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Cluj-Napoca: premières impressions roumaines

Multiculturelle, universitaire, colorée et un peu trouée, Cluj-Napoca semble être un bon point de départ pour explorer la Roumanie.

C’est la suite de: Préambule à une multitude de trains

Informations pratiques

À la recherche d’idées pour manger ou dormir à Cluj-Napoca? Vous les trouverez à la fin de cet article!

23.11.15 – À l’atterrissage à Cluj-Napoca, je suis la dernière. Forcément, avec mon siège 30D! Dernière au contrôle du passeport, dernière au tapis des bagages, dernière au stand de taxis.

Je ne suis pas très tranquille, je n’aime pas débarquer en pleine nuit dans un pays que je ne connais pas. Je n’aime pas non plus prendre les taxis, je ne m’y sens pas en sécurité. Mais il faut, pas le choix.
Alors j’avance d’un pas sûr vers le monsieur d’un certain âge en tête de file. « Buna! Do you speak English? » « Of couuuurse. » C’est parti.
Il me demande si c’est ma première fois ici, et si quelqu’un m’attend. Oui et oui. Une musique roumaine de fond me rappelle les mandolines du sud de l’Italie. Je retiens un larmichette, pas pour l’Italie, mais pour le soulagement d’être enfin ici et, toujours, pour le bon gros vide émotionnel persécutant. Je sais qu’il me faudra du temps et de la patience, mais j’en viendrai à bout, comme on en vient toujours (ou presque?) à bout.
Le monsieur me conduit à Strada Taberei et c’est un peu grand, on ne trouve pas le numéro. Alors, après avoir sillonné le quartier, il se propose d’appeler mon hôte avec son téléphone et il attend avec moi jusqu’à ce qu’elle apparaisse, pour être certain de m’y laisser en sécurité. Je me sens déjà entourée et je constate que j’ai un sens de la reconnaissance extrême en mes moments de difficulté: un sourire et je m’emballe de la bonté humaine.

Je resterai deux nuit à Cluj-Napoca en Transylvanie: celle-ci, un peu courte, et une deuxième avant de sauter dans mon premier train. Cela me laisse une journée entière pour marcher sans relâche à travers la ville, jusqu’à l’épuisement le plus total, jusqu’à avoir l’impression d’avoir capté l’essence, basique certes, de la ville. C’est court, un jour, mais j’ai l’oeil plus qu’entraîné désormais. Et puis je suis un peu lasse des villes, je veux aller voir ce qu’il se passe en campagne. Mais j’atterris ici, alors il faut que j’en fasse quelque chose.

J’ai un tout petit budget pour ce voyage et ça m’exaspère un peu, mais je préfère retourner à une certaine modestie plutôt que rester coincée quelque part. Dieu sait que juste là, j’ai besoin de mouvement et que, bénis soient les trains, je dois partir à la recherche immédiate de la Corinne qui existait avant que P. ne débarque dans ma vie: celle qui ne ressentait qu’à peine, et de manière hautement tolérable, le vide existentiel.
Cela sonne un peu comme une histoire d’addiction, j’en conviens. En 2013, j’écrivais que l’amour, le vrai, est liberté. Et force est de constater que plutôt que me libérer, je me suis laissée enchaîner par les doutes et la peur. Il est temps de récupérer mon dû, mais patience.

Cluj-Napoca me tire déjà un petit peu de là, avec ses kilomètres de trottoirs défoncés, en pleine rénovation. La balade doit se faire en équilibre ou en petits sauts, par endroits et cela mobilise presque toute mon attention. Il y a beaucoup de trafic, de patience, d’impatience et, souvent, une grande gentillesse, manifestée au travers du sourire d’un inconnu qui vous ouvre une porte ou qui vous propose de l’aide pour soulever votre valise… de ces moments-là même que je suis justement le plus à même de recevoir: merci.

Cluj-Napoca, Roumanie

Les trottoirs défoncés de Cluj-Napoca

Cluj-Napoca, Roumanie

Je suis ici en complet incognito, probablement avec une tête de Roumaine (j’ai une tête de Grecque, d’Espagnole, d’Italienne, d’Ukrainienne, bref, aussi de Roumaine) et je me sens donc comme une intruse-espionne, à farfouiller les alentours à la recherche des premières bribes de compréhension de ce pays tout nouveau, alors que sans doute très peu soupçonnent ma vraie nature… Jusqu’à ce que j’ouvre la bouche pour tenter de communiquer, bien entendu.

Cluj-Napoca, Roumanie Cluj-Napoca, Roumanie

Et alors, mes premières impressions de la Roumanie?

  • Les grands-mamans sortent tout droit d’un autre temps, avec leur foulard noué sur la tête et leurs longues jupes.
  • Mes mains sont noires après quelques kilomètres de marche alors que je n’ai encore rien touché.
  • Il y a des « trous dans le mur » fascinants un peu partout dans la ville: simplement des arrière-cours qui donnent sur la rue, et de la rue, on a ainsi accès à un petit monde intérieur d’un coup d’oeil curieux.
  • Un cimetière sur le flanc d’une colline est impressionnant, il grouille de tombes à perte de vue.
  • Dieu ce qu’on mange bien pour un rien! Pour 29 lei (soit à peut près 6€), j’ai droit à une polenta au fromage de chèvre et saucisson maison de 400g, accompagnée d’un jus d’oranges fraîchement pressées et d’un café. Je ne me souvenais plus de la dernière fois que j’avais ingéré des vitamines.
  • Les boulangeries sont minuscules, à peine une petite encoche dans le mur.
  • Les Roumains semblent fans de bretzels (qu’ils appellent les covrigi). Je n’ai pas encore dégusté, mais j’en ai vus partout aux bras des gens, y compris certains de taille disproportionnée.
  • Les Roumains semblent calmes et plutôt silencieux. Dans les lieux publics, à part les travailleurs, personne ne pipe mot. Le taxiste n’a pas pipé mot, dans l’avion personne ne pipait mot, dans le train pas mieux, sauf circonstance de nécessité. Cela dit, je n’en suis pas certaine et je vais y prêter plus d’attention les prochains jours: il y a un quelque chose de culturellement mystérieux par ici que j’espère réussir à comprendre.
Cluj-Napoca, Roumanie

Le cimetière sur le flanc de la colline

Restaurant Zama, à Cluj-Napoca

La polenta à strates avec sa crème fraîche acidulée, hmm.

Restaurant Zama, à Cluj-Napoca

Restaurant Zama

L'obsession du bretzel roumain

L’obsession du bretzel roumain, avec en prime un « trou dans le mur »

Un peu de paix bien méritée

Dernière étape de ma balade à Cluj-Napoca, la Catedrala Mitropolitana Adormirea Maicii Domnului. Je ne suis ni fan de monuments religieux, ni pratiquante de quoi que ce soit, mais elle me titille parce qu’elle est d’une forme que je n’ai encore jamais vu jusqu’ici. Alors j’entre et je suis subujuguée.
C’est un petit monde d’ombres et de lumières, ou plutôt, un petit monde d’ombres caressées par quelques sublimes reflets. Les croyants s’y succèdent, cérémonieusement, et baisent une illustration protégée par un cadre vitré: une figure, deux, trois ou quatre pour autant de baisers. Puis ils s’agenouillent quelque part dans la cathédrale, qui tout devant, qui dans un coin encore plus sombre qu’ailleurs, afin d’adresser leurs paroles silencieuses à quelqu’un.

Et là je pleure encore. Eux aussi ils comblent leur vide? Heureusement, je n’ai laissé de la place à aucun dieu dans ma vie, ou il me serait vraiment difficile d’en revenir en une pièce. Peut-être que P. était un mirage divin, à sa manière. Trop d’idéalisation, trop de rêves… Trop d’illusion.

Puis, le silence m’apaise. Je réalise qu’il n’y a pas une voix, pas un chuchotement, rien. Nous sommes tous complètement isolés du chaos de la ville. Seule la sirène solitaire d’un camion de pompiers nous rappelle que nous sommes tous humains, tous souffrants, tous en quête, tous doués de plein d’amour à donner et d’un espoir infini.

Cluj-Napoca brille, derrière les trous et les vieilles pierres: c’est ma maison d’un instant.

Cluj-Napoca, Cathédrale Métropolitaine

Cluj-Napoca en pratique

Manger à Cluj-Napoca

Je suis une fan invétérée de l’application Foursquare pour dénicher de bons restaus, mais à vrai dire, elle fonctionne plus ou moins bien selon la ville. À Cluj, nickel! J’ai découvert cette petite perle transylvanienne qu’est le restaurant Zama, un poil hipster mais très beau, calme et bien sûr tout à fait exquis pour un prix des plus raisonnables. Bon appétit!
Adresse: Zama, Napoca 16.
Et pour un petit en-cas? Allez, testez-moi ces covgiri (les fameux bretzels). Facile, ils sont partout!

Dormir à Cluj-Napoca

Certains d’entre vous connaissent mon addiction pour Airbnb. Et bien dans les grandes villes, quoi de mieux que de loger chez l’habitant pour en découvrir tous les secrets cachés? Plus d’informations sur mon guide Airbnb, et un bon de 18€ à récolter ici lors de votre inscription (à Cluj-Napoca, cela couvre largement une nuit)!

Arriver à Cluj-Napoca

J’ai décidé d’atterrir ici (oui il y a un aéroport, of course!) pour débuter mon InterRail directement en Roumanie. Il y a des billets d’avions vraiment pas chers au départ de l’Europe vraiment avec Wizz Air (mais ne vous attendez pas à un grand confort). Si vous continuez en train, sachez que les trains en Roumanie sont très lents… Moi j’aime ça ;)

Lire la suite: Les campagnes de Transylvanie

Par Corinne Stoppelli

Je suis Corinne, un petit oiseau libre. Sans domicile fixe depuis 2010, je sillonne la planète à la recherche d'inspiration et de points de vue différents. Sur Vie Nomade, je partage mon regard sur le monde, le temps et le changement, d'une plume sincère et d'un objectif curieux et ouvert. En savoir plus?

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(2 commentaires)

  1. CarolineB.

    Je ne sais pas si c’est très délicat de ma part de dire ça mais j’aime beaucoup tes derniers articles. Je n’ai pas vécu de tristes histoires d’amours qui finissent mal, mais comme toi je voyage beaucoup et je sais combien les sentiments sont intenses et douloureux, combien les questionnements sont profonds, quand on est le genre de personne que tu es. J’aime tes derniers articles car ils sont d’une grande sensibilité et ils nous embarquent dans ton histoire. Alors voilà, juste quelques mots pour un peu de soutien, que la vie t’offre encore plein de ces belles choses dont elle regorge!

    • Merci beaucou Caroline, ça me fait du bien de te lire. Si je peux embarquer ne serait-ce qu’une personne en voyage je suis comblée :) Je peux ainsi tranquillement continuer de donner mon énergie à quelque chose de certainement plus utile que la chimère d’une relation ratée.

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