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Corinne

Sighisoara: sublime sur la colline

Quelque chose m’a libéré à Sighisoara, et j’ai ressenti un besoin pressant de la laisser derrière moi. Peut-être l’ai-je maudite, en y abandonnant le poids que je traînais. Mais avec toutes ses légendes, toutes ses années, je doute que cela fasse une quelconque différence dans son équilibre. A-t-elle simplement tressailli?

C’est la suite de: Sighisoara, une antique bulle de couleurs

À la neige qui a commencé à tomber hier dans la nuit, drue pour la première fois, j’associe sa bienveillance. Elle a compris, elle a ressenti de la compassion. Elle m’envoie un caresse du ciel, un bonheur léger et éphémère, du genre parfait à me rasséréner en ces temps difficiles. Les grandes envolées? Très peu pour moi, laissez-moi remonter la pente avant de me refaire miroiter comment je pourrais me recasser les jambes en règle.

La première chose que j’ai faite, à Sighisoara (avant même de manger, pensez-vous!) était de me rendre au cimetière allemand. C’était un hasard. J’ai grimpé la première pente que j’ai vu et c’est là qu’elle m’a mené. Il s’agit d’un très vieil endroit, avec des tombes d’un autre âge et des noms sonnant incroyablement communs à mes oreilles.

Sighisoara, cimetière sur la colline

Seule, entre les pierres, la mousse et la brume, j’ai commencé à instinctivement associer des noms aux fantômes de mon passé. Ci-gît M., qui se tapait la tête avec des pieds de bureaux pas montés et des poêles à frire quand je le confrontais à ses mensonges. Ci-gît L., qui me marquait du sceau de traîtresse quand je n’accourais pas à la rescousse des catastrophes dans lesquelles il se fouinait presque à dessein. Ci-gît J. et le masque carnavalesque derrière lequel il a pleuré sous mon immeuble lorsqu’il a réalisé avoir tout perdu. Ci-gisent V. et ses crimes immondes, V. qui devrait pourrir en prison pour m’avoir jeté dans une spirale hors de ce monde.

Sighisoara, cimetière sur la colline

J’ai laissé tous mes fantômes là, avec les autres inconnus, sous le lierre et les fleurs fânées. Je les ai bannis, écrasés et bloqués sous la poussière séculaire. J’ai pensé à Vian, et j’ai eu envie de cracher sur leurs tombes. Je me suis retenue bien entendu, par décence, mais aussi parce qu’il ne s’agissait pas de leur tombe à proprement parler.

Sighisoara, cimetière sur la colline

Je suis ensuite redescendue dans la citadelle. J’ai erré dans les ruelles quasiment vides et puis la nuit m’a rattrapé… Difficile de trouver le sommeil. Au matin, j’ai couru à la gare, où j’ai attendu trois heures durant mon train, à ne faire absolument rien d’autre que le vide.

Sighisoara, cimetière sur la colline

Et le train de la délivrance est arrivé: j’ai laissé ma traînée de fantômes derrière moi, à Sighisoara. J’étais vivante, entre toutes ces tombes. Moi, je respire, je marche et surtout je les emmerde. Le train a lancé son sifflet et, doucement, a pénétré dans les brumes salvatrices des campagnes de Transylvanie.

Lire la suite: Une pause à Brasov, en Roumanie

Sighisoara, cimetière sur la colline

Par Corinne Stoppelli

Je suis Corinne, un petit oiseau libre. Sans domicile fixe depuis 2010, je sillonne la planète à la recherche d'inspiration et de points de vue différents. Sur Vie Nomade, je partage mon regard sur le monde, le temps et le changement, d'une plume sincère et d'un objectif curieux et ouvert. En savoir plus?

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(2 commentaires)

  1. Tu dois te sentir beaucoup mieux maintenant. En avant !

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