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La vie
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Corinne

Ma vraie vie VS ma vie Facebook

« Ah, mais que je l’envie! Tous ces paysages, ces sourires, ces aventures, ces soirées arrosées… Elle ne s’ennuie décidément jamais! Et moi, coincée dans la routine, je ne peux qu’attendre l’arrivée de mes maigres congés de vacances pour n’espérer qu’une petite bouchée de cet exotisme extravagant. »

Cette fille envieuse c’était moi, il y a quelques années. Et là, maintenant, c’est peut-être vous, vous qui me lisez!

La vérité c’est qu’aujourd’hui, je m’envie parfois moi-même. Après deux ans à vadrouiller dans toute l’Asie, je m’y sens comme à la maison, et il m’arrive d’oublier où je me trouve. Puis soudainement, un quelque chose d’ensoleillé m’y ramène: j’y suis! je l’ai fait! Et l’espace d’un instant je suis élevée sur un nuage, d’où une pluie de mousson abrupte, mais courte, me fera rapidement descendre sous la forme d’une brume légère.

Loin, en Europe, le froid et la grisaille font rêver tout un chacun de plages et de soleil, de fruits bien mûrs aux arômes raffinées. Quant à moi, je suis catapultée dans un univers que l’on assimilerait volontiers aux années 50: transports obsolètes, problèmes sans autres solutions que l’épreuve du temps elle-même, hygiène douteuse, et autres questionnements, culturels ou politiques.

Non, comprenez bien que je ne suis pas en train de me plaindre: je l’ai choisie cette vie là, et elle me plaît en l’état. Seulement voyez-vous, il n’y a pas que du joli et de la joie.

Il y a tout ce bruit, toute cette pollution, il y a le laisser-aller général, la saleté des rues, les insectes lovés dans l’humidité de votre lit. Il y a la chaleur étouffante, la foule grouillante et souvent odorante, les assiettes que l’on rince trop rapidement.
Il y a les arnaques, les clichés peu valorisants dans lesquels on vous englobe, à priori.
Il y a les incompréhensions, la barrière linguistique, les coutumes que l’on ne comprend pas vraiment.
Mais aussi, il y a la peur, la peur de l’inconnu, la peur de ne pas savoir si l’on aura un toit, demain, la peur d’être une cible parfois, la peur d’être seul, surtout. Seul dans ce peuple immense; entouré, mais seul! Quel paradoxe!

Loin de l’esprit des voyageurs temporaires, je suis à part entière de ce nouveau monde; beau certes, mais difficilement compréhensible. Les aventures qui sont généralement celles d’une folle semaine à l’étranger, celles que l’on raconte à ses amis, à sa famille, avec diaporama à la clef, elles ne sont que faits de mon quotidien.

Non, je ne suis pas blasée, juste fatiguée. De la même fatigue qui épuise les autres, chaque matin à huit heures sonnantes, à l’entrée de leur bureau, de cet ennui même qui leur fait compter les heures jusqu’à la tant attendue pause de midi.

C’est le même ciel que nous regardons. C’est le même engrenage qui nous use, jour après jour. Je n’ai fait que couper les ponts avec une sécurité et un confort relatifs, dans une vaine tentative de séparer l’espace du temps.

Ma vraie vie VS ma vie Facebook

Par Corinne Stoppelli

Je suis Corinne, un petit oiseau libre. Sans domicile fixe depuis 2010, je sillonne la planète à la recherche d'inspiration et de points de vue différents. Sur Vie Nomade, je partage mon regard sur le monde, le temps et le changement, d'une plume sincère et d'un objectif curieux et ouvert. En savoir plus?

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(31 commentaires)

  1. et même cette vraie vie est difficile à expliquer, cerner, mettre au jour. Mais le faut-il seulement? L’erreur n’est-elle pas de croire que tout être réel? Facebook, flickr, un blog, … n’offrent que des instantanés inertes d’une vie à l’infinie profondeur. Rien n’est véritable quand on y regarde de près.

  2. Ton post me conforte dans un pressentiment que j’ai souvent eu, en lisant ce que racontent d’autres nomades au long cours. Tous sont confrontés, à un moment ou un autre, à ce « blues » du voyageur…

    Pour ma part, j’ai bien conscience qu’être expatrié(e) et être en vacances, ça n’a rien à voir. Et je ne suis pas spécialement « envieuse » de la situation d’autres voyageurs au long cours. (Et puis, il ne tient qu’à moi de franchir le pas, un jour, comme tant d’autres l’ont fait, si je le souhaite.)

    Bref, je suis pour l’heure une simple voyageuse-vacancière. Et ça me convient bien. J’aime partir, mais j’aime aussi revenir.

    La routine de ma vie « normale », en France, je sais l’apprécier à sa juste valeur, pour ce qu’elle représente en termes de confort, de sécurité, de liberté, de vie sociale et culturelle… J’ai un boulot qui me plaît et les moyens de partir en vacances. Ça, c’est précieux. Dès que je peux, j’en profite pour m’organiser des escapades au bout du monde (en Asie du Sud-Est, le plus souvent). Je trouve ainsi mon équilibre. C’est un compromis plutôt agréable entre deux aspirations, deux modes de vie.

    J’adore l’Asie du Sud-Est. J’adore y retourner. Je me sens bien, presque comme chez moi, là-bas. Mais je ne suis jamais qu’une touriste en vérité, peut-être un peu plus avertie que d’autres, mais toujours une visiteuse de passage… Et je sais bien qu’il n’y a pas que « du joli et de la joie ».

    Cette « fatigue » que tu ressens s’estompera sûrement. Tu entres manifestement dans une nouvelle phase, une nouvelle étape de ta vie de voyageuse au long cours.

    J’aime beaucoup ce post, qui « démythifie » le rêve un peu naïf qu’ont beaucoup de gens à partir de photos postées sur Facebook ou sur un blog.

    • Hello Corinne :)

      Merci pour ton beau commentaire qui ajoute encore une dimension à la question.
      Tes voyages m’ont toujours été très inspirants (même si la plongée, c’est pas mon truc du tout à la base :p) et c’est certainement parce que tu donnes la sincère impression de tirer un (beau) maximum de chacune de tes aventures.
      Je suis un peu au milieu de tout cela, à la fois de passage, mais en même temps pas vraiment, à chercher une place qui n’existe vraiment que là où l’on décide de la créer.

  3. Lucie Aidart

    J’espère que ce blues passera….. mais je n’en doute pas… En attendant, c’est normal que nous t’envions dans un sens (il fait -5°C dehors et il neige), mais c’est bien d’être conscient de ce qu’il y a au delà de belles photos…

  4. C’est vrai qu’à première vue ta vie nous fait rêver mais on se doute bien que ce n’est pas tjs tout rose. En tout état de cause, même si il y a des bas, je pense que tu t’éclateras tjs plus là bas qu’en Europe donc laisse passer cette période de blues et ça repartira!

    • Merci Julien :) Je crois que ça vient justement du fait que je doive retourner en moment en Europe très bientôt… fin avril :( Mais certainement pas pour très longtemps, juste le temps de dire bonjour à mes proches et zou!

  5. Touvert

    Comme disait une sorte de philosophe entendu à la radio : « La vie est moche, la vie est belle, la vie est emmerdante, surprenante, emballante, joyeuse. C’est un peu tout à la fois… Mais c’est le regard qu’on pose dessus qui fait qu’on décide de prendre le bon côté ou pas ».

    Tu as le blues, mais c’est un sentiment naturel de l’être humain. Ne jamais l’avoir ne serait pas normal, il suffit de voir ce que la vie veut nous apporter comme message et d’agir en fonction.

    Peut-être que ce blues va t’amener à retrouver la vie sédentaire, peut-être qu’il va te permettre de redéfinir tes projets et ambitions et qu’au final tu vas percevoir ton voyage avec de nouveaux objectifs… Ou tout simplement est-il le fait que tu n’as pas encore trouvé la réelle raison de ton projet. On dit souvent qu’un tel voyage est en partie une fuite en avant et que de voyager permet d’exorciser la raison de la fuite. Regarde bien, analyse-toi et peut-être que tu trouveras la réponse à la fameuse question universelle :  »
    d’où vient-on ? Où va-t-on ? »

    • Hello Touvert, merci pour ton commentaire rassurant :)

      J’ai parlé à cet événement il y a un mois environ, à Taipei. Je voulais en parler, et puis j’hésitais. J’hésite toujours, en fait, mais le voilà: http://www.youtube.com/watch?v=ZT16cxgK1qE

      • Touvert

         Chouette présentation :-),

        ça dépend à qui on en parle, mais parler des choses qui nous touchent sert à les évacuer et prendre du recul.

        Je peux te recommander un livre qui s’appelle « Les quatre accords Toltèques ». Il se résume en quatre définitions précises qu’on peut retrouver ici : http://www.chemindevie.net/article-5147633.html

        Dans ton cas, c’est vraiment la définition numéro trois qui est intéressant. (en sachant que les autres le sont aussi) Suivre cette définition et l’appliquer devrait t’aider à te libérer de ce qui te plombe. ;-)

        • Merci pour cette recommandation, je pense être d’accord :)

          Depuis que j’en ai parlé, ça me plombe nettement moins – je suis capable d’agir dessus, puisque je peux le voir. J’en ai peut-être déjà même supprimé une bonne partie? Le temps nous dira ;)

  6. Bel article!
    Normal que tu ressentes cela, tu es humaines:-) La vie c’est des hauts et des bas, que l’on soit voyageur ou sédentaire, tu vas vitre retrouver la pèche!

  7. Comme dit Fabrice, c’est normal que tu ressentes le blues du voyageur, on devient un peu « blasé » et on se remet à envie la routine en Europe. J’ai l’impression que c’est notre esprit qui se met à rêver d’un « idéal » qui n’est pas là où on est (je ne sais pas si je me suis fait comprendre). Je veux dire : quand on est dans la routine, on va se mettre à envier les voyageurs puis quand on voyage au bout d’un moment on va se mettre à envier la vie qu’on avait avant surtout quand on pense au pain, au fromage, le vin, etc.

    Sinon, peut-être qu’un bon moyen de reprendre goût au voyage (ça devrait se faire avec le temps), ce serait d’aller autrepart. Je ne veux pas dire qu’en 2ans tu as fait le tour de l’Asie du Sud Est (ça me parait difficilement faisable) mais que tu es entré dans une sorte de routine. Le monde est tellement vaste, pourquoi se cantoner à un seul continent ?

    • Hello Julien!

      Je n’envie pas la routine en Europe, mais j’aimerais juste dire à ceux dans cette routine que le voyage à mon échelle est devenu un style de vie, et comporte des ennuis, des dangers, des situations délicates. Bref: pas tout rose!
      Mais oui, je pense que tu as raison sur le fait qu’on envie toujours quelque chose – ce qui est naturel et pas plus mal, finalement, ça nous permet de continuer de rêver ou de chérir des mémoires.
      Oui! Je compte aller autre part. Ce sera l’Europe en avril, et l’an prochain probablement, les USA et/ou l’Amérique du Sud.

  8. Ton post date s’il y a trois semaines, ton coup de blues a sûrement dû passer en tout cas je te le souhaite. Le voyage tel que toi tu le vis n’est pas synonyme de vacances. Je pense qu’il y a une grosse différence entre le voyage et les vacances. Ton voyage n’est pas qu’un flash dans ta vie du type « 2 semaines au vietnam et back home », il dure dans le temps ,il est normal qu’il te change et redéfinissent ce qui est important pour toi. Je trouve ça rassurant moi que tu ne restes pas dans l’émerveillement béat tout le temps , même si l’émerveillement c’est génial à vivre :)

    • Hello,

      L’histoire de cet émerveillement est particulière. Car aujourd’hui, la plupart de ce que je vois me semble normal, naturel: c’est comme obnubilé par l’habitude.
      Mais tout d’un coup (et ça arrive tous les jours, ou presque) un petit quelque chose m’envoie comme une onde de réalité: « Hey la vieille, t’es en Asie, tu te rends compte? Y’a deux ans t’étais dans ton bled Suisse, et là, tout est si différent! ». Et l’émerveillement reprend le dessus sur l’habitude, pour un instant :)

  9. « Je n’ai fait que couper les ponts avec une sécurité et un confort relatifs, dans une vaine tentative de séparer l’espace du temps. »
    C’est si vrai. Une phrase dans laquelle je me retrouve totalement…
    un brin de poésie, si cela continue, il va vraiment falloir que je te change de catégorie !

  10. excellent article!!! …. bon courage ;)

  11. Julien

    Je suis Photojournaliste et je passe environ 4 mois consécutifs par an sur le terrain (Asie je travaille dans les bidonvilles et zones très pauvres).
    J’ai souvent entendue à mon égard le genre de réflexions que tu as cité en entête. Et je rejoins totalement le fond de l’article.
    Ton site est vraiment sympa ;)

  12. Finalement, comme je le dis souvent, tout ce que chacun cherche à faire pour combler le temps qui lui est imparti, c’est de ne pas s’ennuyer…et c’est pas facile. On sort d’une routine pour entrer dans une autre routine, et quand, justement, la routine s’installe, on a qu’une envie, en inventer une autre. La vie n’est rien que ça, une succession de routines qui deviennent ennuyeuses. Braver l’ennui, c’est le plus grand défi que la vie nous impose…

  13. Superbe article, on s’y est beaucoup retrouvé :) on passe tous un peu par là et on ne l’écrit pas assez. Les gens pensent que ce sont des « vacances » et pourtant c’est bien autre chose. Que le voyage continue :)

  14. Anna

    Je découvre ton blog et ta sincérité, ta maturité et la profondeur de ta réflexion m’impressionnent beaucoup.
    Je ne suis pas une nomade mais j’ai un peu voyagé (PVT un an au Canada, un an en Australie, quelques voyages à Cuba, aux USA…) et j’avoue que j’aime en mettre plein la vue à mes « amis » via les réseaux sociaux… alors que la réalité est moins rose (ma famille me manque, mes amis continuent à vivre sans moi, les liens que j’ai noués en voyage sont éphémères, la routine s’installe autant à l’autre bout du monde qu’en France…). J’en viens à me demander ce que je cherche vraiment. Est-ce que je voyage parce que j’aime fondamentalement ça ou parce que ça booste mon égo d’être « enviée » par les autres ? Bref, tu l’auras compris, je suis dans une période de remise en question et tes articles nourrissent ma réflexion…

    • Chère Anna, merci pour ton commentaire et tes mots.
      J’espère que tu trouveras rapidement une réponse à tes interrogations! Je crois qu’il est légitime de se demander quelle part d’égo nous fait prendre certaines décisions, mais je crois aussi qu’il faut laisser notre égo respirer. Si c’est la part d’envie qui te motive, c’est peut-être que tu as besoin d’une certaine reconnaissance. Quand on est seul, on manque du regard sincère et honnête de nos proches, on ne peut voir de nous que notre propre vision, souvent déformée. Alors on cherche une validation autrement, peut-être.
      Je me suis souvent sentie perdue, à me demander qui j’étais, pourquoi je faisais ce que je faisais.
      La conclusion que j’en ai tiré c’est qu’il ne faut pas être dur avec soi-même, il faut se laisser ressentir et surtout se laisser douter. Les périodes de doutes sont des périodes de changement et de croissance et j’ai trouvé que cela ressemble à de mini-adolescences qui sont nécessaires pour atteindre la prochaine étape.

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