ma vie, je n’ai pas eu peur des turbulences au-dessus de l’eau qui triturent ma petite tête de scénarios catastrophe affolants: une sorte de routine.

J’ai atterri à l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal. Il m’a paru similaire à de bien nombreux autres aéroports. Je suis allée prendre ma navette naturellement, comme une habituée. En l’attendant, j’ai vu passer l’un de ces drôles de bus oranges qu’on ne voit qu’ici.

Bus d'écoliers à Montréal

Un bus d’écoliers à Montréal

Ce bus d’écoliers a été le premier déclencheur. Il m’a momentanément sorti de ma torpeur blasée. Mais une fois dans la navette, je suis revenue à mon état passif; peut-être parce que j’étais au milieu de ces autres gens qui eux aussi se rendent ailleurs, encore une fois.

Puis la navette m’a déposé en plein centre de Montréal. J’ai pris mes affaires, je suis descendue. Et là, j’ai été frappée. Je suis restée bloquée au milieu du trottoir avec la bouche en coeur, comme pour laisser passer un « wow » qui m’est finalement resté coincé au fond de la gorge. Le temps s’est arrêté pour moi alors qu’il continuait pour tous les passants, pour tous les montréalais qui eux aussi se rendaient quelque part, mais dans la cloison de leurs certitudes et de leurs habitudes.

Centre de Montréal, Québec

Le grand Boulevard René-Lévesque, les buildings étincelants tout autour, les petits parcs avec leur joli gazon, les immenses bâtiments avec leurs colonnades (l’Edifice Sunlife, la Cathédrale Marie-Reine-du-Monde), le signal lumineux avec un petit bonhomme différent; tout cela m’a projeté à Montréal.

Oui, c’est à ce moment là que je suis réellement arrivée. Et ce n’était pas le fruit d’un simple déplacement, c’était un état d’esprit, c’était une grandeur. C’était de mesurer, en une fraction de seconde comme le monde est beau, comme la vie que l’on se construit peut être grandiose, comme il est simple, finalement, de se rendre heureux.

Edifice Sunlife, Montréal

Edifice Sunlife

Il est samedi matin, 8:25. De mon petit balcon à Villeray, je peux voir les écureuils qui se poursuivent sur les troncs d’arbre. Un étourneau prend son bain sur la marquise de la maisonnette en briques d’à côté. Un soleil automnal glorieux caresse mes épaules alors que je m’apprête à embrasser la ville.

Je me suis levée il y a une heure avec l’urgence d’écrire. Une urgence qu’il m’arrive parfois d’oublier, comme celle de regarder, voire même de respirer. L’urgence de ressentir par tous les pores.

L’urgence de vivre.

Marie-Reine-du-Monde, Montréal

Marie-Reine-du-Monde

Remerciements à Destination Canada pour son invitation.

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Par Corinne Stoppelli

Je suis Corinne, un petit oiseau libre. Sans domicile fixe depuis 2010, je sillonne la planète à la recherche d'inspiration et de points de vue différents. Sur Vie Nomade, je partage mon regard sur le monde, le temps et le changement, d'une plume sincère et d'un objectif curieux et ouvert. En savoir plus?

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(5 commentaires)

  1. Coucou Corinne !

    tu décris si bien ces petits rien qui font TOUTE la différence, c’est bluffant !
    Un plaisir de te lire, comme toujours, et particulièrement plus encore car arrimée depuis quelques temps à un point fixe…

    Des bises de Paris

  2. Bienvenue chez nous! :) Villeray, c’est le plus beau quartier, hehe!

  3. C’est un article bien personnel, mais les voyageurs peuvent comprendre. C’est vrai que de plus qu’on voyage, de plus on a parfois l’impression d’être blasé. Mais il suffit un petit moment, une rencontre, et tout bascule. Elle n’est pas belle, la vie ?

  4. Tout est question d’état d’esprit! Bon voyage!

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