Vie Nomade • Voyage, culture & contre-courant, depuis 2008À proposPresseProContact

Histoires
d'ailleurs

Corinne

Berghain: décadence à Berlin

Pas de photos. Car les photos y sont interdites. Et l’on comprend pourquoi.

Oh, Berlin. Oh, le Berghain. L’un des plus célèbres clubs électro du monde. Lorsque je prononce son nom, les heureux élus le répètent, avec une lueur dans les yeux qui en dit long « Oh, le Berghain… ». Et tous ont au moins une anecdote incroyable à raconter.

Quant à moi, je sortais d’une longue phase ras-le-bol du clubbing: Plus de mon âge? Y voir toujours les mêmes têtes désespérées? Les mêmes mecs bien lourds? Les consos aux prix démesurés? Les rencontres sans potentiel? Les rentrées titubantes à pas d’heure? Les maux de tête carabinés du lendemain?

Berlin ne dort pas, ce n’est pas un mythe

Mais le Berghain, lui, a un attrait tout particulier. Déjà, il est berlinois, et cela lui donne tout un style. Car à Berlin, la nightlife ne s’arrête pas. Il semblerait d’ailleurs qu’une bonne partie de ses habitants soient les candidats parfaits au rôle de vampire: Berlin, tu dors quand au fait? Si elle pouvait me répondre, elle me lancerait: « On aura assez de temps pour dormir quand on sera dans notre tombe. Allez viens maintenant, on danse! ».
Le samedi soir (soir qui semble commencer vers minuit), difficile de voir quelqu’un dans le métro sans sa bouteille de Berliner ou sa flasque de Jägermeister. Ce sont les accessoires à la mode.

Le challenge: comment entrer au Berghain?

Si vous googlez Berghain, vous trouverez une quantité affolante d’articles spéculant sur les conditions à remplir pour ne pas se faire vider avant même d’y avoir mis les pieds. Des choses comme: affichez vos baskets un peu dégueulasses, portez des pantalons à trous, faites profil bas dans la file, pas d’éclats de rire, pas de grands groupes de nanas, parlez l’Allemand, faites comme si vous étiez un habitué, ne baissez pas le regard au moment où les videurs vous considèrent, etc (trouvez une jolie liste ici, mais en Anglais).
Bref, Il semblait y avoir tout une alchimie, tout un challenge. Mais en réalité, s’il y a un conseil à prodiguer (et c’est celui que les habitués berlinois m’ont révélé) c’est « soyez vous-même, et ayez la conviction que vous allez rentrer ». Bon si, mesdames vous êtes du style sur-maquillée, sur-coiffée et perchée sur des talons à aiguille – ou, messieurs, du style cheveux sur-laqués en chemise bien repassée – ça va quand même être difficile – à moins que vous ne soyez en combinaison en latex, ou à moitié nu, oui, là ce serait justifié.
On n’entre pas au Berghain pour s’afficher, on y rentre pour s’y adonner.

Se réchauffer dans la file infinie

On parle beaucoup aussi de ces videurs terrifiants et impitoyables. Le plus connu est tatoué et modifié jusqu’aux sourcils. Lui et le petit groupe dont il semble être le leader sont en réalité bien plus que de simples gorilles: sortes de paysagistes de la soirée, ils créent l’ambiance à partir des personnages qu’ils laissent entrer. Ils savent qui sera acteur sur la scène ce soir là, car le Berghain, bien plus qu’un dance floor, c’est un complexe où l’on se donne en spectacle, pour le plus grand bonheur des curieux.
Quant à la terreur, on repassera. Contrairement à la légende (et n’en déplaise aux frustrés recalés), ils ont tous l’air plutôt cool.

Après une heure de file dans le froid, de 1h à 2h du matin, à regarder la moitié du monde se faire doucement virer et rentrer pantois, c’est enfin à mon tour et à celui de mon compagnon de fortune. On nous demande si on est juste deux. « Ja », répondons-nous en coeur. Délibérations, considérations, pendant quelques secondes. On nous fait signe d’entrer.
Ce soir, je ferai donc partie de la scène grouillante et sur-motivée de ce club qui s’était doucement transformée en obsession durant ces dernières semaines. Il faut dire que des histoires à raconter, j’en ai quelques-unes. Peut-être que ça se lit dans mon regard déterminé.

Dans le temple de l’électro

Une fois à l’intérieur j’ai le souffle coupé. C’est une immense et incroyable centrale électrique des années 1950 (République Démocratique Allemande, ou Allemagne de l’Est) entièrement réaffectée en temple de la techno. J’ai du mal à dissimuler mon sourire vainqueur au passage de la sécurité. Les histoires de personnages curieux qu’on y rencontre et de scènes plutôt exotiques se bousculent dans ma tête. Serai-je actrice ou spectatrice, ce soir? L’excitation est à son comble.

Mon compagnon m’offre la visite guidée du palace encore pas trop bondé. Là, les cages, là-bas les chambres noires, où l’on ne saura jamais ce qu’il se passe (bien qu’on s’en doute), par là des niches, où un couple à moitié dénudé se donne en spectacle aux passants. Et surtout, ici le dance floor, où le DJ jouera parfois pendant 6 à 7 heures d’affilée. Car le Berghain ouvre ses portes le jeudi soir, et les referme le lundi matin.

J’abandonne mon manteau et mon sac au vestiaire et je me lance en piste. Il y a une énergie incroyable qui semble se transmettre d’une personne à l’autre. Les basses vibrent dans ma poitrine, le sourire se colle sur mes lèvres pour ne plus les quitter. Sans montre, sans téléphone, avec juste mon corps pour danser et communiquer avec les autres, je perds toute notion du temps…

C’est 8:30 quand j’émerge, persuadée qu’il n’était que 4:00. Il fait grand jour. Je suis assaillie par les flashes marquants de la soirée. J’ai l’impression d’avoir été partie prenante d’un film qui ne verra jamais le jour. J’ai la sensation de m’être rendue sur une autre planète pendant quelques heures. Les incroyables lumières ont figé les regards volés, les gestes déplacés, les échanges saugrenus.

Ils avaient raison. C’est bien plus qu’un simple club. Ce qui se passe au Berghain est capturé hors du temps. Et ce qui s’est passé pour moi cette nuit-là restera mon secret, et celui des 1’500 autres personnes présentes.

Par Corinne Stoppelli

Je suis Corinne, un petit oiseau libre. Sans domicile fixe depuis 2010, je sillonne la planète à la recherche d'inspiration et de points de vue différents. Sur Vie Nomade, je partage mon regard sur le monde, le temps et le changement, d'une plume sincère et d'un objectif curieux et ouvert. En savoir plus?

Vous avez aimé? Faites-le savoir!

La Newsletter Nomade

100% naturel et sans spam
lisez la notice pour en savoir plus

J'aime Vie Nomade!

Rédiger un commentaire?

(13 commentaires)

  1. Quelle mise en scène:)
    Tu fais monter la pression, tu nous fais passer les portes, découvres un coin ou deux de l’atmosphère, pour nous lâcher au climax.
    Le meilleur est ailleurs, doit demeurer secret pour honorer le culte.

    Du teasing sm…
    Ca marche, joli travail:)

  2. Hallo Corinne,

    On veut en savoir plus !
    les secrets, les secrets !
    je n’en avais jamais entendu parler, et voilà, j’ai envie d’y aller jetzt :)

    Aurélie

  3. cyrille

    j’ai vécu 2 expériences au berghain j’espere bientot une 3 eme. Tu écris et décris très bien les sensations surréaliste qu’on éprouve dans ce lieu. Je sais que la magie du berghain ne fonctionne pas chez tout le monde, c’est comme pour un orgasme il faut un certain laché prise pour y arriver…
    Je me suis completement reconnu dans ce voyage hors du temps que tu nous décris, ce qui est dingue, c’est que ces sensations ressentis sont pré fabriqué par les organisateurs et ça fonctionne comme un tour tour de magie, une illusion….j’ai 41 ans et ça doit bien faire 10 ans que quelque chose ne m’avait autant enthousiasmé.

    • Salut Cyrille :) Ravie de lire que je ne suis pas la seule! C’est exact ce que tu dis, qu’il faut se lâcher et se laisser emporter par l’atmosphère. Nos yeux d’enfant, peut-être, un parc d’attractions (à sensations!) pour adultes. J’espère bien y retourner aussi (et qu’on me laissera y entrer à nouveau, haha).

      • cyrille

        Ma grande angoisse : retourner à Berlin et ne pas pouvoir y entrer :-)

        La premiere fois voyant le nombre de personne refouler j’étais persuadé que j’allais aussi me faire recaler…et miracle aucun probleme, la deuxieme fois j’étais un peu plus sur de moi et évidemment j’ai eu droit à un non le vendredi soir mais heureusement la tentative du samedi soir à été concluante.
        Honnetement meme si j’ai adoré Berlin dans son ensemble mais si j’y retourne c’est à 90 % pour passé une soirée laché prise au Berghain. Je serais super déçu de ne pas y entrer. Une chose est sure le samedi 28 fevrier 2015 je serais devant les portes du temple en attendant un hochement de la tete de la part de sven…
        Tiens d’ailleurs si tu as des conseils pour un lieu sympa à découvrir je suis preneur, je viens passé 4 jours du jeudi 26 fev au lundi 2 mars, je compte passé une soiré à « zur wilden renate » si tu connais dit moi ce que tu en penses. Voila je suis à la recherche de lieux bien festif et décalé, py il me faut une solution de replis en cas de refus au berghain :-(
        tchusss !

        • Hello Cyrille, désolée j’ai mis un peu de temps à répondre ;)
          Pareil pour moi, j’espère que je me ferai pas jeter la prochaine fois haha.
          Je ne connais pas du tout le reste de la scène clubbing à Berlin (pour le moment, j’imagine que je me ferai toute une culture aussitôt jetée du Berghain :p) mais j’ai beaucoup entendu parler du Renate en bien, et du Watergate. Sinon il y a aussi le Kit Kat, un poil plus osé, entrée seulement si suffisamment dénudé(e) (pas testé non plus ;)

  4. Tu as de la chance d’avoir pu rentrer ! Mais comme ton article est frustrant.
    Tu parles de décadence, d’une autre planète, d’un film… et tu ne racontes rien.
    Sinon en ce moment, il y a le stadtbad Wedding qui fait parler de lui en bien.
    Bon séjour à Berlin ! Cette ville est magique :)

  5. J’ai perdu mon porte-feuille et mes CHAUSSURES au Berghain :D
    Entre 9 et 10 du matin, j’avais mal aux pieds, je les ai retiré, et jamais retrouvées,
    grand grand moment ! :)

  6. Livia

    Justemment aujourd’hui je demandais à un ami allemand quoi faire à Berlin le soir et ça réponse fut … Va au Berghain ! Et 1h après je tombe sur ton article … Et je n’ai qu’une envie, y aller !! Bon article, tu fais bien monter la pression ! J’ai aimé ton regard sur l’endroit, et ta façon de le décrire.. mais il manque les détails, va falloir que j’aille jeter un de mes yeux la bas pour sûr ! Expérience à tenter et qui je le pense méritera un article dans mon blog également =) !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Partagez cet article avec un ami