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Athènes et ses dieux invisibles

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Je ne savais pas qu’attendre d’Athènes. Dans mon imaginaire, le tableau étrange d’un pays délaissé par des dieux en colère, dévasté par la crise économique. Peut-être que dans les rues, les dégâts occasionnés par la foudre de Zeus seraient omniprésents, comme des plaies béant sur la ville, sur une note de lutte. Inconsolable.

Premiers pas à Athènes

Elefthérios-Venizélos. C’est le nom du portail que j’emprunte vers la Grèce, l’aéroport d’Athènes. De là, un train de banlieue m’emmène vers Metaxourgio, mon premier quartier. Je n’avais peut-être pas tort: à la sortie de la bouche c’est le chaos.
Je me vois incapable de traverser le rond-point avec ma valise. Voitures, autocars et scootéristes décoiffés ne me laissent aucune opportunité. Je me résigne à courir derrière les Grecs, en petits tas humain. L’union fait la force, et s’il n’y a personne d’autre, il faut courir. Courir et prier. Mais peut-on se fier aux intentions des dieux?

À mon installation dans la chambre d’hôtel, une première intervention divine: à travers les chantiers environnants, j’aperçois l’Acropole. Je passe une bonne partie de ma soirée sur le toit, à épier le voisinage grec et à admirer le soleil se couchant doucement sur la ville et ses ruines.

Metaxourgio, Athènes
Metaxourgio, Athènes Metaxourgio, Athènes

À la nuit tombée, je m’aventure quelques stations de métro plus loin. Où? Aucune idée, mais c’était une bonne idée, car j’y ai droit à encore deux nouvelles interventions divines.

Soit la beauté à décidé de se mettre sur mon chemin pour m’influencer positivement (c’est qu’ils seraient là alors, ces dieux?), soit j’ai de la chance (j’aime mieux ça comme idée), soit Athènes est pleine à craquer de surprises et il suffit de déboucher sur un nouveau quartier pour se faire surprendre. Je ne le savais pas encore à ce moment, mais c’était bien de la troisième option qu’il s’agissait.

Athènes Athènes

Une affaire de goût, de proportions et de bonne humeur

Le lendemain, mon ami Pierre, qui connaît déjà la ville, m’emmène manger sous l’Acropole, dans le quartier de Monistariki, où touristes et athéniens semblent cohabiter plus ou moins harmonieusement. Ou peut-être que non. Mon regard trop frais ne me permet pas encore de détecter ces subtilités, et de toute façon, mon attention est désormais toute dévolue à mes papilles.

Mes premiers pas dans la cuisine grecque? Une valeur simple et sûre: des boulettes de viande (keftedakia / κεφτεδακια) à la sauce tomate, qui me rappellent celles de ma grand-mère. Sur la terrasse tranquille, sous les arbres, un chaton vient poliment quémander. Un verre se casse, et je me dis que ça me portera bonheur. Opa!

Après une première journée un peu mélancolique, il serait temps de laisser place au kefi, un mélange bien grec d’adrénaline, de joie, et de triomphe. De ce que j’en ai compris, le kefi est le mode berserker de la bonne humeur. Je me déguise mentalement en athénienne dans l’espoir de rencontrer cette sensation sur mon chemin.

Chat à Athènes
Boulettes de viande grecques à la sauce tomate

Au soir, dans le quartier de Dexameni, je découvre une toute autre facette d’Athènes. C’est plutôt posh par ici, mais sans entrer dans l’excès non plus. Le centre City Link me rappelle vaguement la Paris bourgeoise, ses moustaches et ses noeuds papillons. Mais pas de ça ici: l’Athénien contient très convenablement son exubérance.

City Bistro, AthènesCity Link, Athènes

Ces deux premières journées ne sont qu’une très légère entrée en matière quant à la complexité d’Athènes, et de la Grèce en général. Je m’aperçois qu’il semble y avoir de tout pour tous, dans des proportions toutes grecques ma foi: parfaites. C’est une impression bien différente qu’à mon arrivée.

Il en a fallu peu à Athènes pour me convaincre. Et qu’en dit-on, sur l’Olympe?
J’ai l’impression d’entendre mes oreilles siffler.

Sur les traces des dieux

Le jour suivant, je me balade nonchalamment et j’aperçois des colonnades. Comme hier et avant-hier finalement, sauf que celles-ci sont drôlement plus imposantes. Il s’agit de l’Olympieion, le temple de Zeus lui-même. Encore une coïncidence? Je dirais que oui, heureuse cependant.

Ruines et monuments. Certains y sont totalement insensibles: des amas de vieilles pierres! Des objets à cartes postales! Et pourtant ils permettent de donner un peu de perspective à l’infinité du temps qui nous sépare des anciennes cultures. Sur ce site en particulier, on a relevé des traces humaines datant de la préhistoire.

Et quelles dimensions! Les colonnes du temple de Zeus font plus de 17 mètres de haut, et malgré les 16 conservées, il faut s’imaginer un fabuleux total de 104 colonnes. C’est quelque chose, d’être là-dessous. On remet sacrément en perspective son existence. Insignifiance.

Olympieon, temple de Zeus à Athènes

Et enfin, de là-haut…

Après les émotions fortes du départ, j’ai entamé ma vie normale d’athénienne. Métro, boulot, bistrot, dodo. J’ai fait mes allers-retours dans ses rames avec des noms compliqués (ΣΥΝΤΑΓΜΑΤΟΣ, ΕΥΑΓΓΕΛΙΣΜΟΥ, ΜΕΓ.ΜΟΥΣΙΚΗΣ). Valisette à la main, l’air affairée, l’air d’ici, à tel point qu’on m’a pensée grecque.

Tous les jours je regardais l’Acropole d’ailleurs, me disant qu’il faudrait bien que j’y aille, un jour. J’avoue, j’avais un certain dédain pour les monuments. Je n’ai eu que faire de la Tour Eiffel et de Big Ben. Mais je me suis convaincue et j’ai grimpé jusqu’au Parthénon, entre les preneurs de selfies sur-excités et les habituels curieux.

J’étais avec Shelley et Darrell, un couple de parents freelance et blogueurs, dont les enfants ont plus ou moins mon âge. On a refait le monde tranquillement, dans l’admiration de toutes ces vieilles pierres. On a contemplé ensemble le poids des millénaires qui semblent à peine avoir effleuré certains marbres. Combien de couchers de soleil l’Acropole a-t-elle vu? Inquantifiable.

Enfants partis, fille partie, nous étions comme deux minuscules morceaux d’un puzzle différent, mais semblable, réunis par le hasard encore plus minuscule des millions de probabilités dispersées par le temps.

Acropole, AthènesAcropole, Athènes
Acropole, Athènes

Vous reconnaissez le temple de Zeus, au milieu?

Tous les bâtiments de style néoclassique de par le monde, inspirés par la Grèce Antique se sont automatiquement transformés en toc dans mon esprit. C’est là the real deal, le vrai truc, l’original, la mère de toutes les copies, en vrai!

Acropole, Athènes

Le goût d’y retourner

Mes dernières journées à Athènes ont été les plus riches en sensations. Accompagnée de chers amis, j’ai découvert les quartiers plus populaires, je me suis fourrée la panse de force gyros, souvlaki et de mezzés (les mezzés, ces petites portions de tout et de rien, les tapas grecques en quelque sorte). N’ont pas manqué à l’appel vins et liqueurs grecs.

Deux semaines à Athènes, ce n’est qu’un apéritif. Et il me semble que je pourrais facilement vivre au milieu de ses jeunes artistes et entrepreneurs, déterminés à être en tête de ligne à la sortie de la crise. L’esprit olympique? J’aime ça.

Souvlaki, Athènes

Souvlaki

Bar à mezzés sur Troon St.

Bar à mezzés sur Troon St.

Art de rue, quelque part dans Psirri

Art de rue, quelque part dans Psirri

Un bar un peu caché et très branché

Un bar un peu caché, mais très branché

Et si les Athéniens ont traversé la crise, il ne le laissent nullement transparaître dans leur qualité de vie. Une onde de bien-être, de plaisir et de bon goût plane sur toute la capitale. Les bars ne désemplissent pas, les petits restaurants non plus, et tout le monde sourit à un avenir qui promet d’être des plus brillants.

Athènes renaît, avec élégance, et ses champions la refaçonnent sans répit.
Personne n’attend après les dieux.

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Par Corinne Stoppelli

Je suis Corinne, un petit oiseau libre. Sans domicile fixe depuis 2010, je sillonne la planète à la recherche d'inspiration et de points de vue différents. Sur Vie Nomade, je partage mon regard sur le monde, le temps et le changement, d'une plume sincère et d'un objectif curieux et ouvert. En savoir plus?

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(9 commentaires)

  1. Mathieu dit :

    La Grèce est un pays magnifique, je ne me lasse jamais de voir des photos du pays :)

  2. Jennifer dit :

    Méchants bons souvenirs que ça rappelle tout ça. Et les boulettes…. oh nom de Zeus lol

    • Corinne dit :

      Hahaha, y’aurait pas eu une expression plus appropriée ;) Au centre de Barcelone, un bar à mezzés vient d’ouvrir! J’y ai vu le bon fromage qu’on a dégusté et un tas d’autres trucs :p

  3. Il pleut de temps en temps dans ce pays ? Chaque photos que je vois d’Athènes, il fait ce temps là, ça doit être top de se lever le matin en sachant le temps qu’il fait.

    je n’y suis jamais allé, surement un jour. En tout cas elles sont cools tes photos, t’utilises un reflex ?

    Profites en bien !

    • Corinne dit :

      Merci Jordane :) Me semble qu’il a plu une fois, mais sinon grand soleil effectivement!
      Les photos de cet article ont toutes été prises avec un iphone 5.
      Et malheureusement, déjà de retour mais je compte sérieusement y retourner dans le futur, pour plus longtemps!

  4. Tiphanya dit :

    Ton article me rappelle beaucoup de mes propres émotions. Doute avant l’arrivée sur l’état de la ville, on a tellement parlé de la crise que je pensais la voir partour (et c’est finalement sur une petite île hors saison que j’ai pu vaguement l’appercevoir). Et tout ce grec partout, que je ne déchiffre pas et tous ces plats si odorant et délicieux. La sensation rapidement d’y être bien alors que je n’aurai jamais de moi-même voyagé en Grèce !

    • Corinne dit :

      Salut Tiphanya, oui exactement, la Grèce met vraiment à l’aise :) Contente de savoir qu’on a eu des expériences similaires, parce que pour moi c’était vraiment une immense surprise et un de mes plus gros coups de coeur.

  5. MamzelDree dit :

    Ah la Grèce pays qui me fait rêver sans y être encore allée… C’est beau, et cette lumière ! Splendide !

  6. Helana dit :

    Visiter la Grèce ne m’est pas encore possible en ce moment alors que je peux dire que c’est un pays dont il est important de visiter pour un voyageur qui se respecte, rien que pour la richesse de son histoire c’est vital de le visiter un jour.

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