Rubrique ‘Train de Vie’
Un certain nombre de réflexions sur le passage d’une vie normale à une vie nomade. Elle ne traite pas d’aspects pratiques, mais plutôt de petites révolutions à effectuer dans sa façon de percevoir la vie et son quotidien.
Ma vraie vie VS ma vie Facebook
Samedi, février 4th, 2012
Ah, mais que je l’envie! Tous ces paysages, ces sourires, ces aventures, ces soirées arrosées… Elle ne s’ennuie décidément jamais! Et moi, coincée dans la routine, je ne peux qu’attendre l’arrivée de mes maigres congés de vacances pour n’espérer qu’une petite bouchée de cet exotisme extravagant.
Cette fille envieuse c’était moi, il y a quelques années. Et là, maintenant, c’est peut-être vous, vous qui me lisez!
La vérité c’est qu’aujourd’hui, je m’envie parfois moi-même. Après deux ans à vadrouiller dans toute l’Asie, je m’y sens comme à la maison, et il m’arrive d’oublier où je me trouve.
Puis soudainement, un quelque chose d’ensoleillé m’y ramène: j’y suis! je l’ai fait! Et l’espace d’un instant je suis élevée sur un nuage, d’où une pluie de mousson abrupte, mais courte, me fera rapidement descendre sous la forme d’une brume légère.
Loin, en Europe, le froid et la grisaille font rêver tout un chacun de plages et de soleil, de fruits bien mûrs aux arômes raffinées. Quant à moi, je suis catapultée dans un univers que l’on assimilerait volontiers aux années 50: transports obsolètes, problèmes sans autres solutions que l’épreuve du temps elle-même, hygiène douteuse, et autres questionnements, culturels ou politiques.
Non, comprenez bien que je ne suis pas en train de me plaindre: je l’ai choisie cette vie là, et elle me plaît en l’état. Seulement voyez-vous, il n’y a pas que du joli et de la joie.
Il y a tout ce bruit, toute cette pollution, il y a le laisser-aller général, la saleté des rues, les insectes lovés dans l’humidité de votre lit. Il y a la chaleur étouffante, la fouille grouillante et souvent odorante, les assiettes que l’on rince trop rapidement.
Il y a les arnaques, les clichés peu valorisants dans lesquels on vous englobe, à priori.
Il y a les incompréhensions, la barrière linguistique, les coutumes que l’on ne comprend pas vraiment.
Mais aussi, il y a la peur, la peur de l’inconnu, la peur de ne pas savoir si l’on aura un toit, demain, la peur d’être une cible parfois, la peur d’être seul, surtout. Seul dans ce peuple immense; entouré, mais seul! Quel paradoxe!
Loin de l’esprit des voyageurs temporaires, je suis à part entière de ce nouveau monde; beau certes, mais difficilement compréhensible. Les aventures qui sont généralement celles d’une folle semaine à l’étranger, celles que l’on raconte à ses amis, à sa famille, avec diaporama à la clef, elles ne sont que faits de mon quotidien.
Non, je ne suis pas blasée, juste fatiguée. De la même fatigue qui épuise les autres, chaque matin à huit heures sonnantes, à l’entrée de leur bureau, de cet ennui même qui leur fait compter les heures jusqu’à la tant attendue pause de midi.
C’est le même ciel que nous regardons. C’est le même engrenage qui nous use, jour après jour. Je n’ai fait que couper les ponts avec une sécurité et un confort relatifs, dans une vaine tentative de séparer l’espace du temps.
Tags: Asie, différence, priorités, sentiments, style de vie
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Le bouddha rit
Mercredi, janvier 25th, 2012
Mes six mois à Taïwan touchent à leur fin. Du toit de mon appartement, je perds mon regard pour la dernière fois sur la montagne Nanshijiao, d’où cet immense bouddha doré a semblé me narguer, m’encourager, me consoler ou encore m’ignorer au travers de toutes les épreuves traversées.
Difficile de voir le visage du bouddha de là, en raison de la distance. Je n’avais jamais eu l’occasion d’aller y jeter un oeil de près. Mais hier soir, Luya, ma colocataire, m’a emmenée sur la route tortueuse qui mène au temple et accompagnée sur les fatigantes 300 marches à gravir dans cette quête symbolique d’un brin de vérité intérieure; un bel au revoir, à la ville, à cette amie, aux autres amis, et à un espoir un peu fou que mon esprit avait fomenté à mon insu durant ces dernières semaines.
Au sommet, nous traversons cinq stations de prière, cinq bâtonnets d’encens à la main qu’il faudra laisser à chacun des bouddhas prêts à nous écouter.
Il y a le bouddha « général », il y celui de la paix, il y a le gardien de la montagne, il y a celui de la prospérité, celui de la maternité.
À chacun je laisse un petit message, un remerciement de m’avoir donné tant de courage et de force; de m’avoir offert ces yeux et jambes qui m’ont emmené au bout du monde, là où peu de gens, finalement, accèdent; une pensée pour tous ces coeurs qui se sont ouverts à moi, ou auxquels je me suis ouverte; un espoir d’avoir pu accomplir quelque chose de bien, malgré ma petite portée, et finalement un voeu de pouvoir continuer à grandir, à apprendre avec reconnaissance.
Plus tard, je recevrai le droit de poser une question au bouddha de la montagne. Je décide de lui parler d’amour: ce garçon est-il le bon? Je prends dans mes mains les blocs de divination qui me transmettront sa réponse une fois lancés au sol.
Ils retombent sur la même face et Luya m’explique: « Cela signifie que le bouddha rit. Reformule ta question. »
Bouddha, pourquoi ris-tu? J’aimerais savoir si, malgré les difficultés, je dois placer ma foi en cette relation.
Cette fois, le bouddha acquiesce. Je relance une troisième fois les blocs, pour savoir si le bouddha souhaite me donner des indications sur la façon de procéder; il acquiesce encore.
Je peux donc tirer un bâtonnet qui porte un numéro correspondant à un tiroir dans lequel je trouverai mon inspiration sous la forme d’une citation.
La lecture n’en est pas très encourageante. Luya m’explique qu’il y a différents degrés de complexité dans les quêtes et que celui que j’ai tiré est le plus difficile. « Tu peux poursuivre cette quête » me dit-elle « mais tu te trouves déjà au coeur de la tempête: c’est l’hiver et toutes les feuilles de l’arbre sont tombées. Tu traverseras la peur, les doutes, la douleur. »
Mais n’y a-t-il pas un peu d’espoir? Luya me dit que oui.
Alors, je reprends mes auspices de bois pour une dernière question: Bouddha, est-ce que ça en vaudra la peine?
Le bouddha rit à nouveau; une pointe d’amertume, un sourire nerveux se fige sur mon visage.
Je reformule ma question, mais trop vite, trop vague: Bouddha, dois-je garder la foi?
Bouddha acquiesce. Je sais qu’il ne répondra pas plus loin: les réponses sont déjà toutes en moi.
À la base du temple, il y a encore quelques stations: un bouddha de prospérité, un bouddha pour la réussite aux examens, et un bouddha pour l’amour. Et finalement, il y a un petit pont à traverser: on laissera à l’entrée toutes les instances négatives qui nous ont pesé. Cela ressemble un peu à une renaissance.
Je remercie d’avoir reçu la preuve que je pouvais encore aimer, et être aimée. Je remercie d’avoir appris que j’étais prête, enfin, après les épreuves, après la fuite. Je suis reconnaissante d’enfin avoir retrouvé ma confiance en moi, et d’avoir obtenu la preuve que je pouvais placer cette confiance en quelqu’un d’autre, sans attentes, dans la tolérance.
Je reconnais aussi qu’il y a des choses qu’on ne peut demander, qu’elles ne dépendent pas de nous et, dans un dernier salut, je traverse le pont et laisse derrière moi les frustrations, la colère et les incompréhensions.
Il est temps pour moi de reprendre ma route, dans ma quête de vérité et de connaissance.
- Une idée en images? Tête de Chat a rédigé un billet plein de jolies photos sur les blocs de divination chinois.
- Cet article a été publié sur le blog voyage de ebookers.ch.
Tags: Asie, bouddhisme, sentiments, spiritualité, taiwan
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Romances ratées, façon philippine
Lundi, septembre 26th, 2011
Dans le taxi qui m’emmène à l’aéroport de Dumaguete, Carlo sait qu’il ne me reverra probablement jamais, mais il se fait positif.
« Alors, quand reviendras-tu? »
« Bientôt! J’ai encore des choses à voir et puis je viendrai vivre ici. »
Carlo est enthousiaste.
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Tags: Asie, philippines, romance, sentiments
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