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de bord

Corinne

Ma septième bougie nomade ne s’éteint pas

13 mai 2017. Exactement sept années se sont écoulées depuis le jour où je suis montée sur mon premier vol long-courrier. Dieu que je flippais. Je faisais la grande, mais je me mourais d’en-dedans.
Romanel, près de Lausanne en Suisse

Romanel, près de Lausanne en Suisse

Et donc vous connaissez l’histoire; j’ai tout vendu [blabla] – je suis partie pour ne plus jamais revenir – mais en fait je n’avais pas le choix que de revenir – donc j’ai fait une grosse dépression – je ne sortais plus de chez moi – je ne me douchais plus – je n’osais plus regarder mon téléphone [insérer encore du blabla ici]. Puis je suis repartie encore à jamais. Et puis je n’ai encore pas eu le choix que de revenir. Et puis un jour j’ai compris que j’avais peut-être besoin de revenir. Et puis un jour j’ai pris plaisir à revenir.

Le gros nuage gris et plein de pluie qui me suivait sans arrêt m’a accordé un peu de répit. Je parlais avec les limaces en forêt, avec les grillons dans les champs (un peu moins avec les tiques, que j’essayais d’éviter par manque de sympathie). Je me nourrissais du grand air et de l’illusion d’un voyage des grands chemins dans les plus petits chemins du monde. Je prenais mon portable sur mon dos et je roulais mon vélo jusqu’à l’autre bout du district pour réaliser que travailler en nature, avec les moustiques, ce n’était pas l’idéal (mais la prochaine fois, je prends un moustiquaire et tout ira peut-être bien). Je m’inventais des lieux de solitude et c’était comme d’avoir un ami imaginaire caché dans les collines, derrière les vignes. Pour guérir de mon nuage gris, j’ai dû ainsi retourner en enfance. J’y suis d’ailleurs probablement restée, en grande partie.

Gros-de-Vaud, Suisse

Dans la région du Gros-de-Vaud, en Suisse

Voyager en enfance a cela de bien que tout prend des allures impressionnantes. Tout semble neuf et grand. Les poussières flottant dans les rayons de soleil deviennent des êtres mystiques qui, si l’on cligne de l’oeil, se transforment en bactéries gentilles qui flottent là pour se détendre. Une grande personne qui crie, par contre, ça devient une source d’effroi, de tension. La vie, cette colle qui tient le monde ensemble, semble plus accessible, plus compréhensible… mais elle perd de sa valeur. Quand on est petit on relativise. Hop, une fourmi écrasée. Quand on grandit, on finit par se dire que l’on n’est, comme tous les autres, qu’une petite fourmi. Cette vie redevient alors un mystère incompris, un joyau dans un écrin, à protéger et à défendre. L’individu remplace ainsi le monde dans l’ordre de priorité que l’on avait donné aux choses.

Et pour retourner en enfance (et tout remettre en place), je devais retourner là où j’étais née. Je devais remettre l’état de ce lieu, dans ma tête, à sa bonne place: pas une cage, pas une obligation. Plutôt les montagnes que je voyais de ma fenêtre (malheureusement on a, depuis, construit des immeubles devant ce qui était ma fenêtre), plutôt les vagues et le vent sur le lac, plutôt le jaune saturé du colza au printemps.

Et c’est ainsi que j’ai appris que l’on apprend parfois plus en revenant qu’en partant et qu’en conclusion, il faut partir plus, histoire d’être en mesure de revenir encore plus souvent.

Par Corinne Stoppelli

Je suis Corinne, un petit oiseau libre. Sans domicile fixe depuis 2010, je sillonne la planète à la recherche d'inspiration et de points de vue différents. Sur Vie Nomade, je partage mon regard sur le monde, le temps et le changement, d'une plume sincère et d'un objectif curieux et ouvert. En savoir plus?

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(10 commentaires)

  1. Ah je suis d’accord on apprend beaucoup plus en revenant car on se fait un espèce de bilan de sa vie, de son voyage ou de ses expériences en revenant. Puis si on apprend avant de partir on ne vit pas de la même manière que d’apprendre après avoir vécu ^^

  2. Acanthus

    Ton blog me suis souvent en voyage. Je l’aime beaucoup premièrement parce que comme je te l’ai déjà dis tu as beaucoup d’humilité et aussi parce que je suis suisse et que je connais le gros de Vaud ( bon je suis genevoise, ne le dis pas mais je voyage en suisse comme peu de genevois:-) Je voyage un peu mais plus je te lis plus je vois qu’on fait tous un voyage intérieur. Une fois en Inde je suis tombée sur une pub qui disait  » your sacred space is where you can find yourself over and over » . Depuis en voyage j’essaie plus de me connecter à moi et j’ai découvert peu d’endroits finalement qui me faisaient intensément vibrer. ( en faite j’en ai trouvé 1 )Du coup je pars chaque fois à la recherche de ma maison.

    Je me demande quand même vers quoi on reviens ? Est-ce la mémoire qui nous fait revenir comme les tortues? Est-ce de réelles racines qui nous sont indispensables ? Et vers quoi on part finalement ?
    Plus je voyage plus j’ai l’impression d’ouvrir la boîte de Pandore ! Plus je voyage plus j’ai envie de me perdre dans ce monde ! Malheureusement j’ai trop peur des dentistes étrangers et j’ai besoin pour mon équilibre de liens avec des gens qui me sont chers …

    • Merci de tout coeur Acanthus. J’ai tendance à vibrer plus ou moins pour tout et rien, mais je constate aussi sur la longue durée que les endroits chers à mon coeur (où je me verrais bien vivre finalement) sont très peu nombreux et se distinguent très clairement des petits coups de foudre en voyage.
      Je me demande aussi pourquoi on revient! Et pourquoi aussi on retourne dans les endroits qu’on aime (je fais ça très très souvent, je crois que je voyage plus dans des endroits que je connais déjà que dans ceux que je ne connais pas encore). C’est peut-être une impression d’équilibre atteint à un moment X de notre vie que l’on cherche à retrouver, à se remémorer pour mieux comprendre? Je pense que globalement on cherche à comprendre quelque chose sur soi et sur le monde pour avancer plus sereinement.
      PS. Hahaha les dentistes étrangers! J’ai testé en Thaïlande et j’ai adoré (en plus, ça ne coûtait vraiment pas cher).

  3. Je viens juste de commencer ma vie nomade (depuis début avril) et les questions se bousculent dans ma tête. C’est en lisant ton article que je me demande ce que je ressentirai quand cela fera 7 ans moi aussi … Je me demande moi aussi ce que je ressentirai quand je reviendrai, quand je reverrai mes amis restés sur place, les endroits que j’affectionne et que je connais par coeur. Je pense comme tu le dis que c’est en revenant (même temporairement) que l’on apprend et on réalise beaucoup de choses.
    Bonne vie nomade à toi ;)

    • Merci pour ton message Florence, c’est vrai que c’est curieux, ce moment où l’on se projette et que l’on n’a aucune idée. Je trouve ça génial, de n’avoir aucune idée d’ailleurs, ça veut dire que l’on accepte d’être changeants, qu’on le demande même dans une mesure qui nous dépasse. Bonne vie nomade à toi aussi :)

  4. Michel Chaput

    Félicitation Corinne , ne lâche surtout pas , je trouve tellement que tu est courageuse , de mener ta vie , de la façon que tu a choisis a toi , de le faire je suis avec toi dans toutes tes étapes de ton aventure de nomade , et continue surtout , la liberté avec un grand ‘ L ‘ . Et tu a choisis que personne ne te dictera quoi faire de ( TA VIE ) Tu est comme un bel oiseau libre d’aller ou bon lui semble et c’est cela qui est extraordinaire et je suis avec toi au risque de me répéter dans vraiment toutes tes étapes de ton fabuleux voyage a travers des gens merveilleux et souriants a souhaits , ces gens souvent possèdent peu d’argent mais ont tellement le sourire au cœur qui est indéniable . CORINNE FÉLICITATION ET MON COEUR VOYAGE AVEC TOI . BONNE ROUTE .

    • Cher Michel, MERCI encore une fois pour un message tellement encourageant et chaleureux. Parfois quand je me sens un peu mise en cage par les événements, tes mots et ceux d’autres lecteurs bienveillants m’apportent de l’espoir et de la sérénité. Je me souviens de qui j’étais il y a dix ans, une fille perdue, blessée, sans estime et qui ne voulait plus continuer. Je ne sais pas où j’ai trouvé le courage de faire ce que je fais, mais je me suis sauvée.

  5. C’est très inspirant ce que tu racontes Corinne. Je n’ai jamais eu l’impression de me sentir chez moi là où j’ai grandi. Ce sentiment d’appartenance me semble trop flou encore aujourd’hui. Je suis partie pour mes études d’abord. Et j’ai compris que je ne l’avais toujours pas vraiment, même si je me plaisais où je vivais. Puis je suis partie plus loin encore (un océan de séparation) et j’en suis venue à la conclusion que ce n’est peut-être pas en moi, d’avoir ce « chez moi » prédéfini.
    Je ne me considère pas comme nomade mais je n’ai pas l’impression d’être enracinée dans un lieu précis mais plutôt auprès de personnes en particulier.
    Je me sens bien là où mon coeur est…

    • Merci beaucoup Laura! Je me suis posée la question un tel milliard de fois et j’en suis arrivée à la même conclusion que toi :) Mais au final, même si j’aime cette conclusion, je ne saurais dire avec certitude. J’ai l’impression que ça fait partie de toi, de nous, c’est comme un trait de caractère. Peut-être portons-nous les gènes des nomades d’antan. Peut-être tomberons-nous amoureux plus tard d’un lieu qui nous retiendra, peut-être pas. J’ai parfois un peu l’impression d’avoir fait de l’incertitude un art de vivre!

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