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Choc culturel au Sri Lanka: la Larme de l’Inde

Publié le • Dernière mise à jour:
Après mon envol de Londres et mon tout premier vol long-courrier, je vais enfin à goûter à l’Asie: mon amie, originaire du Sri Lanka, s’apprête à s’y marier et je serai sa témoin. Il m’aura fallu beaucoup de temps pour réussir à mettre des mots sur ma (courte) expérience au pays.

Les émotions courtes et belles de l’arrivée: d’heureuses retrouvailles avec mon amie, une chaleur torride et une humidité un peu étouffantes, un monde nouveau, haut en couleurs, en odeurs, en surprises. Les Sri-lankais en file à l’aéroport font mine de vouloir me faire passer avec de grands sourires mais je piétine, m’obstine, refuse de m’octroyer un privilège qui ne me revient pas.

Voyage au Sri Lanka

La guerre et la mer

À Colombo, nous dégustons un curry exquis dans une petite baraque où pullulent les mouches, suivi d’un défilé de chars d’assauts: c’est l’anniversaire de la fin de la guerre et on célèbre cette première année de paix d’une manière assez surprenante.

Plus loin, hors de la ville, la mousson m’immobilise dans mon auberge de fortune où, seule, je passerai quelques jours d’intense méditation. Dans un premier temps, je suis séduite, syndrome de la touriste qui vit sa première fois sur un continent inconnu et qui célèbre tout apprentissage. Mais par la suite, à Kalutara, elle prend des tournures plutôt dramatiques (253’000 déplacés en une semaine, j’en ai déjà un peu parlé par là). Les transports sont rendus obsolètes par quelque voie que ce soit et de nombreux côtiers sont assis sur les étagères de leurs bicoques inondées, en attendant patiemment que le niveau de l’eau veuille bien redescendre.

Carnet de voyage au Sri Lanka

Un type me lance un « C’est la nature! » en éclatant de rire. Après quelques jours, ils descendent dans la rue à creuser des canaux dans le sable à la pelle pour évacuer l’eau vers la mer.

Le tuk-tuk du bout de la vie

Les trous dans le sable, engorgés et dilatés par la pluie, empêchent les conducteurs de tuk-tuks de circuler. C’est ainsi qu’après avoir participé à l’organisation du mariage, à quelques kilomètres de mon logement, ma compagne de voyage (l’amie de mon amie) et moi nous retrouvons dans le noir le plus complet aux petites heures du matin, l’orage battant son plein et striant le ciel d’effrayants éclairs, l’eau jusqu’aux genoux et, bien entendu, sans la plus pâle idée de comment retrouver notre chemin.

Un tuk-tuk sri-lankais

On brave le climat pour quelques minutes, un stupide parapluie à la main, à marcher sur les voies ferrées. Rapidement conscientes du danger de la situation, on retourne sur nos pas et, par chance, tombons sur un conducteur de tuk-tuk suffisamment courageux pour prendre tous les risques requis à notre rapatriement.

Malheureusement, il ne savait pas du tout où il devait se rendre. Il demande donc la route à des jeunes hommes parqués dans un coin… qui nous proposent de les suivre, prétextant qu’ils savent, eux! Devant les secondes d’hésitation qui tempèrent leurs réponses, on réalise assez rapidement qu’ils ont d’autres intentions. Alors que leurs haleines alcoolisées se font de plus en plus proches, je hurle au conducteur « Let’s go, now! », peu importe où.

Après quelques tours, nous retrouvons notre chemin. Seulement voilà, les fameux trous sur la route sont trop costauds pour le véhicule. Il nous abandonne simplement au bord de la plage. Je lui offre des roupies en plus pour sa peine, il les accepte, puis m’en redemande. Dépitée, je cède. Il nous reste donc un bon kilomètre à parcourir dans une obscurité ponctuée de quelques bars que seuls les hommes se peuvent de fréquenter, à ces heures.

Des femmes à l’hôtel nous avaient averti: « Quand il fait nuit, ne sortez pas! Il n’y a que des voyous dehors à cette heure: ils boivent et se droguent sur la plage, ils enlèvent les touristes pour leur voler leurs biens et parfois pire encore. » Pas le choix, il faut aviser. Couteau suisse à la main, on avance en mode commando pour ne pas nous faire remarquer. Difficile d’éviter les canaux et les cailloux sur la rue encore inondée. Des vélos nous rattrapent, on prend peur mais on se la joue blasées. Ils hèlent quelque chose et continuent leur route, ouf. Finalement, nous arrivons saines et sauves, mais bien secouées.

La visite du village, le lendemain, se fera à pieds, bien sûr: une balade de quelques heures avec l’eau brune jusqu’aux genoux, pieds nus sur les cailloux, et l’eau dégoulinante de partout. L’optimisme ne nous lâche pourtant pas, nous sommes heureuses d’être là (en un morceau).

Un mariage sri-lankais

Après quelques jours, on est s’est plus ou moins résolues: notre linge étendu ne sèchera jamais, l’humidité constante persistera partout, jusque dans les draps, et nos pieds et cheveux resteront mouillés. Ici, une légère odeur de moisi remplace l’agréable et prometteuse senteur de notre poudre à lessive.

Et puis arrive le jour fatidique du mariage. Mon amie craint qu’il ne soit arrosé, mais la chance lui sourit. Une éclaircie est au rendez-vous pour cette magnifique cérémonie bouddhiste en plein air. Danses, musiques, saris flamboyants, délicieuse nourriture: le bonheur est palpable.

Mariage bouddhiste au Sri LankaUn mariage au Sri Lanka
Mariage bouddhiste au Sri Lanka

Malheureusement, mon estomac se met en rade juste au moment d’attaquer l’immense buffet. Forte de deux semaines de gastro-entérite aiguë récente, je reconnais les symptômes immédiatement. Rien que je ne puisse faire malheureusement, si ce n’est des allers-retours plus que fréquents aux toilettes de l’hôtel (avec hélas, l’encombrement de mon beau sari, soit de six mètres de tissu). La fièvre monte, et je n’ai pas le choix, je dois quitter la cérémonie et aller m’allonger après une jolie crise de nerfs passée au moment de lire mes voeux les plus sincères aux mariés.

Porter un sari au Sri Lanka

Toutes les larmes d’ici

Dans mon lit de fortune, difficile de trouver le sommeil. Je me remémore les quelques journées passées à Kalutara, seule dans la guesthouse posée au bord de l’océan colérique. J’y revois la tristesse de mon aubergiste qui me parle de la guerre et des dommages causés par le tsunami il y a quelques années de cela, toujours pas réparés. C’est l’anniversaire de la fin de la guerre, mais il est dévasté.

Kalutara, Sri Lanka

Il me dit que le gouvernement les a montés les uns contre les autres. Alors qu’ils étaient en pleine reconstruction. Pourquoi s’est on acharnés à ce point contre eux? Il m’explique que malgré la pauvreté de sa famille, ils nourrissent tous les soirs les chiens qui errent sur la plage. Il me propose de m’emmener visiter un orphelinat, mais je refuse.

Je revois aussi une soirée au restaurant, à même le sable de la plage avec mes amis. C’était amusant jusqu’à ce qu’un type blanc s’approche d’un enfant. Il faut dire que les panneaux fréquents, à Colombo, nous avaient marqué: « Si vous êtes témoin d’un acte pédophile, dénoncez! ». Alors mon amie demande au serveur ce qu’il se passe. Celui-ci répond en rigolant « Il aime bien les garçons! ». Elle s’insurge et menace. Le serveur flippe « Par pitié, ne dites rien, on perdrait notre travail, on ne pourrait plus nourrir nos enfants ».

Plus tard, à l’heure du départ, nous faisons la connaissance d’un guide touristique qui nous parle politique. À la question de la pédophilie, il nous répond par une histoire: un européen, professeur dans une école de village, avait énormément contribué à l’évolution de celui-ci. Il fut nommé maire de l’école, et peu de temps après, l’absence régulière de quelques élèves commençant à paraître douteuse, une enquête fut ouverte. Reconnu coupable d’actes pédophiles, il allait être arrêté, mais lorsque la police est arrivée, elle s’est frottée à la foule villageoise, insurgée: « Non, laissez-le tranquille, c’est grâce à lui que nos enfants ont un futur ». Vraie ou non, j’en ai eu le sang glacé.

Voyage au Sri Lanka

C’est le coeur très lourd que j’ai quitté le Sri Lanka. Pour cette première escale asiatique, mes sentiments étaient plus que mitigés. Certes, je m’attendais à me confronter à beaucoup d’inconnues… Je n’étais pas prête à faire face à tout cela, mais il a fallu.

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Par Corinne Stoppelli

Je suis Corinne, un petit oiseau libre. Sans domicile fixe depuis 2010, je sillonne la planète à la recherche d'inspiration et de points de vue différents. Sur Vie Nomade, je partage mon regard sur le monde, le temps et le changement, d'une plume sincère et d'un objectif curieux et ouvert. En savoir plus?

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(5 commentaires)

  1. Alba dit :

    Chère Corinne,
    des fois la réalité est bien plus dure et éprouvante de tous ce qu’on peut imaginer!
    Je suis très sensible à la souffrance humaine et quand ce sont les enfants à devoir souffrir, surtout par rapport à des actes dégoûtants indescriptibles… j’en suis révoltée et attristée autant que toi!
    L’éducation au respect de l’autre, et surtout du plus faible, pourrait peut-être être une solution… à la longue!
    Quand il y aura moins d’égoïsme dans le monde… ce sera parfait!
    Gardons l’espoir!
    Ton voyage est aussi un voyage… autour de l’homme! Je te souhaite de t’enrichir encore et toujours de belles rencontres!
    Bisous

    • Corinne dit :

      Merci :) Oui, c’est surtout un voyage autour de l’homme. On se sent impuissants face à une telle grandeur, et parfois l’on oublie que l’on peut changer les choses… à plus petite échelle! Pourquoi pas!

  2. Vincent dit :

    Hé bien Corinne, on peut dire que tu es maudite des mariages!

    Cette petite histoire donne long à penser sur l’état d’esprit qui peut régner dans ces régions. Et quand on pense qu’en même temps, chez nous (remarque je sais pas si c’est encore vraiment « chez toi » :) ), on a un bon paquet de crétins pas foutu de profiter de ce qui leur est *donné*… ça donnerait envie de gerber. Ah, c’est pour ça que tu arrives pas à assister à un mariage convenablement? =)

    A bientôt !

  3. Quelle chance d’avoir assisté à une cérémonie sri lankaise ! Dommage que tu n’ais pas pu + nous la décrire ;)
    Bonne journée

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