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La vie
nomade

Corinne

Démystification de la vie nomade (bis)

Je relisais l’autre jour l’un des articles préférés des lecteurs de Vie Nomade, Démystification de la vie nomade. Je l’avais rédigé en 2013, soit à ma troisième année de vie nomade. J’avais envie d’aller y ajouter – modifier – supprimer tellement de choses que je me suis dit qu’il fallait que j’en écrive un nouveau, à la sauce 2017.

À lire aussi: Démystification de la vie nomade

Quatre ans plus tard, je pense toujours que la vie nomade est un gouffre à énergie. Mais pas un gouffre à fric, ni un gouffre à santé. Ma santé? On ne pourrait mieux (je touche du bois, certes). Ce mode de vie, qui se marie parfaitement avec la marche, me maintient en bonne forme. Quant aux finances, certes, je traverse une mauvaise passe, mais sans appartement à sa charge et en dosant bien ses dépenses, tout est possible. Et pour revenir à la santé, quid du bien-être mental? Voyager peut être une bonne thérapie: ça fonctionne pour moi!

Et je n’en pense toujours pas moins: la vie nomade, c’est un style de vie alternatif, pas une vie de rêve. C’est une façon de voir le quotidien différente, qui demande attention et adaptation constantes. Ces choses consomment énergie et temps.

Le changement me fait peur!

Scoop: je déteste que mes routines et mes planifications soient dérangés. Si quelqu’un ou quelque imprévu vient à s’y glisser, j’ai un bug système, l’écran bleu de la mort. Je m’en remets, je vous assure, mais sur le moment je pédale dans le yoghourt et je peux réagir de façon tout à fait aléatoire (merci, amie l’angoisse). MAIS COMMENT FAIT-ELLE ALORS? (je vous ai entendus!) À vrai dire, je me le suis longtemps demandée moi-même et la réponse ne m’est arrivée qu’il y a peu. Le sacrifice que les gens font de leur liberté pour obtenir une stabilité financière avec un emploi régulier, c’est le même sacrifice que je fais de ma stabilité pour obtenir ma liberté de rythme et de mouvement. Eux et moi, on fonctionne pareil; c’est juste que notre besoin le plus pressant est à l’opposé (ma chère amie l’angoisse rigole dans sa moustache).

Et donc, comment je fais? Je me laisse plus de temps libre à mon arrivée quelque part, afin de parer à tout le temps et l’énergie que demande le fait de se laisser apprivoiser par une nouvelle culture et de déterminer comment les choses fonctionnent, histoire d’établir une nouvelle routine. En contrepartie, cela signifie moins de temps de travail, donc moins d’argent. Dans un monde où tout le monde est branché sur son agenda hyper-synchronisé, rester ferme avec le temps que l’on se donne est une tâche ardue, mais il en va de sa santé mentale.

Lost in translation nomade

De la difficulté de lire sur une carte bulgare (Sofia)

De la (non)-légèreté

Ah, je me souviens très bien oui, quand je vidais tout mon appart en 2010, prête à partir avec un billet d’aller sans retour pour le Sri Lanka. Tout y est passé, jusqu’au dernier bouquin. J’ai même vendu mon adorée tablette Wacom. Il y a quand même une ou deux choses que j’ai conservées: quelques boîtes à souvenirs trop difficiles à ouvrir, de vieilles photos, mon attirail de dessin et de peinture et mes habits d’hiver. Légère. Et pourtant, aussitôt qu’il m’est donné de me poser quelque part pour une plus longue durée, voilà que je repars dans l’amoncellement de trucs, ma foi, fort (in)utiles. L’obsession de réduire et d’améliorer constamment ne me quitte plus, au point que je repasse en revue régulièrement tout ce que possède dans l’espoir de voir la quantité diminuer. C’est rarement un succès: pour une chose donnée, il y a souvent trois choses acquises.

Au final, quand je pars en voyage, j’ai dans mon sac une quantité de choses qui me font me sentir chez moi partout. J’ai ma maison avec moi, oui. J’ai ma machine à café (une petite Mokina), mon café, ma boîte à pique-nique, mon thé japonais (le genmaicha, thé du peuple!), parfois mon plaid en laine… J’ai d’ailleurs souvent considéré prendre mon oreiller avec moi (mais il est un peu trop gros, dommage).

Depuis l’an passé, j’ai un casier à Barcelone, rempli d’affaires. À chaque fois que je me dis que je vais m’établir pour six mois ou plus quelque part, je me retrouve à faire l’inventaire mental de tout ce qui est dans mon casier, chez mes vieux, dans mes valises ou chez quelque pote. Lorsque j’ai dû partir pour Israël au printemps passé, j’ai dû faire un joli voyage aller-retour en une journée (Genève-Barcelone) pour récupérer mes affaires d’été. Le pull en laine sous 37°C dans le désert ne l’aurait pas vraiment fait.

Bref, qu’est-ce que je me prends la tête avec mes possessions! Si j’avais plus d’argent, je me referais une garde-robe ultra-light et modulable. Mais bon, les choses qui sortent un peu du commun sont souvent les plus chères, alors en attendant, je fonctionne à l’arrache, à coups de compromis.

Du tiraillement constant entre stabilité et mouvement

Certainement le point le plus piquant de la vie nomade: comment jongler entre son monde nomade, et le monde resté derrière? Peut-on réellement vivre une vie dans le mouvement constant, sans jamais s’arrêter? Point élucidé pour ma part (mais certainement variable pour d’autres?). J’aime à rappeler aux gens que la vie nomade, ce n’est pas nécessairement se déplacer tous les trois jours (j’en parle d’ailleurs dans mon bilan nomade 2015). J’espère que, comme moi, vous n’avez aucunement l’intention d’essayer de coller à une étiquette et à des règles. Sinon, je crains que la vie nomade ne soit pas vraiment faite pour vous!

Et je reviens doucement au points que j’avais abordés dans mon premier article…

L’amour et la vie nomade

J’écrivais mon article en célibataire endurcie, et je pense que tous les points mentionnés restent valables. Là où j’ai changé de point de vue c’est que la vie nomade ne rend pas vraiment les relations amoureuses difficiles: au contraire, elle les simplifie, dans la mesure où elle vous force à revoir vos attentes, et celles qu’ont les autres envers vous, à la baisse. J’ai eu une relation à moitié à distance et à moitié pleinement vécue durant un an à Barcelone, mon amour était suffisamment fort pour dicter mes déplacements et mes allers-retours: un bon indicateur de la place que tient une personne dans votre vie.

Je suis actuellement en couple, et cela me rend les déplacements plus difficiles. En effet, ce charmant jeune homme est plutôt ancré dans son univers pour mille raisons: je ne peux donc pas nourrir le rêve de juste le mettre dans ma valise même si, oui en fait, je le nourris plutôt bien, mais l’issue en est très improbable. Bref, je dois me dédouaner de mes attentes à ce niveau là et continuer de faire avancer mes projets, il y a du gros compromis dans l’air, les décisions sont parfois plus douloureuses. Qu’il s’agisse de partir pour une longue période (et donc être loin l’un de l’autre) ou ne pas partir pour une longue période (et donc se sentir un peu en cage). Le travail est constant. La recherche d’équilibre est la mesure de toute chose, dans tous les aspects de la vie nomade (et de la vie, en général, très certainement).

Amour et vie nomade

Mon homme et nos montagnes (Oeshinen, Suisse)

L’amitié et la vie nomade

Le détachement, l’une des choses les plus saines qu’il m’ait été donné d’apprendre. Tout comme l’amour, il s’agit là de faire s’envoler les mille attentes que l’on fait peser sur l’autre, ou que l’autre font peser sur nous. J’ai de bons amis aux quatre coins du monde que j’aime tellement fort! Merci Skype, l’invention du siècle. C’est sûr que ce n’est pas aussi cool que de prendre un café quand cela nous chante, mais nos rencontres virtuelles sont riches: nous avons ce moment privilégié, peut-être un seul moment pendant des mois, et nous allons à l’essentiel.

Je crois que fonctionner ainsi est existentiel pour le nomade, car comme je le précise plus haut, la somme d’énergie que demande l’adaptation à un nouveau lieu et à une nouvelle culture est intense. Elle demande aussi de consacrer du temps à la construction d’un nouveau cercle social sur place, et, en tant qu’humains, il y a une limite à la quantité de relations proches que nous sommes capables de gérer.

Une fois l’exaltation de la foule de rencontres des premières années de vie nomade passée, les choses se sont bien tassées pour moi. J’ai eu, durant cette période, la chance de faire des rencontres exceptionnelles qui ont redéfini le sens que j’avais de l’amitié et je ne me suis plus sentie seule un seul instant.

Le budget et le travail du nomade

Je parlais du choix de ses clients en tant qu’indépendante, et du choix parfois, d’une situation précaire plutôt que d’une situation d’abus potentiel. Aujourd’hui je me comprends bien mieux, et je sais que derrière ma peur bleue de l’emploi ou celle d’un contrat allé à mal, il y a une extrême sensibilité qui rend ma gestion des conflits difficile. Il y a aussi un sens de la justice un peu exacerbé, une vision assez noire et blanche du monde qui me rend très difficile l’idée de travailler pour une entité ou une personne qui ne partage pas mes valeurs: c’est un peu comme aller à l’envers de tout ce que mon coeur me crie et c’est une douleur que je n’arrive pas dépasser. Je me souviens bien de ma dépression sans fin, durant mes années d’études. Je sais très bien comment j’y retournerais en me confrontant à nouveau à l’absurdité que représentent la majeure partie des rapports humains que l’on a au travail comme à l’école. Après tout, j’ai trimé dur et fort pour m’entourer de rapports sains et choisis. L’indépendance et la vie nomade représentent pour moi une sortie de secours, en quelque sorte, un chemin de traverse plus long et plus difficile, mais à l’aboutissement plus surprenant.

Le bordel administratif du nomade

Frontières, visas, droit de rester pour un temps donné sur un territoire, questionnements lourds à certains postes de douane… Ces barrières représentent plutôt un poids émotionnel que technique, finalement. L’obligation de partir quand on ne souhaite pas partir, ou de revenir quand on ne souhaite pas revenir. Laisser les gens qu’on a appris à aimer derrière soi. Déconstruire ce qu’on avait pris le temps de construire et recommencer, encore et encore. Tous ces points trouvent finalement leur réponse dans les paragraphes concernant l’amour, la légèreté et le reste: détachement, flexibilité et patience sont de mise. Il y a ici des qualités à gagner qui seront donc un atout pour toutes nos décisions futures.

Les éternels départs de la vie nomade

Quand la gare est ta maison, ou les éternels départs du nomade (Gand, Bruxelles)

L’image que se font les gens d’un nomade

J’en parle de façon étendue dans mon article « Au-dessus, je flotte. Un essai sur la normalité ». Les années ont doucement créé un clivage entre le monde « fixe » et le monde « nomade » pour moi. Je me suis tellement imbibée de mon style de vie qu’il est devenu ma norme, ma référence. En arriver là signifie que l’on n’a (presque) plus aucun problème avec l’image que se font les autres de ce style de vie. Exit les questionnements du genre « je suis pas normale, je suis marginale, je suis à côté de la plaque ». Je suis différente d’eux, ils sont différents de moi: une réalité qui est souvent inscrite en nous dès la plus petite enfance mais que l’on n’est souvent pas capable de bien cerner avant d’avoir acquis un certain bagage d’expériences de vie.

En conclusion

Je ne cesserai de le répéter: la vie nomade, c’est un choix de style de vie, pas une vie de rêve. Pour moi, c’est une réponse à ma différence, à ma soif de découverte et d’inspiration, à mon besoin de challenge constant. C’est aussi un choix de vie qui répond à mes valeurs: l’indépendance, l’ouverture d’esprit et le respect de soi et de l’autre, l’apprentissage de la patience, le développement de soi afin de mieux comprendre et rendre service à son prochain (l’individualisme). La vie nomade, c’est la béquille qui me permet d’exister à ma façon: en suivant mes besoins et en insérant mes valeurs dans toutes mes démarches au quotidien, je me crée un univers duquel, quand les difficultés auront été surmontées, je n’aurai plus envie de m’échapper. C’est peut-être votre réponse aussi, peut-être pas. Alors je vous souhaite, du plus profond de mon coeur, de pouvoir un jour répondre à cette question difficile avec autant peu d’hésitation que moi.

Pour aller plus loin

Si vous désirez en savoir plus, vous pouvez consulter mon guide de la vie nomade, un gros pavé riche en informations de tous genres et régulièrement complété. Si les pavés vous font peur ou si certaines questions brûlent sur vos lèvres, peut-être trouverez-vous une réponse satisfaisant dans ma Foire Aux Questions Nomade. Chaque mois, dans ma Newsletter Nomade, je vous livre un petit édito de ma situation, de mes destinations et de mes avancées philosophico-techniques. Et finalement, décrivez toutes mes élucubrations nomades dans les rubriques du site qui y sont consacrées: la vie nomade en théorie, et la vie nomade en pratique. Bonne lecture!

Par Corinne Stoppelli

Je suis Corinne, un petit oiseau libre. Sans domicile fixe depuis 2010, je sillonne la planète à la recherche d'inspiration et de points de vue différents. Sur Vie Nomade, je partage mon regard sur le monde, le temps et le changement, d'une plume sincère et d'un objectif curieux et ouvert. En savoir plus?

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(13 commentaires)

  1. Ton article tombe à pic pour moi ! Je suis en plein changement de vie, je deviens nomade en avril prochain ! Pour l’instant c’est le moment difficile de se séparer de tous ses biens, ses amis, ses habitudes … Je suis assez lucide et je pense que je te rejoins totalement sur le point « la vie nomade, c’est un choix de style de vie, pas une vie de rêve », je pense qu’il y a forcement des moments où l’on se demande ce que l’on fait là, pourquoi on le fait, mais comme pour toi je pense que ca répond à mon besoin de différence et mon envie de challenge au quotidien (madame angoisse pointe le bout de son nez chez moi aussi ^^ et ca me pousse à me dépasser).
    En tout cas ce fut un plaisir de lire ton article !
    Bonne continuation à toi !

    • Hello Florence, welcome dans le pays sans frontière des nomades ;) J’espère que tu t’y plairas, et tu trouveras sans aucun doute de quoi te faire les dents niveau challenge. Quand je suis partie j’avais vraiment 0 idée d’à quoi m’attendre et quelque part, tant mieux, car je ne sais pas si j’aurais eu le courage de le faire en connaissance de cause complète. Partir avec la lucidité, c’est certainement s’assurer une plus grande réussite. Bon courage pour la préparation!

  2. Cet article nous parle beaucoup ! On a bien ri avec l’histoire de la machine à café et de la boîte à pique-nique. On se sent un peu moins bêtes à trimballer partout un hamac, des aiguilles à tricoter et des herbes de provence (chacun ses petits plaisirs !).

  3. Ton article est tellement bien écrit. Très intéressant d’avoir ton point de vue et de voir qu’au final on se pose tous les mêmes questions, peu importe le mode de vie. Je te souhaite de t’épanouir dans le tien aussi longtemps que possible ;)

  4. Très intéressant !!! et bravo pour ton cheminement intérieur durant toutes ces années …

  5. On a la même machine a café. :-D
    Ça prends un peu de place mais c’est ce qui fait qu’ailleurs deviens vite chez soi !
    La peur de l’inconnu n’est pas réservée aux sédentaires…

    Merci pour cet article, c’est agréable de ré-envisager ces petites choses qui comme tu l’expliques si bien nous paraissent normale, mais tellement différentes pour les moldus…

  6. perrine

    super cet article !
    et si tu n’avais pas été dans le Web, aurais tu osé avoir une vie nomade ?

    • Merci Perrine! En fait, ayant choisi un métier en fonction de mon envie d’être indépendante et de travailler seule, je pense que ça n’aurait pas posé de problème, j’aurais certainement fait autre chose. Sans un travail de ce genre, j’aurais certainement cherché un poste me permettant de voyager, ou alors combiné 6 mois de travail, 6 mois de voyage, ou alors cherché des postes temporaires dans d’autres pays, ou alors je me serais engagée dans des études et des travaux de recherche nécessitant des déplacements. Donc oui, je ne sais pas par quel moyen, mais j’aurais certainement trouvé une autre voie :)

  7. Ce texte est vraiment très touchant …

  8. Louise

    Quand j’ai commencé mes recherches sur le nomadisme, j’ai trouvé cela peut-être un peu fort sauf qu’à part certains détails, je me retrouve dans ce que tu racontes. Je suis partie à 19 ans à New York et suis rentrée en France à contre coeur 2 ans après car « il fallait bien » rentrer dans le moule, bosser, acheter un appart, trouver un mec… Bref ce que la grande majorité de nos congénères font de leur vie.
    20 ans plus tard, j’ai décidé qu’avec tous ces essais infructueux à vouloir coller à une image sociale « normale » et le terrible constat négatif qui en découlait (dépression), il était temps de vivre la vie dont je rêvais enfant.
    Après plusieurs voyages en solo durant des années, histoire de voir que c’est vraiment mon truc (et quel truc !), je suis partie dans un pays inconnu avec une nouvelle étrangère à apprendre (et ou personne ne parle Anglais alors que je suis bilingue) et je n’ai jamais autant été satisfaite de ce choix.
    J’ai décidé de continuer à sillonner le pays où je vis actuellement (en me posant durant la période hivernale) et à suivre mon instinct. Je me dis que le jour où j’aurais trouvé l’endroit qui correspond à l’énergie que je recherche, je me poserai. Tout simplement. En attendant, ma conclusion est très simple : il faut vivre ses rêves d’enfant car ne pas le faire, c’est mourir un petit peu chaque jour et passer à côté de sa vie. Amitiés voyageuses.

    • Salut Louise! Merci pour ton témoignage. Je me retrouve sans étonnement dans ton parcours: le « fallait bien », la dépression qui en a suivi et le désir de partir dans le grand inconnu (qui sauve la mise). Et je suis aussi totalement d’accord avec ta conclusion :) À nous la route!

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