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Rencontre: Les dessous d’Udon Thani

Publié le • Dernière mise à jour:
850 kilomètres au compteur plus tard, après avoir séjourné à Uttaradit et Loei (délicieuse, en passant), nous atteignons notre halte majeure: Udon Thani. Elle nous servira de base pour aller nous perdre dans l’Issan profond, plus tard.

C’est la suite de: Echouées à Lampang – 4 pour votre cafard, madame!

Dîner dans le marché d'Udon Thani

Dîner dans le marché d’Udon Thani

Au soir, le night bazaar nous offre mille délices: on mange pour quatre. Et puis, on décide d’aller prendre un verre mais on ne rentrera pas trop tard, car le lendemain, Hanna doit se rendre à Vientiane, à la frontière laotienne, pour renouveler son visa thaïlandais.

J’appelle une copine originaire d’Udon Thani pour qu’elle nous recommande quelques lieux où sortir. Elle nous désigne un bar nommé Mr. Tong: il y a toujours du monde là-bas, c’est très en vogue. Et ça tombe bien, c’est juste à côté de notre hôtel.

Sur le chemin, moult hommes blancs âgés, plutôt bien accompagnés… et cet endroit qui s’appelle Nutty Park avec un logo assez évocateur: un rond avec une flamme tout autour. Hanna veut aller voir, histoire de savoir. Je ne connais déjà que trop bien, je suis un peu mal à l’aise. Les filles nous interpellent: j’imagine qu’elles préféreraient notre pourboire au leur.

Cinq minutes plus tard on est déjà dehors et on atteint le fameux bar qui nous a été recommandé. Ce n’est pas beaucoup mieux. Là ce sont de jeunes mâles à la peau blanche, tout aussi bien accompagnés. La place est littéralement bondée et les jeunes thaïlandaises se trémoussent et se frottent de façon surfaite. Pas pour nous non plus.

Le Nutty Park

À l’entrée du Nutty Park…

On erre longuement dans la ville pour atterrir dans un bar thaï, où l’on passe du foot (on aime mieux ces boules là, finalement). Allez, c’est parti pour une bière.

Je repère tout de suite un charmant jeune homme derrière le bar, qui me repère à son tour. Pas difficile en même temps… Toutes les serveuses viennent à tour de rôle à notre table, échanger quelques mots, quelques compliments, et trinquer: on se sent un peu comme une attraction.

Quelques bières et quelques heures plus tard, les gens de la table d’à côté entament la conversation. Le serveur essaie un sourire timide, auquel je réponds à peine. Je suis un peu mal à l’aise, après le spectacle de ce soir, de me retrouver dans la position de la blanche qui regarde le thaïlandais. L’ami de la table d’à côté brise la glace: il appelle le serveur, qui est apparemment son frère, lui prend son portable et me le tend.

‘Mon frère, Jok, t’aime bien, tu veux bien lui donner ton numéro?’ Le garçon, témoin, est tout confus. Il sourit et s’éclipse. Et moi je pianote mon numéro, pourquoi pas?

Tout le monde s’exclame et trinque avec moi, ravi. Jok récupère son téléphone les yeux au sol avec un sourire au coin des lèvres et retourne au bar. Cinq minutes plus tard j’ai un appel. Il n’osera pas aller plus loin ce soir, mais j’ai aussi son numéro désormais.

On rentre à notre hôtel et, à six heures du matin, Hanna prend son scooter en direction de Nong Khai, où elle passera la frontière en bus pour atteindre Vientiane et effectuer ses démarches administratives. Cela prendra deux jours: me voilà seule aux mains d’Udon Thani… enfin, plus pour longtemps.

Je récupère un peu plus longuemnt de la soirée, me prépare tranquillement et pars en quête de mon petit-déjeuner. J’ai envie de quelque chose de sucré que les marchés surabondants ne sauront pas m’offrir: les thaïlandais déjeunent salé.

Je m’arrête au Wawee Coffee du coin: c’est un peu le Starbucks de Thaïlande, ce sera parfait. Je me fais servir un délicieux café et une tarte au chocolat. Après quoi je prends mon courage à deux mains et j’appelle Jok. Petit problème: il ne parle pas un mot d’Anglais, et mon thaï reste très limité. On parvient tout de même à discuter pendant une trentaine de minutes.

Mais j’ai du mal à me faire comprendre: j’aimerais passer l’après-midi avec lui. Un peu à bout de patience, j’appelle le serveur du Wawee à l’aide: adopté aux Pays-Bas, il parle très bien le thaï et l’anglais, entre autres langues. Un sourire complice aux lèvres, il se plie au jeu et me fixe un rendez-vous. Il va arriver dans une heure. Je trépigne. ‘Serais-tu tombée amoureuse?’ Je ne peux pas en dire autant… ‘Mais il te plaît, n’est-ce pas?’ Evidemment! Tout le café est en tension avec moi et s’émeut d’héberger cette romance fortuite et colorée.

Malheureusement, une heure plus tard, pas de trace de Jok. Un peu en colère, je me reprends rapidement: c’est très thaï de ne pas se pointer ou de se faire attendre… et puis, l’enjeu n’est pas très grand: on ne se connaît même pas. Je ne vais pas attendre pour un garçon plus longtemps. Je pars en balade dans les très beaux parcs de la ville, Nong Bua et Prajak.

Balade dans le Nong Bua Park

Balade dans le Nong Bua Park

Vers 20 heures, je reçois un message en anglais, le frère de Jok assure, appremment, les traductions. ‘Pourquoi ne viens-tu pas? Tu me manques. Est-ce que je te manque?’ Je réponds que j’ai envie de le voir, et lui demande de m’appeler quand il aura terminé son travail.

À 3 heures du matin, le téléphone sonne et je réceptionne. On se donne rendez-vous: il vient me chercher et m’emmène à son bar, où ses amis et collaborateurs dînent et boivent dans une ambiance bon enfant. Il me présente à tout le monde, me fait une place à la table et s’éclipse pour terminer le travail.

Tout le monde parle bien l’anglais et me pose mille questions: je m’amuse bien, mais où est le charmant Jok? De temps en temps, il vient s’asseoir à côté de moi, toujours aussi timide, son épaule et sa cuisse légèrement contre les miennes: on se donne mutuellement à boire, à la façon des couples thaïlandais.

Une fleur dans le Nong Bua Park

Une fleur dans le Nong Bua Park

Vers 5 heures, tout le monde s’en va: qui saoul, qui fatigué. Le frère de Jok me demande de prendre soin de lui. C’est plutôt Jok qui prendra soin de moi: il me raccompagne à mon hôtel. On se souhaite bonne nuit discrètement et il repart. On s’est à peine regardés de la soirée pour des raisons bien différentes, mais le résultat est le même: rien.

Le lendemain, je me félicite que ça n’ait pas été plus loin. Je vais quitter la ville dès que Hanna sera de retour, et ce garçon avait l’air adorable et doux. Pas la peine de briser deux coeurs en passant des vitesses inutiles… sans parler de la barrière linguistique. Apparemment, de l’autre côté, c’est le même sentiment: la communication cessera là.

Maintenant, me voilà vraiment seule aux mains d’Udon Thani, à nouveau… Mais plus pour très longtemps. À la nuit tombée, j’appelle Hanna pour savoir si tout va bien. Quelle surprise lorsqu’elle m’annonce qu’elle est hospitalisée à Nong Khai!

J’enfourche mon vaillant et fidèle scooter et trace les 55 kilomètres qui nous séparent.

Lire la suite: Nong Khai, mais avec un bras cassé

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Par Corinne Stoppelli

Je suis Corinne, un petit oiseau libre. Sans domicile fixe depuis 2010, je sillonne la planète à la recherche d'inspiration et de points de vue différents. Sur Vie Nomade, je partage mon regard sur le monde, le temps et le changement, d'une plume sincère et d'un objectif curieux et ouvert. En savoir plus?

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(6 commentaires)

  1. Yann Coirault

    Touchant :-)

  2. Dominic Roy

    En espèrant que ta vie amoureuse ne se résumera pas toujours à un  »rendez-vous manqué » xx Je te souhaite que du bonheur Corinne!

  3. La lectures de quelques frasques amoureuses m’amuseront toujours ^^
    J’ai l’impression d’ouvrir le journal secret de ma soeur.

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