Carnets
de Voyage

Sauver un chiot sur la route (et autres émotions fortes corses)

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« Y’a pas de hasard. » J’avais noté cette phrase à la va-vite sur mon carnet, le soir même où je l’ai entendue. Je pensais qu’en la relisant, plus tard, je pourrais me remémorer toute la discussion qui s’était tenue. Mais au final, seuls sont restés le chant des cigales, le souvenir d’un papillon de nuit (dont la photo s’est perdue, elle aussi) et cette encre énigmatique sur le papier.

Lire le billet précédent: Un handi road trip en Corse

Après un copieux petit-déjeuner préparé par les soins de Fred, Audrey et moi prenons congé de Bastelicaccia et des ronrons de Caramel pour aller (enfin) récupérer notre boule de volant à Ajaccio.

Maison d'hôte Couleur Campagne

Un petit retour en arrière qui aurait été nettement plus agréable si le garagiste en question avait manifesté un minimum de sympathie à notre égard.

C’est que je n’avais encore pas évacué le trop-plein d’avant la Corse, du salon, de ma conférence, des nouvelles rencontres, de la chute manquée d’Audrey, de l’angoisse du planning costaud à venir, etc. Et les aventures continuant de s’empiler, je savais que trouver l’air nécessaire à me reprendre serait une tâche ardue. Dans les cas extrêmes où je me retrouve ainsi sur-sensibilisée, un rien me paraît compliqué ou trop difficile à supporter: je pars en larmes au quart de tour. Merci donc, Monsieur le Garagiste Totalement Dénué d’Empathie, pour cette nouvelle cascade dont je me serais bien passée. Heureusement, le carrossier d’en face me prête gentiment son tournevis et je me débrouille comme une grande pour installer la chose.

Cette fois, c’est bon, on peut vraiment y aller. Et la prochaine étape sera Peri (enfin, ce qu’on pensait être Peri) afin d’y faire une rencontre particulière. Il y a un an, j’avais été invitée à une soirée de presse sur la Corse à Genève. Les organisateurs y avaient convié des artisans: fromager, chocolatier, apiculteur… J’avais été on ne peut plus séduite par la qualité de leurs produits, mais aussi par leur présence tranquille et le reflet posé de leur expérience.

Parmi eux, Monsieur Mameli, le fromager, présentait le fameux casu marzu, un fromage pré-mâché par des vers (une expérience qui se trouvait dans ma bucket list et sur laquelle j’ai donc sauté). J’avais bien rigolé lorsque j’ai annoncé à deux journalistes, qui en avaient encore plein la bouche, ce qu’elles étaient en train de manger! Et puis il y avait aussi Monsieur Colomb, dont j’ai salué l’audace de présenter des chocolats en Suisse. Aussitôt dégustés, j’ai réalisé que ce n’était pas de l’audace, non, la prise de risque était inexistante: le plus fin gourmet aurait trémoussé comme je l’ai fait, sans hésitation.

J’ai plus tard retrouvé Monsieur Colomb accompagné de sa femme Josiane, l’artiste derrière les chocolats, à la Foire de la Châtaigne l’an passé à Bocognano. Je ne suis pas très douée pour reconnaître les visages… mais apparemment les chocolats oui. J’ai fait causette avec eux pendant quelques minutes et l’idée d’écrire sur leur travail m’a immédiatement sauté contre. Je leur ai proposé de les revoir. Et non seulement ont-ils accepté avec enthousiasme, ils ont aussi convié pour nous d’autres artisans de Corse.

Chocolats d'artisans corses

Les chocolats des Colomb, sur leur stand de la Foire de la Châtaigne

C’était donc tout ce petit monde qui nous attendait. Heureusement que nous avions pris de l’avance, surtout que les routes de montagne, en Corse, elles demandent un certain temps, et beaucoup d’attention (pensez à une combinaison joyeuse de virages serrés qui n’en finissent pas, et à des conducteurs un poil pressés d’en sortir).

À Peri, le hasard a sauté contre notre voiture sous la forme d’un chiot sur-excité. Pas d’accident dieu merci, nous roulions doucement et la route n’était pas très fréquentée. Mais impossible de continuer sans aider cette boule de poil bouillante et assoiffée (en manque total de repères!) qui sautillait tout autour du véhicule.

Road trip en Corse

Il vide notre litre d’eau sans ménagement, le pauvre! Photo (c) Audrey Barbaud

Nous décidons donc de faire le tour du village avec l’espoir de retrouver son propriétaire, car le laisser là au milieu d’un virage nous est moralement impossible. Ledit village est par contre un peu compliqué. Les maisons sont dispersées en haut, en bas, dans la brousse. Difficile de se garer sans danger. Difficile aussi de courir partout sans notion géographique et avec la pression d’être attendues, ainsi que la responsabilité nouvelle de ce petit être qui ne pourrait certainement pas se débrouiller tout seul.

Les voisins ne reconnaissent pas le chiot. Ils ne souhaitent pas non plus nous le prendre. Ils me parlent d’un chenil à Ajaccio, mais impossible pour nous d’y retourner. Impossible aussi de l’emmener avec nous pour le reste de la route. Après deux heures de recherches infructueuses il va falloir qu’on prenne une décision. Le remettre là où on l’a trouvé maximisera peut-être les chances qu’il soit retrouvé (s’il n’avait pas été abandonné).

Mais au moment de le faire, je n’y arrive pas. C’est comme de l’abandonner à nouveau. Je suis perdue, désespérée, j’ai encore pleuré trois fois et je n’ai plus d’eau en réserve pour me réhydrater d’autres potentielles cascades de pleurs.

Road trip en Corse

Finalement, je descends du véhicule résignée. Mais je vois deux autres voitures passer et les arrête dans une dernière tentative. Bingo! L’une des conductrices accepte de nous prendre le chiot. Elle fera le nécessaire pour nous aider à retrouver son propriétaire.

Je sais bien que c’est difficile, de prendre la responsabilité d’un animal, mais ce n’est pas ce que je demandais à ces voisins. J’aurais aimé que quelqu’un accepte de passer ne serait-ce que quelques coups de fils. La dame au grand coeur de la journée me restera dans l’âme. Et tout est bien qui finit bien… J’espère que son propriétaire a pu le retrouver ou, si propriétaire il n’y avait pas, qu’il ait désormais une petite vie heureuse avec son nouveau maître.

Les émotions calmées, j’appelle les artisans. Je m’excuse de mon retard en bafouillant une incompréhensibilité sur un chiot perdu. Monsieur Colomb me tranquilise mais m’annonce qu’il va par contre falloir qu’on redescende de notre montagne car on s’est carrément plantées de route. Ce n’est pas sur les cimes à couper le souffle de Peri qu’ils nous attendaient, mais plutôt tout en bas, dans sa plaine…

J’aurais voulu penser « tout ça pour ça! », et puis je me suis souvenue qu’il n’y a peut-être pas de hasard.

Road trip en Corse

Lire la suite: Portrait corse: Josiane, chocolatière conteuse

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Par Corinne Stoppelli

Je suis Corinne, un petit oiseau libre. Sans domicile fixe depuis 2010, je sillonne la planète à la recherche d'inspiration et de points de vue différents. Sur Vie Nomade, je partage mon regard sur le monde, le temps et le changement, d'une plume sincère et d'un objectif curieux et ouvert. En savoir plus?

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(2 commentaires)

  1. Heureusement qu’il y a quand même eu une bonne âme pour prendre ce petit, je suis sûre qu’il a un doux foyer maintenant. Vous avez fait une bonne action les filles et vous avez de chouettes souvenirs :)

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