Histoires
d'ailleurs

Where is home? La quête de racines d’une déracinée

Publié le • Dernière mise à jour:

– Est-ce qu’il y a un endroit au monde où tu te sens chez toi? …plus qu’ailleurs peut-être?
Il me répond que non. Un non franc, sec.
Il n’ajoute rien de plus.
Moi, je m’étale un peu, pas très sûre:
– Moi non plus, et puis j’ai trouvé que ce qui ressemblait le plus à un lieu où je pourrais me sentir le plus à l’aise, c’est en mouvement. Peut-être dans un train, dans un avion?

Bientôt quatre an que je me suis détachée de ce qui fait le quotidien de la moyenne humaine: une maison, un lieu d’attache, un quelque part qui nous manque, peut-être, lorsque l’on est loin. Bientôt quatre ans que je cherche, parfois un peu désespérément, l’endroit qui est fait pour moi.
Rien à faire. Il semblerait qu’il n’existe techniquement pas.

Quelque part entre Lausanne et Genève

Quelque part entre Lausanne et Genève

– Mais il y a bien un endroit dans lequel tu t’arrêterais un peu plus longtemps, non? Un quelque part qui t’aurait plus touché qu’ailleurs durant tous tes voyages?
Elle sourit, ça l’intrigue parce qu’elle ne vit pas vraiment comme ça.
– Oui et non. C’est-à-dire qu’il y a bien des endroits dans lesquels j’ai souhaité m’arrêter plus longtemps, et je l’ai d’ailleurs fait sans y réfléchir à deux fois. Et puis quand je les ai quittés, j’ai continué à y rêver, je me suis dite qu’un jour je pourrais y vieillir, peut-être… Mais ça me passe toujours. J’ai toujours envie de repartir.
Elle acquiesce.

La vérité c’est que j’ai arrêté de chercher. Et je suis d’accord avec moi, avec ça.
Je ne suis pas certaine encore de comprendre toutes les implications que cela aura sur mon futur. Je ne suis chez moi nulle part… et partout à la fois.

Quand j’ai commencé mon périple, en 2010, je voyageais pour me débarrasser de mon carcan quotidien, pour m’ouvrir grand les yeux, pour apprendre.
Et puis quelque part, sur le chemin, j’ai changé de perspective.
Aujourd’hui je voyage surtout pour aller à ma rencontre. Et aller à ma rencontre, c’est aller à la rencontre des Autres. Ce que j’ai appris, ce sont eux qui me l’ont donné. Ce sont ces personnes avec qui j’ai créé des relations, des personnes qui m’ont permis de grandir.
Est-ce que ce sont eux, ma maison?

Lausanne sous la pluie

Lausanne sous la pluie

– Est-ce que ça ne te manque pas, un endroit sûr où retourner, ton lit, ton armoire, je ne sais pas?
Elle n’a pas l’air convaincue par mon style de vie.
– Oui, souvent. Je suis fatiguée. Cela fait maintenant un an et demi que je ne me suis littéralement posée nulle part. J’ai vécu avec un tas de gens, j’ai bougé, plus que de raison. Je suis entrée dans leur vie, plutôt que de vivre à mon rythme. J’ai vogué avec eux de choc culturel en choc culturel. Oui, souvent j’aimerais savoir que je peux aller me cacher au fond de ma petite caverne et m’affaisser sur un vieux matelas à ressorts, retrouver mes vieux habits pour la bonne saison dans ma garde-robe, inviter des amis et faire des fêtes à la maison… Mais l’envie de repartir est toujours plus forte.

– Alors tu es de retour en Suisse? Tu vas rester parmi nous désormais?
Il a l’air d’être en sérieuse attente d’un bon gros oui.
– Oui. Je vais en profiter pour changer un peu mes méthodes professionnelles, faire avancer quelques projets qui traînaient dans un coin de ma tête. La Suisse, ce sera très bien pour ça. Et puis j’avoue, l’hiver suisse me manquait… J’ai une planche à snowboard qui rouille dans la cave de mes parents!
Ma tête dit oui. Mon coeur dit non.

Tout se remet en question. À chaque semaine, à chaque jour. Parfois même plusieurs fois par jour. Chaque petit atome qui compose mon corps me pousse à repartir constamment.

À la gare de Prilly-Malley

À la gare de Prilly-Malley

Alors, where is home?
14 septembre 2013

How do you go home when you don’t belong anywhere? Is there a place somewhere, in between? Is home where you grew up? Is it where you had the most memories, or the best, or the worst maybe? Is it where your family is?

Home for me is where my heart lies, where my friends are. It is torn in little pieces, scattered around the continents. They are all moving, following the flow of their life and so am I.

Home, for me, is an endless motion on an invisible continent.

And later on today, in suspension on a train, in between two borders, I know that I will feel weary, but also full of certainties.
Because I learnt that love is giving freedom to be, love is giving space to go, love is hoping for the best for you, no matter how far you are, my friend.

And now I’m going back home, like I always use to. See you soon…

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Par Corinne Stoppelli

Je suis Corinne, un petit oiseau libre. Sans domicile fixe depuis 2010, je sillonne la planète à la recherche d'inspiration et de points de vue différents. Sur Vie Nomade, je partage mon regard sur le monde, le temps et le changement, d'une plume sincère et d'un objectif curieux et ouvert. En savoir plus?

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(11 commentaires)

  1. Frédéric Rauss via Facebook dit :

    La relation, comme une maison.

  2. « si tu ne trouve pas la vérité là où tu es, où penses tu pouvoir la trouver ? »

  3. Jean Pny via Facebook dit :

    home is where your friends, or the people important to you, are. c’est ma réponse, avec 2 passeports, 50 pays au compteur, 1 tour du monde, 4 ans de vie hors de ma terre natale.

  4. PureNrgy dit :

    Pour moi, home c’est partout et nul part. Partout, on peut se sentir chez soi, parce qu’avant tout, home c’est « en » soi. Et aussi à l’extérieur de soi, parce qu’ici ou ailleurs, c’est toujours la Terre. Et même au delà, l’univers, c’est aussi notre « maison ». C’est mon feeling…

    Bon séjour en Suisse la voyageuse!

  5. Jennifer Doré Dallas via Facebook dit :

    Bonne question à se poser, en effet… Je pense qu’être à la maison, c’est être là où est le bonheur ou bien les gens qu’on aime, qui nous rendent aussi heureux

  6. Tiphanya dit :

    J’ai vu une très bonne vidéo sur viméo (le titre m’échappe) où cette question est posée à des TCK, des enfants qui ont bougé toute leur enfance. Beaucoup de réponses différents et vraiment intéressantes, proches de la tienne et puis jamais totalement, car bien sûr il n’y a pas une réponse valable pour tous les nomades.
    Pour nous, la réponse idéale serait la chanson « home » de Edward Sharpe and the Magnetic zero.

  7. Evelyne dit :

    Mon « Home » à moi, il est là où ma famille est, où j’ai grandi. L’endroit auquel je me sens fortement attachée émotionnellement et culturellement: le Québec, même si son hiver m’est souvent insupportable! Toutefois, cela ne m’empêche pas de vouloir découvrir le monde, de vouloir y travailler et y vivre sur de plus ou moins longues périodes de temps. Mon « Home », c’est aussi mon répis, ma référence entre deux aventures (ou deux mandats dans le futur). C’est l’endroit sur la planète que je connais le plus et auquel j’appartiens en termes d’identité, de valeurs, etc. Car même avec toute l’ouverture et la volonté dont je pourrais faire preuve, je ne pourrai jamais me fondre complètement dans le décor (une blonde frisée à la peau claire, ça ne passe jamais inaperçue, sauf peut-être en Suède… ;) et la culture d’un autre pays au point de pouvoir dire que j’y appartiens. C’est impossible.

  8. Moi aussi j’ai mes skis et mon snowboard qui rouillent dans la cave de mes parents ;-)… J’aime quand même bien l’hiver Suisse

  9. Tout comme Evelyne, qui est d’ailleurs de par chez nous, je crois que le Home est l’endroit qui reflètent nos valeurs et à lequel nous nous associons davantage. Là où on peut y trouver du réconfort, même si on a pas nécessairement envie de s’y installer. J’ai toujours un moment de nostalgie lorsque je retourne dans le village de mon enfance, sur le bord de mon fleuve. Là où mes ancêtre on vécu depuis quelques centaines d’années avant moi. Je ne veux pas retourner y vivre, mais je sais qu’un jour cette terre m’accueillera de nouveau. Ca fait morbide un peu, mais c’est là que je veux être mis après mon décès. J’ai beau habité ou voyagé dans plusieurs endroits depuis, au Québec, comme ailleurs. Mais cet endroit, est toujours celui que je retourne, ne serait-ce que pour m’y balader et reconnecter avec moi. Alors je continuerai à voguer, voir plusieurs endroits qui me feront tripper et où je me sentirai bien.Mais mon Home sera toujours celui-là, celui réconfortant et où j’y ai un fort sentiment d’appartenance.

    • Je crois qu’Evelyne partage ton sentiment en effet :) Et je vous envie quelque part, j’aimerais avoir un point d’attache. Je l’ai cherché et cherché, je m’en suis trouvée incapable avant de comprendre que je n’en avais simplement pas. Qui sait où l’on me mettra lorsque je ne serai plus d’ici… Je me le demande parfois, et j’imagine mes cendres sous un arbre anonyme, dans une forêt, quelque part.

  10. Gala dit :

    Je sais j’ai un peu de retard… mais cet article m’a touché et il fallait que je laisse un petit mot.
    Je me considère aussi un peu comme une nomade dans le sens où la plus longue période de temps que j’ai passé au même endroit a été cinq ans. Et depuis quelques années, je suis incapable de rester plus de 12 mois au même endroit. Alors certes, je ne suis pas tout le temps en mouvement comme tu l’es toi, mais je pense ressentir les même sentiments que toi.
    Je suis fille d’expat alors depuis que je suis toute petite j’ai été trimbalée aux quatre coins du globe. Alors quand on me pose la question « d’où tu viens? », je ne sais pas y répondre. Ça peut poser quelques problèmes d’identité…
    Je me sens libre et prisonnière à la fois. La routine me rend malade et des fois je me surprends à marcher dans la rue les yeux fermés quand j’ai passé trop de temps à un même endroit. Et puis c’est tellement agréable de ne pas avoir de point d’attache, de ne pas devoir rentrer à la maison… de ne pas avoir cet endroit qui, émotionnellement, dicte nos choix. ça veut juste dire qu’on peut aller quand on veut où on veut sans jamais connaître le mal du pays :)
    Moi je suis fière de ne pas pouvoir dire « my home is in … ».

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