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« Je ne gagnerai pas ma vie à la perdre »

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Mon voyage en Midi-Pyrénées a pris une tournure particulière. Je m’attendais bien à l’effervescence de Toulouse, à la richesse gastronomique de sa région, à faire le plein d’art intemporel, à rencontrer des artisans passionnés, mais certainement pas à rentrer avec des convictions encore plus fortes. Car lorsque l’on a des convictions, on s’attend rarement à les voir excédées.

Abbaye de Conques

Abbaye de Conques, patrimoine de l’Unesco

Je me situais entre deux étapes majeures de la vie, celle d’avoir exercé un beau métier durant plus de dix ans, celui qui m’a permis de (sur)vivre, mais aussi de voyager, de me découvrir et de m’accepter, et la décision timide de me tourner enfin vers la première et la plus puissante de mes passions, l’écriture.

Lorsque l’on m’a demandé quels étaient mes intérêts pour la région, je n’ai pas eu besoin de réfléchir très longtemps. J’ai exprimé mon désir de rencontrer des artisans, des gens authentiques et passionnés par leur métier.
J’imaginais le charcutier amoureux de son bétail, me racontant toutes les étapes de l’élevage jusqu’à la difficile séparation de l’animal permettant à des gourmets de tous horizons de se régaler et de faire la renommée de la région.
Je ne me suis pas projetée plus loin. Mais c’eût été très bien, très suffisant.

Artisan charcutier au marché Victor Hugo, Toulouse

Un artisan charcutier au marché Victor Hugo, à Toulouse

Seulement, au-delà de ma rencontre avec cette charcutière que j’avais parfaitement imaginé, si ce n’est pour son apparence – une belle jeune femme blonde, que j’attendais plutôt être un vieux monsieur bourru, le dos un peu arqué pour soutenir le poids de son ventre imposant – et oui, les clichés ont la vie dure – on a placé sur mon chemin une incroyable palette d’artistes de la vie.

Un artiste de la vie, c’est un personnage humble et accompli, c’est un être qui a tout donné pour sa cause personnelle et qui a rencontré la reconnaissance de son oeuvre. C’est un quelqu’un qui a réussi à inspirer, réjouir et transmettre espoir, énergie, quel que soit l’ordre de grandeur.

Tous ceux avec qui j’ai eu l’opportunité de boire un thé, d’échanger quelques mots, d’admirer ou déguster l’oeuvre me l’ont dit sans me le dire: « Tout est possible si l’on y croit, si l’on s’y consacre. »
Madame Vié et ses violettes, l’humble mais très étoilé chef Michel Bras, les artisans des marchés de Carmes et de Victor Hugo à Toulouse, les guides et historiens presque anonymes des musées et églises, tous me l’on dit sans me le dire: « Nous sommes heureux, d’avoir accompli et de pouvoir continuer à accomplir ».

Café Bras, chez Michel Bras à Rodez

Avec Michel Bras, au Café Bras de Rodez

Quant à l’artiste ruthénois, Pierre Soulages (âgé de 95 ans!), il est probablement à l’oeuvre dans son atelier au moment même où j’écris, à diffuser une précieuse lumière en travers de l’incertitude de ses regardeurs. Je n’ai pas pu le rencontrer, mais ceux qui en ont eu l’opportunité me l’ont raconté.

« Je ne gagnerai pas ma vie à la perdre. »
– Pierre Soulages

Je regarderai certainement ce voyage comme un pont se matérialisant sur les berges de mon incertitude. Vié, Bras et les autres m’ont livré le message que j’attendais.

Alors je traverse, vers l’autre berge, doucement mais avec conviction.
Après tout, peut-on vraiment se tromper quand on aime?

Un grand merci à Atout France et au Comité Régional de Tourisme Midi-Pyrénées de m’avoir permis de faire des rencontres aussi inspirantes.

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Par Corinne Stoppelli

Je suis Corinne, un petit oiseau libre. Sans domicile fixe depuis 2010, je sillonne la planète à la recherche d'inspiration et de points de vue différents. Sur Vie Nomade, je partage mon regard sur le monde, le temps et le changement, d'une plume sincère et d'un objectif curieux et ouvert. En savoir plus?

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(6 commentaires)

  1. Marie-Julie dit :

    «Je ne gagnerai pas ma vie à la perdre.» Ma devise depuis que je suis ado! À l’époque, j’avais l’habitude de dire «Je veux profiter de la vie avant qu’elle ne profite de moi!». Et vive l’écriture! :-)

    • Ah bravo! J’aurais bien aimé le comprendre plus tôt moi ;) J’ai toujours vu l’écriture comme une passion que je n’aurais pas pu transformer en travail. Pas cru en moi… Mais voilà, c’est du passé maintenant, on va de l’avant!

  2. severine dit :

    Super article Corinne ! Bravo et oui en effet on est souvent « hors catégorie » par rapport à cette « moyenne » et moi je dis tant mieux!
    La passion est plus forte que tout! Continue surtout! ;-) biz de Lausanne

  3. Aurélie dit :

    Très bel article, qui donne du grain à moudre à mes réflexions de voyageuse actuellement sédentaire, qui aime écrire et rêve de plus, toujours plus…

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