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Le bouddha rit (de l’art taïwanais de consulter les dieux)

Publié le • Dernière mise à jour:
Récit de ma visite sur le temple de la montagne de Nanshijiao, où l’on m’a initié à l’art de la divination bouddhiste taïwanaise.

Mes six mois à Taïwan touchent à leur fin. Du toit de mon appartement, je perds mon regard pour la dernière fois sur la montagne Nanshijiao, d’où cet immense bouddha doré a semblé me narguer, m’encourager, me consoler ou encore m’ignorer au travers de toutes les épreuves traversées.

Temple de Nanshijiao à Taipei, Taïwan

Difficile de voir le visage du bouddha de là, en raison de la distance. Je n’avais jamais eu l’occasion d’aller y jeter un oeil de près. Mais hier soir, Luya, ma colocataire, m’a emmenée sur la route tortueuse qui mène au temple et accompagnée sur les fatigantes 300 marches à gravir dans cette quête symbolique d’un brin de vérité intérieure; un bel au revoir, à Taipei, à cette amie, aux autres amis, et à un espoir un peu fou que mon esprit avait fomenté à mon insu durant ces dernières semaines.

Au sommet, nous traversons cinq stations de prière, cinq bâtonnets d’encens à la main qu’il faudra laisser à chacun des bouddhas prêts à nous écouter. Il y a le bouddha « général », il y celui de la paix, il y a le gardien de la montagne, il y a celui de la prospérité, celui de la maternité. À chacun je laisse un petit message, un remerciement de m’avoir donné tant de courage et de force; de m’avoir offert ces yeux et jambes qui m’ont emmené au bout du monde, là où peu de gens, finalement, accèdent; une pensée pour tous ces coeurs qui se sont ouverts à moi, ou auxquels je me suis ouverte; un espoir d’avoir pu accomplir quelque chose de bien, malgré ma petite portée, et finalement un voeu de pouvoir continuer à grandir, à apprendre avec reconnaissance.

Plus tard, je recevrai le droit de poser une question au bouddha de la montagne. Je décide de lui parler d’amour: ce garçon est-il le bon? Je prends dans mes mains les blocs de divination qui me transmettront sa réponse une fois lancés au sol. Ils retombent sur la même face et Luya m’explique: « Cela signifie que le bouddha rit. Reformule ta question. »

heart in my tofu

Un coeur que je n’avais pas demandé dans mon tofu.

Bouddha, pourquoi ris-tu? J’aimerais savoir si, malgré les difficultés, je dois placer ma foi en cette relation. Cette fois, le bouddha acquiesce. Je relance une troisième fois les blocs, pour savoir si le bouddha souhaite me donner des indications sur la façon de procéder; il acquiesce encore.

Je peux donc tirer un bâtonnet qui porte un numéro correspondant à un tiroir dans lequel je trouverai mon inspiration sous la forme d’une citation.

La lecture n’en est pas très encourageante. Luya m’explique qu’il y a différents degrés de complexité dans les quêtes et que celui que j’ai tiré est le plus difficile. « Tu peux poursuivre cette quête » me dit-elle « mais tu te trouves déjà au coeur de la tempête: c’est l’hiver et toutes les feuilles de l’arbre sont tombées. Tu traverseras la peur, les doutes, la douleur. »

Mais n’y a-t-il pas un peu d’espoir? Luya me dit que oui. Alors, je reprends mes auspices de bois pour une dernière question: Bouddha, est-ce que ça en vaudra la peine? Le bouddha rit à nouveau; une pointe d’amertume, un sourire nerveux se fige sur mon visage.

Je reformule ma question, mais trop vite, trop vague: Bouddha, dois-je garder la foi? Bouddha acquiesce. Je sais qu’il ne répondra pas plus: les réponses sont déjà toutes en moi.

Cheeses!

À l’hôpital bouddhiste de Taipei

À la base du temple, il y a encore quelques stations: un bouddha de prospérité, un bouddha pour la réussite aux examens, et un bouddha pour l’amour. Et finalement, il y a un petit pont à traverser: on laissera à l’entrée toutes les instances négatives qui nous ont pesé. Cela ressemble un peu à une renaissance.

Je remercie d’avoir reçu la preuve que je pouvais encore aimer, et être aimée. Je remercie d’avoir appris que j’étais prête, enfin, après les épreuves, après la fuite. Je suis reconnaissante d’enfin avoir retrouvé ma confiance en moi, et d’avoir obtenu la preuve que je pouvais placer cette confiance en quelqu’un d’autre, sans attentes, dans la tolérance.

Je reconnais aussi qu’il y a des choses qu’on ne peut demander, qu’elles ne dépendent pas de nous et, dans un dernier salut, je traverse le pont et laisse derrière moi les frustrations, la colère et les incompréhensions.

Il est temps pour moi de reprendre ma route, dans ma quête de vérité et de connaissance.

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Par Corinne Stoppelli

Je suis Corinne, un petit oiseau libre. Sans domicile fixe depuis 2010, je sillonne la planète à la recherche d'inspiration et de points de vue différents. Sur Vie Nomade, je partage mon regard sur le monde, le temps et le changement, d'une plume sincère et d'un objectif curieux et ouvert. En savoir plus?

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(2 commentaires)

  1. Amusante cette histoire.
    Quelle est la destination après Taïwan?

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