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d'ailleurs

Coincée. Par amour?

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Je n’étais pas convaincue par mon voyage aux Etats-Unis. J’avais peur que ça ne me plaise pas, que ce soit trop grand, trop compliqué, trop tout court. Mais je m’y rendais principalement pour rejoindre le Prince (hélas déchu de sa position), alors la destination n’importait plus que dans une mesure moindre.

Et puis je me suis retrouvée dans l’ennuyeuse Los Angeles. On m’avait averti « Sans voiture, tu n’iras nulle part! » J’avais écouté, et ça m’avait inquiété. Ils disaient vrai. J’étais coincée.

On m’avait aussi dit qu’il y faisait toujours chaud, mais en fait, il y faisait plutôt frisquet. Mon sac d’habits d’été est resté au placard, poids inutile et coûteux aux bornes des nombreux aéroport où il m’a suivi. Pas de jolie robe à pois, pas de sandalettes dénudées: l’humeur était automnale, mélancolique. De toute façon, où serais-je allée?

Suit-on vraiment quelqu’un au bout du monde, là où nous n’aurions aucune raison d’être, par amour? N’est-ce pas plutôt l’amour d’y croire, l’amour du geste? Y répondre aurait-il une importance?

Amour en voyage: coincée!

Déclarations d’amour éternel sur le Pont de Brooklyn

C’était dans ma liste de choses à faire avant de m’éteindre. Mais pas celle que vous connaissez, plutôt une liste invisible, un peu trop grandiose pour être étalée en public peut-être. C’était de rencontrer un homme qui me donnerait envie de prendre un avion jusqu’à l’autre bout de la terre, sur un coup de tête. C’était de rencontrer l’homme qui me donnerait envie de m’arrêter, me contredisant, mettant à mal toutes mes certitudes présentes.

Peut-être en avais-je bien trop envie pour ne faire qu’attendre. Peut-être voulais-je forcer les choses. C’est que j’aime le chaos. Peut-on aimer le chaos plus que l’amour lui-même?

J’aime aussi les certitudes. Je renonce rarement sans avoir la certitude de faire fausse route. C’est une bénédiction et une malédiction à la fois, et je suis parfois bornée, parfois persévérante. Peut-on aimer le chaos et les certitudes à la fois?

Bref, je me suis retrouvée coincée, coincée avec toutes ces questions. Avec la seule certitude de ne jamais pouvoir avoir de certitudes. C’est à ces moments-là qu’en général je saute dans un train, dans un bus, dans n’importe quoi qui soit en mouvement. Je me jette dans l’espace présent pour échapper aux murmures inutiles du passé, et aux angoisses du futur incertain.

C’est ainsi que je me suis retrouvée à traverser les Etats-Unis, de Los Angeles à Montréal. C’est ainsi que je me suis projetée dans un univers nouveau, plus proche du mien, celui des errants américains. La noblesse du désert, la nudité de la roche, les premières neiges m’ont renvoyé, malgré la vitre nous séparant, malgré le moment insaisissable du mouvement, à ce qu’il fallait être: là, tout simplement. L’ouverture de coeur des voyageurs m’a rappelé qu’il y a des êtres spéciaux partout. Il suffit de faire ce que l’on aime pour multiplier ses chances de rencontrer ceux qui, eux aussi, font ce qu’ils aiment.

La solitude du voyage, tant qu’elle est embrassée les yeux grand ouverts, nous rappelle à tout moment de la nécessité de vivre avant tout pour soi, de s’écouter pour se rendre plus heureux. Il y a des gens sur la route, énormément. Il y a des gens qui s’arrêtent, d’autres qui n’arrêtent pas de marcher. Mais ils sont là, ils seront toujours là, partout. On ne sera jamais vraiment seul.

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Par Corinne Stoppelli

Je suis Corinne, un petit oiseau libre. Sans domicile fixe depuis 2010, je sillonne la planète à la recherche d'inspiration et de points de vue différents. Sur Vie Nomade, je partage mon regard sur le monde, le temps et le changement, d'une plume sincère et d'un objectif curieux et ouvert. En savoir plus?

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(7 commentaires)

  1. Marjorie@Histoire à Vivre dit :

    Très bien écrit, merci, je me sens touchée par ton style :)
    Bravo d’avoir transformé ce non-succès en quelque chose d’autre, en une ouverture de coeur…
    Marjorie

  2. Fab dit :

    J’ai l’impression que l’on peut être accroc aux nouvelles rencontres lorsque l’on voyage. Sur le moment, on passe d’excellent moments, puis ensuite on se revoit une ou deux fois avant de passer à autre chose. C’est peut être ce qui contribue à la difficulté d’atterrir de façon à peu près stable quelque part ?

    • Marjorie@Histoire à Vivre dit :

      C’est vrai, souvent dans l’excitation du moment, de la rencontre de nouvelles personnes avec qui on passe des moments inoubliables, on se dit qu’on aimerait se revoir, revivre ces délicieux instants. Et puis, la vie passe, ce n’est peut-être plus le moment, et on se détache, sans l’avoir vraiment voulu.
      Je ne sais pas si cela contribue à la difficulté de se stabiliser quelque part. Peut-être qu’on n’a pas trouvé le lieu, ou qu’on a besoin de bouger encore, de partir vers d’autres horizons. Il y a des gens qui sont nomades toute leur vie, d’autres qui se posent, d’autres qui voyagent régulièrement mais reviennent au port.

  3. On est ni noir, ni blanc. On a la certitude de vivre un chaos bien ordonné. On est juste des humains qui jouons avec nos vies comme d’autres jouent avec des dés.

  4. Chaque chose en son temps ! Tu as choisi cette vie d’errante, de voyageuse, parce que tu en ressens le besoin. Et c’est déjà une bonne chose que de savoir ce dont tu as besoin, ce qui te convient. Avec le temps, tes besoins changeront et tu auras peut-être envie d’autre chose. Mais en attendant, continue à faire ce qui te plait sans laisser personne décider à ta place. C’est ça la liberté. Et il n’y a rien de plus précieux…;-)

  5. Je me retrouve dans ce que tu dis. C’est touchant. Merci et bonne continuation à toi.

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