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Corinne

Paral·lèles

Août 2014, Badalona. Un nom qui sonne rond et dansant, qui s’éclate au fond de la ligne 3 du métro de Barcelone. Mais personne ne semble se rendre à Badalona, personne sauf moi et quelques rares expats en quête d’une plage un peu plus blanche.

Je remplis la mission qui m’a été confiée, descendre dans ma petite rue dans le Raval jusqu’à cet arrêt mystique qui s’écrit avec un point au milieu:

Paral·lel

Ici, il me faut sauter dans la rame direction cette fameuse Badalona, en passant par un curieux arrêt qui se nomme Besos (comme les baisers?) et enfin, attendre patiemment à la sortie qui porte l’appellation brutale de Gorg.

Là, un jeune homme me proposera de monter dans sa voiture après en être poliment descendu pour m’embrasser. C’est la première fois que mes lèvres effleurent les siennes, un drôle de moment sous le soleil cuisant accompagné des cris d’encouragement de deux femmes qui passaient par là « Ooolééé! ».

Barcelone, la célèbre porte du Born

La célèbre porte du Born à Barcelone

Xavi est un grand brun, avec un sourire qui l’illumine, quoiqu’il en dise. C’est un garçon calme et posé avec une perspective de la vie qui m’impressionne. Loin de mon réalisme un peu cynique et résigné, il prend le bon côté de toute chose et laisse joyeusement tomber l’inutilité. C’est un passionné qui s’exprime avec tout son coeur et tout son corps, sans jamais quitter la terre.

Loin des clameurs, de la foule et de la chaleur oppressante du Raval, posée sur un banc au beau milieu d’un parc vert d’où j’entends les criquets chanter (une mélodie qui me manquait, justement), je le regarde gesticuler, s’exalter. J’écoute sa curieuse fermeté enveloppée de douceur et je me sens petit à petit fléchir.

La lourdeur dans mes épaules, le stress quotidien, ajouté à celui de me trouver en présence d’un homme qui m’impressionne, me quitte lentement. Si j’avais des connaissances en anatomie, je pourrais désigner un à un les nerfs et les muscles qui se détendent progressivement.

Après avoir effectué un tour d’horizon du monde (sans vouloir le refaire) et avoir attiré tous les moustiques jaloux du coin, Xavi m’emmène à la plage. La mer, c’est son élément. Il serait le mien aussi, j’avoue, s’il n’y avait pas de soleil cuisant, de sable et de gamins qui y courent dans tous les sens. Lui c’est la plage, moi c’est plutôt le vent qui bat dans les voiles, au large.

Peu importe. Je remonte dans la voiture de Xavi et il m’emmène sur les hauts de Badalona, dans sa jolie maison, avec vue. Je reste plantée là, à admirer le paysage, « Ouah ». Je l’entends sourire, je sens ses bras m’entourer doucement, sa poitrine se coller contre mon dos, son souffle se poser sur mon cou et son odeur pétillante m’envelopper rapidement, presque m’étourdir. Comme un parfum capiteux, mais en bien.

Xavi sent terriblement bon, trop bon pour ma santé mentale.
Il respire la douceur, la passion, l’obsession. Il respire l’irresistible, l’abandon, le plaisir.
Quand Xavi m’effleure, je me transforme en la Fontaine Magique du Montjuïc, avec les lumières, la musique, et tout.

La fontaine magique du Montjuïc

La fontaine magique du Montjuïc!

J’entrouvre péniblement les yeux au petit matin. Il tente le presqu’impossible pour m’aider à sortir de cet espèce de long coma matinal qui ne me quitte plus depuis mon arrivée à Barcelone. Je me sens comme un chat paresseux qui ne demanderait qu’à se lover dans les draps défaits jusqu’à pour toujours.
Je glisse doucement sur le côté opposé du lit dans une vaine tentative d’échapper à l’étreinte de Xavi qui, comme trois cafés d’un coup, me sortirait de ce maudit film trop bien joué.

Mais pas le choix. Il doit partir, je dois partir. Je me fais violence et je m’habille.
– Alors, sur quoi tu vas écrire aujourd’hui?
– Sur la Fontaine Magique du Montjuïc.

Il me raccompagne à la station de métro qui porte toujours son vilain nom. Il fait froid là-dedans le matin, il n’y a pas assez d’êtres humains pour réchauffer les couloirs illuminés aux néons.

Je retourne donc à Barcelone parce qu’il le faut. Je débouche sur la Plaça del Angel pour retrouver la cohue habituelle de la vieille ville. Je me laisse griser par les rayons de soleil qui pénètrent, malgré eux, dans le labyrinthe du Barri Gòtic. C’est chez moi ici. Je le ressens pour la première fois.

Rentrer chez moi. Cela faisait des années que ça ne m’était pas arrivé. Et pourtant je suis chez moi partout. Je suis chez moi partout où je te trouve, mon amour.

À regarder, sur Barcelone

Par Corinne Stoppelli

Je suis Corinne, un petit oiseau libre. Sans domicile fixe depuis 2010, je sillonne la planète à la recherche d'inspiration et de points de vue différents. Sur Vie Nomade, je partage mon regard sur le monde, le temps et le changement, d'une plume sincère et d'un objectif curieux et ouvert. En savoir plus?

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(10 commentaires)

  1. Oh, ça m’avait manqué ta plume romantique. J’adore toujours autant ça, j’ai l’impression de revenir aux sources, à ma découverte des blogs voyages. C’est le tien qui m’a fait aimer le concept, et je redécouvre pourquoi.
    Merci d’avoir partagé cette si belle échappée, j’en avais le coeur serré avec toi, au moment de quitter ce cocon de rêves.

  2. Michel Chaput

    Bonjour Corinne c’est toujours un immense plaisir de te lire dans un inlassable déplacement d’un bout à l’autre de la planète ne lâche surtout pas car avec toi ont peut rêver aussi qu’un beau jour, peut-être cela nous arrivera à nous aussi de vagabonder autour du globe ,merci de tout coeur de nous le faire partager, gros bisous à toi,et encore Merci XXX de Michel Chaput.

  3. Oh, c’est comme « déroutant » de lire les « dessous » de ton séjour barcelonais … Fiction ou page intime ? ta plume ferait planer comme un doute … ce mystère n’est pas désagréable, ton écriture est savoureuse !

  4. CYN

    Ce texte est tellement beau. Comme tous les autres. Et quel courage de coucher ces émotions si personnelles sur la toile. Je me retrouve dans tes lignes, dans ces « amours nomades » comme tu dis si bien. Ce sont bien sur d’autres Xavis et d’autres couchers de soleil, mais les sentiments, les chamboulements intérieurs eux se ressemblent.Peut être le ferais je un jour aussi, en attendant, tous ces amours éphémères restent enfermer bien au chaud dans un cahier.

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