La vie
nomade

Par le détachement, on apprend

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Un soir, alors que j’expliquais mon projet, on m’a demandé comment je gérerais l’éloignement de mes proches au travers de ma vie d’itinérante.

Je suis très attachée à eux et il est vrai qu’un départ et des séjours prolongés à l’étranger ne se feront pas sans douleur. Mais il me semble nécessaire de ne pas me laisser bloquer par cette proximité. Je suis persuadée (et j’ai déjà eu l’opportunité de l’expérimenter) que l’amitié réelle subsiste à la distance et que celle-ci ne rime pas forcément avec absence.

Apprendre le détachement

Col des Essets, Suisse

J’ai toujours rêvé de quitter la Suisse. Non que je ne l’aime pas, bien au contraire, mais la nécessité de vivre le reste du monde par mes propres sens m’est existentielle. J’estime que je ne pourrai qu’en sortir grandie, et, à chaque retour, chaque parcelle de mes découvertes pourra être partagée avec ceux que j’aime.

Chacun de mes retours se fera avec une joie immense, le bonheur de retrouver ce qui a manqué. Et chacun de mes voyages sera une occasion de réaliser avec en plus d’intensité ce qui m’est essentiel. Chaque manque m’indiquera avec encore plus de précision et de sentiment ce qui me tient à coeur.

Je sais que là-bas, dans l’incertain, mon plus grand désir sera celui de partager les instants uniques vécus avec ceux que j’aime. C’est aussi cette force qui m’anime: l’idée de ramener un morceau de monde à mes êtres chers, l’idée de revenir grandie et de pouvoir peut-être leur apporter plus.

Tout ce que l’on lit, voit, tout ce que l’on apprend, je le considère. Mais je ne peux m’arrêter là, je veux l’expérimenter, le considérer dans la profondeur de la réalité – m’immerger dans ce qui est, laisser totalement de côté ce qui semble.

Ce que j’ai vécu jusqu’ici m’a appris que l’on se crée un carcan, que l’on s’attache souvent à des futilités: objets, apparences, principes, circonstances. C’est une démarche humaine que je comprends et accepte, mais de laquelle je désire me détacher. Ce qui doit rester, c’est cette force animée par le ressenti, ces ailes que nous donne chaque bribe d’une nouvelle aventure, chaque découverte qui construit le chemin de notre vie.

J’estime mes proches plus que tout, et ma plus grande chance (mon plus grand bonheur!), c’est de savoir que malgré la distance et le détachement, le brasier qu’ils allument dans mon coeur ne s’éteindra jamais. Peu importe le manque de mots, le manque de gestes et de regards: ce que l’on a construit avec amour et passion subsiste dans notre être avec intensité.

Et je connais cette nostalgie qui parfois anime quelques larmes. Je connais cette mélancolie, cette impression d’avoir perdu quelque chose de cher. Mais aujourd’hui je sais que rien ne se détruit, que la vie est une suite d’occurrences et que quoi qu’il advienne, je ne regretterai pas d’avoir suivi ce rêve qui brille en moi. Je suis reconnaissante de tout ce que la vie m’a apporté jusqu’ici et je le garde au chaud, au fond de moi.

Mes amis, je ne suis pas encore partie que vous me manquez déjà. Je ne suis pas encore partie que je suis déjà aux anges de vous retrouver au fond de mon coeur. Mes proches sont la force qui m’anime et me pousse au-delà de toute appréhension, dans l’aspiration de cette universalité dont je souhaite me rapprocher.

Et si, un jour, je décide de m’arrêter, je saurai l’avoir fait en pleine connaissance de cause. Et cette éventualité me comble et me rassérène.

Par Corinne Stoppelli

Je suis Corinne, un petit oiseau libre. Sans domicile fixe depuis 2010, je sillonne la planète à la recherche d'inspiration et de points de vue différents. Sur Vie Nomade, je partage mon regard sur le monde, le temps et le changement, d'une plume sincère et d'un objectif curieux et ouvert. En savoir plus?

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(3 commentaires)

  1. Astrid

    Pas facile à gérer au quotidien, en effet! Je vois ma famille et mes amis proches une fois par an en général, ce qui est dur c’est de penser aux retrouvailles pendant des mois et de voir les jours défiler à une vitesse phénoménale dès que j’y suis … mais c’est mon choix de vie, quand j’en aurai mare, je rentrerai ;-)

  2. Cet article est beau par sa sincérité et sa part de rêve … (rédigé avant le grand départ …) Moi aussi j’ai cru à certaines choses écrites ici, et puis je me suis aperçue, qu’à part la famille, tous les autres liens se dissolvaient confirmant cette platitude « Loin des yeux, loin du coeur » … j’ai porté en mon coeur mes ami(e)s, leur contant mentalement et via le blog mes ressentis et découvertes, mais je n’ai quasiment jamais eu un seul retour, et que très peu de contacts par mails … c’est bien la première fois que j’en parle publiquement … heureusement, les liens familiaux restent indestructibles et réconfortants, et les amis de la blogosphère deviennent plus importants que les amitiés passées … je me suis demandé si finalement, ces personnes « restées à terre » (au port) n’avaient pas vécu cela (mon entrée en vie nomade) comme un abandon, ou une fuite, ou bien si inconsciemment, il n’y avait pas de leur part une once d’envie ou bien un détachement affectif identique à celui que j’avais éprouvé et affiché à l’égard des choses matérielles … j’en ai souffert et m’en suis remise … Pour l’instant je me pose, j’ai besoin d’un port d’attache, d’un havre de paix, afin de mieux pouvoir repartir … une amie nomade m’a dit un jour « je rêve d’avoir un lieu d’où partir et où revenir » … je ressens cela, pour le lieu, mais aussi pour les personnes: « des amis à quitter et à retrouver » …

    • Re-hello et merci pour toutes tes sensibles interventions, c’est vraiment précieux pour moi! Je ne sais pas si je l’ai déjà écrit mais en tout cas j’en parle souvent autour de moi, il y a de nombreuses personnes avec qui la communication s’est coupée, mais à se revoir c’est comme hier, ou mieux encore. Quand on change d’univers social tous les X mois, on se construit des liens avec bien plus d’univers qu’on est capable de gérer. Pour moi il convient de se concentrer sur les gens qui forment notre quotidien au maximum sous peine d’être complètement débordé! Mes amis comprennent tous ça, je crois, et il est bon de pouvoir se reposer sur la certitude qu’ils seront toujours là, et que je serai toujours là, même si les nouvelles ne passent pas.

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