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La vie
nomade

Corinne

L’oiseau sans pattes

J’ai entendu dire qu’il existe un oiseau sans pattes qui ne peut que voler et voler, et dormir dans le vent quand il est fatigué. Ce genre d’oiseau n’atterrit qu’une seule fois dans sa vie… c’est quand il meurt.
– Wong Kar Wai, Days of Being Wild

Adolescente, j’adorais les vacances. J’attendais impatiemment leur arrivée pour partir à l’aventure, peu importe où, tant que cela pouvait impliquer un voyage.
Et puis un jour le monde du travail m’a rattrapé, comme il l’a fait pour les anciens camarades de classe, pour les amis inquiets, effrayés, et pour tous ceux qui y étaient déjà.

C’est à ce moment là que nos vies semblent forcées de basculer, et alors que l’on devient adulte, on nous affuble d’un sens extravagant de la responsabilité.
On est soudainement passé de l’insouciance de notre premier baiser sur les bords de l’Adriatique – avec l’odeur du sel sur la peau, avec du sable plein les joues – à la recherche d’emploi, aux dossiers à envoyer, au loyer à payer, aux caisses sociales à cotiser.
Normal, certes. Juste un peu trop brusque.

Je me souviens de mon premier CV comme si c’était hier. Je n’avais reçu aucune réponse. J’en avais été profondément dépitée. J’avais haï ces inconnus tout-puissants qui n’avaient même pas pris le temps de me rejeter.
Aujourd’hui j’aimerais les remercier. Car cette dureté, cette froideur et un profond sentiment d’injustice (il ne m’en fallait pas beaucoup, n’en déplaise à mon ego d’alors) m’a révolté. Au nom de quoi devrais-je aller suer huit heures par jour pour un inconnu? Pour la sécurité?

La sécurité c’est quoi? Dans notre société occidentale et romantique, la sécurité dépeinte à la façon d’une idylle comporterait les éléments suivants: une jolie maison à deux étages, régnant sur une pelouse bien entretenue et protégée par des haies taillées, une voiture van pour la famille nombreuse annoncée (2, 3?), une adresse à rallonge, qui fait un peu rêver, avec un titre sur le courrier reçu (Docteur? Maître?).
Mais où sont-ils? Ah, ça y est, j’aperçois les acteurs de ce tableau: sur leur gazon, au soleil, adossés à une chaise longue. Respectivement en bikini et caleçon de bain, ils feuillettent les nouvelles désastreuses du jour, lisent un roman à l’eau de rose, pendant que les gamins, innocents, inconscients, barbotent dans une petite piscine, gonflable et colorée.
Mais ce n’est qu’une vile caricature à laquelle, en ma qualité de pas peintre du tout, je ne saurais rendre justice: je ne peux certainement pas comprendre, et encore moins juger… L’important reste mon identité, mon regard. C’est de ça qu’il faut débattre.

Alors la sécurité pour moi, est-ce que c’était ça? Oh non. C’était plutôt de ne jamais m’ennuyer, de ne jamais manquer de choses à faire, à lire, à regarder, à apprendre. De ne jamais manquer d’une bonne compagnie, aussi. Ces choses ne coûtent rien.

Du haut de mes vingts ans, j’ai alors décidé de travailler à mon compte. J’attaquais le monde des responsabilités avec un certain handicap: la marginalité.
Je n’ai pourtant jamais manqué de rien. J’ai placé une priorité absolue sur le plaisir de vivre, la bonne chère, les attentions et l’amitié. Aussi, mes possessions dispendieuses se limitaient-elles à mes outils de travail: ordinateur, appareil photo, téléphone mobile… ainsi qu’une machine à café.

Lors des mois difficiles (ceux où mon loyer avait un mois de retard et où ma meilleure amie et ma mère m’apportaient des Tupperware remplis d’alléchantes délices), j’entendais souvent la même phrase « Pourquoi ne te trouves-tu pas un vrai travail? ».

Dire oui à un vrai travail, cela aurait revenu à dire non à mes convictions les plus profondes. D’autant plus que mon travail était très vrai, n’en déplaise aux standards de l’autre: j’avais mes propres clients, souvent des gens sympathiques, fascinants et entreprenants qui pour la plupart, oeuvraient eux aussi dans une direction, différente certes, mais intéressante.
Je n’ai jamais changé.

Un jour, à Taipei, un rayon de soleil frappant mon visage au détour d’une ruelle toujours agitée m’a, pour la énième fois, rappelé que nous ne sommes pas éternels, que nous respirons, marchons: que nous avons de la chance.
J’aime à ressentir cela. La simplicité de la chaleur ambiante, la vue de tous ces inconnus vaquant à leurs affaires, et ce soudain rappel de vaccin: nous ne sommes pas éternels et ce simple instant présent, ces quelques secondes, sont pleines de substance et d’émotion. Elles sont précieuses, uniques, elles sont nôtres.

Passer ma vie au service de l’argent et de valeurs qui ne me correspondaient pas du tout me paraissait impossible et cela n’a pas changé.

J’ai vendu ma machine à café en mai 2010 et j’ai supprimé de ma routine la dernière trace de cette sécurité, tant vantée et adulée ailleurs: j’ai quitté mon petit appartement, mes habitudes, mon pays et c’est ainsi que ma vie nomade a commencé.

Oiseaux à Paris, Notre-Dame

Par Corinne Stoppelli

Je suis Corinne, un petit oiseau libre. Sans domicile fixe depuis 2010, je sillonne la planète à la recherche d'inspiration et de points de vue différents. Sur Vie Nomade, je partage mon regard sur le monde, le temps et le changement, d'une plume sincère et d'un objectif curieux et ouvert. En savoir plus?

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(40 commentaires)

  1. « Alors la sécurité pour moi, est-ce que c’était ça? Oh non. C’était plutôt de ne jamais m’ennuyer, de ne jamais manquer de choses à faire, à lire, à regarder, à apprendre. De ne jamais manquer d’une bonne compagnie, aussi. Ces choses ne coûtent rien. »

    Je rejoins ta définition. Nous ne sommes que des brises dans une tempête.

  2. Paula Varela Garcia-lluis

    <3 <3 <3

  3. Florent Dubray via Facebook

    C’est bien écrit, ça me parle ! Sinon il y a aussi Papa pingouin de Pigloo :-D

  4. Un très beau texte qui vient des tripes, Corinne!
    Je ne suis pas une nomade (pas encore)
    mais je bouge beaucoup et pas plus tard que cet après-midi, j’ai eu une charmante conversation familiale où l’on se demandait « Quand j’allais penser à mon avenir » (ce qui revient à dire en Belgique « Devenir propriètaire ») parce que « Avec tous ces voyages, tu ne fera jamais d’économies! ». J’essaie de faire comprendre que nous n’avons pas la même vision de ce qui rend une personne heureuse. ;)

  5. Salut Corinne,

    Je me reconnais dans certains de tes mots, surtout lorsque tu parles de cette route toute tracée qu’est la soi-disante route du bonheur que je n’ai jamais accepté : la maison, la caravane, la belle voiture et le travail qui montre que tu es socialement accepté !
    Après je ne dis pas avoir une vie extrêmement différente, mais j’essaye au max de m’éloigner de ces clichés. Je pense que c’est l’inverse, les gens semblent déprimer avec une telle vie.
    Encore un récit qui nous touche beaucoup, comme je peux le voir dans les commentaires précédents.
    Bref, j’adore.

    • Merci Haydée, de recevoir des commentaires touchants en retour m’est aussi très encourageant :)
      (la caravane, haha! je me dis que si un jour je devais m’arrêter quelque part… ce serait dans une caravane).
      C’est dur d’avoir des choses à se raconter lorsque l’on est coincé dans une routine ennuyeuse, pas étonnant que les gens soient si nombreux à avoir l’air tout gris.

  6. Très beau texte Corinne…
    J’aime beaucoup la citation.

    Bravo pour ton honnêteté et ta fidélité à tes valeurs. Il m’a fallu presque 10 ans de plus que toi pour être aussi sereine dans ma vie et dans mes choix, donc chapô pour ta clairvoyance :)

    • Merci Aurélie. À l’époque je n’arrivais l’expliquer à personne je crois, pas même à moi-même, mais j’avais comme une révolte qui me rongeait dedans. Il m’a fallu du temps pour me l’expliquer, il y a eu beaucoup de doutes, de peurs, de solitude. C’était avant que je réalise qu’il y avait d’autres personne comme moi, je crois!

  7. Des mots qui me touchent et un texte toujours très personnel et sincère. J’aime beaucoup l’image de cet oiseau sans pattes et j’espère aussi parvenir un jour à prendre mon envol ! Pour le moment je serais plutôt un oisillon un peu paumé qui manque d’assurance…Bref, merci Corinne :)

  8. _numericnomade

    Le texte est bien écrit et j’y adhère sur certains aspects.

    Maintenant, j’ai envie de lancer un débat. Corrige moi si je me trompe mais en te lisant, je trouve tes convictions très auto-centrés.

    Je ne te juge absolumment pas, et étant moi-même sur la route depuis deux ans et demi, je suis en pleine réflexion sur le sujet. Je me demande si notre mode de vie nomade ne consiste finalement pas à penser uniquement à soi. À en pendre le maximum et n’en donner que très peu en retour.

    Je fais parti de ceux qui pense qu’on a toujours le choix, mais plus j’y réfléchi plus je me dis que ce genre de choix de vie demeure un privilège.

    Dans le fond (et je me pose également la question pour moi-même), cette manière de penser, n’est ce pas un peu (beaucoup) égoïste?

    • On vit dans un monde d’égoïstes et chacun prend sa part comme il veut. Survoler le monde, bien que ce soit un privilège, il faut s’en donner les moyens.
      D’autre part, apprendre la culture des autres est selon moi la chose la moins égoïste qui soit. Cela implique que la personne s’oubli justement pour mieux écouter l’autre.
      Lorsque l’on va d’un endroit à l’autre, nous sommes toujours le novice de service, nous sommes celui qui ne connaît rien, il faut savoir être humble tout le temps.

      Je sais que Corinne veut de nouveau s’envoler « égoïstement » et cette fois à Taïwan pour un an. Pour cela elle doit apprendre le Chinois, est-ce un signe d’égoïsme que d’essayer de comprendre d’autres cultures ? Bien sûr qu’elle le fait pour elle, mais c’est le propre de l’homme.

      Je pense que Corinne a déchanté plus jeune (c’est que je lis dans son texte) et qu’elle a compris qu’elle devait être plus forte, et donc devenir égoïste comme le monde qui nous entoure !

      • Je peux dire que mon envie d’apprendre une langue étrangère, et même mon intérêt pour une ou plusieurs culture différents subviendraient à mes envies égoïstes, ma soif de curiosité, mon désir d’être toujours en mouvement, de ne pas m’ennuyer.
        Mais je crois aussi que lorsque l’on répond à ces désirs ‘égoïstes’, en suivant notre passion, par la force des choses nous rencontrerons d’autres personnes qui suivent leur passion, et qui partagent la notre. Vouloir se retrouver ainsi entouré de gens qui partagent notre point de vue pourrait encore une fois être considéré comme ‘égoïste’, mais au final, le résultat est que l’on sera soutenu et motivé par des pairs, qui nous prouveront encore que nous sommes sur la bonne voie. C’est une voie accélérée vers la plénitude, et encore une fois, l’un des mille chemins qui nous mènera à une meilleure compréhension de nous et des autres.
        Toute petite, j’ai trouvé le monde froid et égoïste. Je me souviens que je partageais mon goûter avec la fillette qui n’en avait jamais tous les jours à l’école primaire. Et en parallèle, je me battais avec une autre fillette jalouse de l’amitié que sa soeur jumelle me portait. Souvent j’étais réprimandée par les enseignants pour mon hyperactivité difficilement contenue ;) Je me retrouvais à la porte ou punie alors que je voyais pas le mal que je faisais. Tout me paraissait injuste.
        C’est qu’on ne choisit pas de qui l’on s’entoure, à l’école ou en famille ou au travail. On est envahis par les pensées/opinions souvent très négatifs des autres. Je crois que c’est de ça que j’ai toujours voulu me détacher, de cette masse pensant ‘collectivité’ et pas ‘individu’. Je ne veux pas dire que la collectivité est mauvaise, mais que je préfère passer mon temps avec les gens que j’ai choisi. L’art se savoir s’entourer, ça s’apprend, ça peut prendre très longtemps (et on fait beaucoup d’erreurs, toujours) mais encore une fois, on en puisera beaucoup de force. Cette force même qui alimente nos choix!

    • Le texte est volontairement auto-centré, puisqu’il s’agit de mon choix de vie.

      Je crois que notre vie (nomade ou pas) consiste toujours à ne penser qu’à soi. Ou alors, si on le regarde d’un autre angle plus positif, à ne pas s’oublier, voire à se reconnecter à ce que l’on est vraiment, à se donner la chance de devenir ce que l’on veut être.

      Quant à ne donner que très peu en retour, cela dépend d’à qui on parle. Pour ma part, je donne tout ce que je peux à ceux qui m’entourent, ainsi qu’à ceux qui croisent ma route et qui sont dans le besoin (quand je le peux). Si on parle de donner en retour à une ‘communauté’ ou à ‘l’humanité’, pour moi c’est sans appel, c’est non, je n’ai pas foi en une ‘humanité globale’ bien trop disparate, j’ai par contre une foi immense en la force d’un individu, et je serai prête à aider qui cherche à s’aider avec le plus grand plaisir.
      J’admire et respectent ceux qui oeuvrent pour les collectivités, mais mon style c’est plutôt du ‘one on one’.

      En tout cas, quelles que soient les motivations qui nous (toi, moi, les autres!) poussent à partir, à faire des choix de vie peut-être originaux, elles seront toujours égoïstes, mais l’égoïsme est à mes yeux un mal nécessaire. Parce que si nous ne sommes pas satisfaits, accomplis et riches d’expérience, comme pourrions-nous aider avec succès notre prochain? Il faut se faire grandir, il faut devenir cette personne belle et lumineuse qui aura encore plus d’impact. Plus on gagne en expérience et en connaissance de soi et de l’autre plus on gagne en empathie. Et c’est cette empathie qui nous permet de vraiment écouter l’autre, de comprendre ce dont il a besoin, de nous détacher de notre vision de ‘ce qui est bien’ qui ne l’est pas forcément pour l’autre.

      Cela soulève une autre question: mais qui serions-nous, avant tout, pour prétendre vouloir aider? Cette pensée-là n’est-elle pas aussi très égoïste? Quel plaisir tirons-nous du fait d’aider? N’est-ce pas pour l’auto-satisfaction, la plupart du temps, de chercher à tout prix un sens, une façon de faire changer les choses? En quoi notre être, notre avis, notre expérience peuvent-il être plus utiles que ceux de quelqu’un d’autre?

      Oui nous avons le choix, et surtout, nous avons la force que prendre la décision. Je crois que cette force nous met en tête de bataillon des privilégiés qui ont le choix. Nous sommes les privilégiés des privilégiés :)

      • François

        Il n’y a pas si longtemps, j’ai entendu une « autre » définition de l’égoïsme qui risque :-) de mettre tout le monde d’accord… Être égoïste, ce n’est PAS penser à soi. C’est vouloir que les autres pensent à nous! Car, comme Corinne s’est « essoufflée » à l’écrire, quand on est égoïste (au sens où tout le monde l’entend), c’est-à-dire quand on pense à soi, on se sent bien. Et, pour citer une autre référence*, quand on se sent bien, ça se voit et même ça nous « contamine ».

        * « l’enthousiasme est contagieux » du film Le huitième jour.

  9. Su-Su

    Très beau texte, même si j’ai adhéré à la caricature que tu décris!

  10. Soniacerise

    Bonjour Corinne,

    Merci de partager vos pensées, ce texte est vraiment intéressant !

    J’aimerais citer un bel aphorisme de Franz Kafka en regard avec la conversation sur « l’egoisme de ce choix de vie » :

    « Celui qui aime son prochain en ce monde ne fait ni plus, ni moins de tort que celui qui s’aime lui meme dans ce monde. Resterait a savoir si le premier cas est possible » ;))))

    Bonne route!

    • Sonia, un grand merci! Avec Nietzsche c’est encore mieux! Je n’ai rien lu encore, mais mon amie m’en parle sans arrêt alors je vais m’y mettre, il semble que je sois assez d’accord avec lui en règle générale :D

  11. Magnifique, ca prend aux tripes ! Je me reconnais bien dans cette description, cette vision du monde, ce parcours. C’est beau et bien écrit !

  12. Said

    Salut!
    Je dévore ton blog, car je m’y reconnais. Je n’ai malheureusement pas tes talents à l’écrit pour romancer mon parcours.
    Actuellement, je suis rnetré en France et suis rentré dans une routine où la pression sociale devient insupportable : maries, toi, fais des gosses sois sérieux, achètes une maison, une voiture et un labrador, penses à ta retraite… J’ai doc décidé de démissionner en core une fois pour me consacrer à la musique histoire de voir si j’arrive à en vivre et continuer à voyager.
    J’avoue ne pas savoir comment pouvoir vivre en nomade si la musique ne marche pas. Cette pression médiatique et sociale de la société occidentale provoque une anxiété qui me cloue au sol. Qu’en penses-tu? Coment toi le vis-tu?
    Said
    31 ans.

    • Salut Said et merci pour tes réactions! Je t’encourage à fond sur ton choix de vivre de ta passion. « Ne pas marcher » est un concept vague et indéchiffrable: pour moi tant qu’on survit, c’est que ça marche ;) On ne sait pas trop quels seront les résultats, mais si on n’essaie pas…
      À notre âge il y a mille choses que l’on puisse faire « en plus » de cette passion, moi je profite tant que j’en ai l’énergie.
      Je déteste comme toi cette pression sociale et j’essaie de m’en détacher le plus possible, mais finalement où que l’on soit la problématique est la même, alors le secret réside dans le choix de son entourage.

      • Said

        Même en choisissant son entourage correctement (j’ai très peu d’amis en France), ne te poses-tu pas des questions concernant l’avenir et lorsque tu auras moins d’énergie (dans 20/30 ans) ? Ou alors vis-tu au jour le jour en profitant pleinement du moment présent ?
        L’autre jour j’ai entendu mon frère au téléphone dire que je n’étais pas normal…. Que penses-tu du concept de normalité face au choix de vie que tu as fais ?
        Je te pose ces questions, car en lisant tes posts, tu as l’air de faire face aux mêmes étapes/quesitonnements:expériences psychologiques que celles que j’ai traversé (je fais référence à « Démystification de la vie nomade »). Cet article est celui dans lequel je me suis le plus reconnu. Tu as donné des mots à des pensées que je ne suis pas capable d’exprimer, et en plsu tu l’as bien résumé, car, je pense, il serait possible d’écrire un livre sur le sujet.
        Encore une fois bravo pour ton blog!
        Saïd

        • Merci Said :)
          Bien sûr, je me pose mille questions. Une amie m’a dit un jour « le problème ce n’est pas de ne pas avoir d’argent, c’est de ne plus avoir d’idées » et j’y adhère pour l’instant… mais oui, la peur de « finir sous un pont » un jour sans moyens est là. Cela dit, c’est quand même déjà un sacré pari, de se dire qu’on survivra jusque là, non? Peut-être je suis un peu plus fataliste (ou bien réaliste?) que la moyenne, haha.
          En parlant de moyenne… ou de normalité, tiens! Si je me compare à la moyenne je suis anormale, mais si j’arrête de me comparer tout va bien. C’est difficile quand ce sont nos plus proches qui nous collent l’étiquette d’anormal. Mais à mes yeux on a tous le droit de choisir son chemin, il n’y en a pas un qui est mieux, chacun son choix, chacun sa route. Et quand je parle de choisir mon entourage, c’est d’un entourage qui comprend ce principe là dont je parle.
          On ne peut pas choisir sa famille cependant. Il faut penser qu’ils veulent te protéger mais qu’ils ne se rendent pas compte qu’en restant coincé dans ta vie actuelle ce sera peut-être pire pour toi. Petit à petit, ils verront et ils comprendront (chez moi c’est pas encore gagné, mais ça vient ;).

          • Et combien nous connaissons tous cela !
            Said si ton frère te dit que tu n’es pas normal, alors prend ça comme un compliment. Si tu lis entre les lignes, c’est comme s’il te traîtait d’original.
            Il ne faut pas se laisser faire par les termes « négatifs » utilisé par l’entourage.
            Les gens sont formatés et ils ne savent plus ce qu’ils disent.
            Le problème d’être l’artiste de la famille, c’est qu’on aime lui dire qu’il n’arrivera à rien, mais c’est aussi souvent celui qu’on envie.

  13. rouxel

    Bonjour corinne, jai vraiment apprecié lire ton parcours en thailande
    Actuellement a chiang mai, ca ma agréablement tenu compagnie apres que mon voisin de chambre ce soit levé pour uriner derriere mon matelas posé par terre.
    Je rejoins lun des commentaires precedents quelque peu critique. Je suis aussi allergique au pack maison/voiture familiale/labrador, mais ne quittons nous pas un modele caricatural pour un autre?
    Des filles aventurières et baroudeuses, jen ai rencontré un certain nombre et toutes mont ennuyé a se prétendre exceptionnelles et hors norme..
    Les voyages coutent cher, tres cher même.. et sont tres polluants, et je me pose parfois la question de la sincérité « ethique » dune baroudeuse, dun baroudeur, qui a pu se payer un billet a 1500 euros pour faire 15000kms en avion et qui peut vivre encore 2, 3 mois sans problemes dargent.
    Dou ma question: les voyageurs ne sont-ils pas souvent tout aussi fades que les modèles auxquels ils se vantent (meme sils sen defendent) d’adhérer?
    (On est pas tous des vrais de vrai comme Mike Horn…)

    • Salut Rouxel,
      Si l’on pense rejoindre un quelconque « modèle meilleur », il y a une erreur quelque part. Des caricatures, des clichés et des exagérations, on peut en dresser de tout. L’idée c’est de trouver ce qui nous convient personnellement.
      Les voyages n’ont ni forcément besoin d’être chers, ni polluants. De gens qui voyagent à pieds, à vélo, y’en a à la pelle et ils polluent moins que le schéma maison/voiture. Encore une fois une question de choix.
      Être un voyageur cela peut autant être un aventurier qu’être un fuyard, on peut difficilement poser une étiquette sur le modèle, et surtout, je n’en vois pas l’intérêt.
      Quelle est la sincérité éthique de quelqu’un qui consomme de la viande (ou n’en consomme pas), de quelqu’un qui va voir une prostituée (ou n’en va pas voir), d’une mère qui gifle son enfant (ou qui se comporte de manière laxiste), de quelqu’un qui se taille du bois dans la forêt amazonienne (mais parce qu’il n’a pas d’autre opportunité de travail)… Si l’on se questionnait sur la sincérité éthique de tout ce que l’on ne connaît pas, on aurait une vie bien misérable… et l’on ne trouverait malheureusement rien de très éthique au fond, juste des comportements instinctifs ou imposés par notre environnement social. L’être humain n’est pas très original.
      Pour ce qui est des finances, se payer un billet à 700/800€ et vivre un an dans un pays où l’on dépense aisément (et avec plaisir) 5x-10x-15x plus que l’habitant moyen, tu y vois quoi comme problème éthique?
      Tu as peut-être dû rencontrer beaucoup de backpackers-tourdumondistes-aigris-et-radins et cela ne m’étonnerait pas qu’ils t’aient ennuyé. Réponse à ta question: oui, ils peuvent être tout aussi fades, arrogants, prétentieux et inutiles que les autres.
      PS. Pas de chance pour le matelas, à Chiang Mai j’ai loué à mon voisin (thaï) la petite maison à deux étages (meublée) qui attenait à la sienne pendant 6 mois, et comme j’avais toujours des amis en visite je n’ai pas eu trop de mal à rentabiliser les deux salles de bain. Ils auraient même pu pisser derrière mon arbre, au pire. Ouf, je me sors de ton vilain cliché de « baroudeuse », haha.
      Après, la vie est faite de hauts comme de bas et l’on n’a pas toujours cette chance. En deux ans en Asie, je suis passée par tous les états, les mêmes qu’en Europe d’ailleurs, quand je manquais de travail. Quand tu n’as pas un rond pour habiller tes enfants, tu ne regardes pas si c’est Made in Thailand ou Made in France, n’est-ce pas?

  14. BL

    Bonjour Corinne et tout le monde,
    moi je me demande si nous ne sommes pas en fuite de quelque chose.
    Je me demande si mon besoin de tjrs partir, de ne jamais rester au même endroit cache une peur des responsabilités.
    Pourtant je travaille mais comme remplaçante. Je reviens régulièrement voir ma famille et ms amis qui sont dispersés dans le monde. Je n’ai pas vraiment un endroit de référence où je me vois vivre, tout au plus un pied à terre. Je voyage le plus souvent avec mon amoureux, je ne suis pas seule. Parfois j’envie la stabilité, la sécurité et je me sens lutter pour ne pas capituler et rester. J’entends ce qu’on me dit souvent, tu as de la chance, « c’est le moment, j’aurais dû le faire, c’est mon seul regret », c’est même assez systématique Les gens avec qui j’ai parlé de voyage et qui ne le font jamais… Et en même temps leur besoin d’être rassuré, « mais c’est provisoire tu vas finir par t’installer ». On ne sait pas e qui sera demain pê aurons-nous un putain d’AVC, de drame. Fianlement est-ce que nous avons davantage conscience du caractère éphémère et surtout imprévisible et fragile de la vie.
    Est-ce que nous sommes des fuyards, des peureux, des anxieux, des lâches ?
    Est-ce que c’est ce qu’on nous fait croire ? Est- ce les deux ?
    Je dis « nous » de manière faussement naïve car je sais que l’ on ne peut jamais généraliser, mais cela permet de me sentir moins seule, faire parti d’un groupe me rassure je pense. Le groupe empêche aussi parfois l’épanouissement personnel, j’ai arrêté de les attendre pour agir.
    Je ne sais plus.
    Est-ce qe je me fais simplement rattraper par la peur? Est-ce que vous ressentez aussi ce sentiment déstabilisant à chaque transition ( je suis dedans ), le retour et les repères qui changent. Je crois que je ne suis pas une personne catégorique, je ne suis pas anonyme, je suis intégrée à la société.
    Merci pour vos avis,

    question existentielle d’une nomade en transition,

    • Hello BL et merci pour ton témoignage. Des fois je me dis que je panique, comme les autres qui ont peur de s’envoler… sauf que moi c’est l’idée de m’enraciner. Je pédale quand je me retrouve dans la routine.
      Tout le monde aussi me dit « oui mais un jour, tu vas finir par t’arrêter ».
      Je pense qu’il n’y a pas de réponse à la question. Nous sommes probablement en fuite, mais aussi en quête de croissance, comme les autres, nous prenons simplement des chemins un peu différents, qui nous correspondent mieux. Des gens qui restent, il en faut! Des gens qui partent, c’est encore un peu nouveau, mais à mon sens le monde va dans cette direction, de plus en plus on a besoin de gens flexibles, aventuriers, multi-culturels, multi-compétents.
      Pour moi on représente cette transition, on est peut-être des pionniers. Est-ce prétentieux? Nous sommes peut-être simplement des marginaux. Ou alors c’est ce dont nous avons l’air. On en revient à la question… C’est un cercle vicieux, ces questions ;)
      Peut-être la réponse est dans l’acceptation qu’il serait vain d’y répondre.

  15. nom d’un petit bonhomme !!

    J’avais déjà lu cet article mais je l’avais oublié, il est magnifique !
    Bravo!

    De quoi se motiver à écrire les soirs de procrastination

  16. Florian

    Pfiouuu… Ta philosophie de vie est juste… parfaite ! <3
    Enfin, tu as trouvée celle qui te convient, et j'ai pour le moment, et pour longtemps j'espère, la même.
    Si l'on suit le test psychologique je suis à ton opposée (ISFJ), mais ça n'empêche apparemment pas d'avoir le même objectif dans la vie : apprendre. Que ce soit sur soit même ou sur les autres.
    Je suis persuadé que c'est la clé du bonheur, même si le bonheur est aussi un sujet vaste qui se discute durant de longues heures ! ahah

    En espérant rencontrer des personnes comme toi lors de mes futurs voyages.
    Je pars bientôt pour 2 mois faire le Viêt Nam et la Thaïlande, et je vais d'ailleurs me servir de ton article sur le road-trip en scooter que tu as fait :)
    Amicalement.

    • Hello Florian, merci :) Tu rencontreras tout plein de gens incroyables j’en suis sûre! Pour moi ça a été le plus beau côté positif (pas vraiment attendu, j’étais partie en mode « rien à perdre ») de tout ce que j’ai pu entreprende ces dernières années. J’espère que tu me feras un petit résumé de ton expérience road trip au retour! :)

      • Florian

        J’imagine :)
        Tu utilises quoi comme matériel pour tes photos ? Je suppose que ça doit pas être évident de se déplacer avec un reflex et des objectifs en plus de toutes tes affaires mais sait-on jamais !
        Ouiiii je pense écrire un peu, et garder une sélection de quelques photos ! ce sera avec plaisir en tout cas ;)

  17. Jamila Ouriour

    Je ne sais pas si j’ai manqué quelque chose ou si j’avais été mis-informéé mais d’apres ce que je savais, la citation au debu du récit en haut de cette page est prise d’un poeme de Tennessee Williams, la méme citation que Félice Du Bois a utilisé comme titre et au debit de son introdution a la bibliographie de Tennessee Williams: L’Oiseau Sans Patte. Portrait

    • Bonjour Jamila, il est possible que le réalisateur du film ait emprunté la citation à Tennessee Williams? J’ai personnellement été incapable de retrouver la référence et ne saurais vous dire.

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