La vie
nomade

Au-delà, où tu ne touches plus terre

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J’ai peur de l’eau profonde, mais il y a un contexte à cela.

Avant, la mer, c’était tout pour moi: les mois de vacances en Italie au bord de l’eau, les rencontres pimentées de l’adolescence au soleil couchant, la chasse aux lézards et aux papillons, aux crabes et aux étoiles de mer, les heures passées à laisser l’eau gonfler sa peau et toutes ces mamans au bord de l’eau, à s’égosiller pour qu’on sorte de là.

« C’est fini maintenant, reviens, ça fait trois heures que tu baignes, tu vas tomber malade! »
« Oui oui, maman, dans cinq minutes! »

Elles laissent tomber, bras ballants, se plaignent les unes aux autres tout en se repassant une couche d’huile solaire, sous les parasols. Elle n’ont aucune envie de se jeter à l’eau pour venir nous tirer par les oreilles… Elles se contentent donc de garder un oeil attentif et protecteur sur nous, placidement.

Mes années italiennes ont été formidables. J’ai l’impression d’avoir grandi sous le soleil, pieds nus sur le sable, dans une grand bulle d’oxygène.

Et puis, jamais rien de très grave à la mer, si ce n’est une méduse vous frôlant les jambes de temps en temps, des vives à esquiver, et quelques drames familiaux et affectifs mineurs, à l’italienne.

Mais à la piscine ou au lac, les choses se sont compliquées: enfants qui coulent, secours qui arrivent trop tard et tentent le tout pour le tout, au milieu de la foule scandalisée.
Les mamans ici, cachent les yeux de leurs progéniture, horrifiées, retiennent leurs petits hors de l’eau: et si c’était arrivé à elles?
Et moi je me demande comment c’est possible, d’oublier un enfant alors que l’on a, à sa disposition, à peine un mètre carré dans une piscine thermale sur-bondée. Mais je ne peux pas juger, non.

J’observe un enfant inanimé, sur les brancards, stoïque. Respiration artificielle, massages cardiaques sur le alentours glissants du bassin. Je ne sais pas encore nager, mais je suis accrochée au bord avec mes brassards, secouée par les courants artificiels. Rien n’y fait: les ambulanciers emmènent la civière à la course et disparaissent dans le décor.
Le lendemain, dans les journaux, on signalera le décès de l’enfant.
Je revis la même scène quelques années plus tard, au lac.

Et puis après plus d’une décennie, me voilà face à l’immensité de cet océan d’azur, plein de promesses que je ne peux saisir: j’ai trop peur. Pourtant je sais que c’est l’opportunité de ma vie car, qui sait quand je pourrai revenir ici? Peut-être jamais.

Fisherman in Sandugan

Par Corinne Stoppelli

Je suis Corinne, un petit oiseau libre. Sans domicile fixe depuis 2010, je sillonne la planète à la recherche d'inspiration et de points de vue différents. Sur Vie Nomade, je partage mon regard sur le monde, le temps et le changement, d'une plume sincère et d'un objectif curieux et ouvert. En savoir plus?

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(4 commentaires)

  1. Mince alors. Tu n’es donc ni « Abyss » ni « Dents de la mer »… :lol:
    http://petitesbullesdailleurs.fr/2008/12/09/dents-de-la-mer-ou-abyss/

    • Hahahaha :p J’y connais tellement rien en plus que quand je vais snorkeler (parce que, la suite de ce billet, c’est que j’ai été un peu au-delà :p) je rencontre tout un tas de bestioles dangereuses et je vais tout près les observer parce que j’en sais rien moi, qu’elles sont dangereuses :D

      <<< ne regarde pas assez la TV :p

  2. J’ai adoré ! Je ne vois pas quoi dire d’autre, en fait. Tu m’as transportée, j’étais avec toi sur la plage, puis au bord de cette piscine et de ce lac…

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